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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:46

Je vous ai abandonnés pour aller raconter des histoires dans des bibliothèques de Marseille. Là-bas, point de froidure ni de gel, mais la douceur d'un beau soleil... Mais me voici revenue dans mon décor d'hiver chéri. Rien ne me transcende autant qu'un paysage givré.

Voici donc l'histoire du jour !

mon étang ce matin

 

LA FIANCÉE DU GEL

Suivez-moi dans cette vieille Russie des contes, dans une forêt de bouleaux, voyez cette isba aux couleurs vives, le toit hérissé de paille. C'est la demeure d'un homme qui s'appelle Dimitri. Sa femme est morte d'un mal étrange et il s'est empressé d'épouser sa voisine, Irina, car la solitude l'effraie bien trop. Il a une fille, Macha, qui s'est accommodée de la chose, a-elle le choix ?
Cette belle-mère, encore jeune, est jalouse de Macha et la traite durement. Mais la petite passe le plus clair de son temps au dehors, la nature lui tient lieu de mère et elle aime par-dessus tout l'hiver, difficile pourtant, mais si beau. Le gel, y a-t-il plus enchanteur que le gel ? Macha en est amoureuse et cet amour transforme sa triste vie. Si elle pouvait l'épouser et quitter cette isba, tout serait bien. Cette naïveté fait bien rire Dimitri et Irina. 
Un jour, qu'ils sont seuls dans la maison, Irina vient contre son mari, ses yeux sont langoureux, sa voix envoûtante, ses gestes doux "Dimitri, mon Dimitri, puisque ta fille aime le gel, va donc la lui offrir et tout sera bien."
Pauvre Dimitri, il ne trouve rien à redire, il prépare sa carriole, y pose un coffre avec les affaires de Macha. Celle-ci s'installe près de lui, enrobée d'un grand châle noir couvert de fleurs. Ils s'en vont. Il a neigé sur le paysage gelé et Macha est prise par le charme de cette vision blanche, qui la ravit. Ils sont maintenant dans le bois profond, il y a des hêtres et des chênes. Dimitri arrête sa carriole, dépose Macha et son coffre devant un chêne "Adieu Macha, je te laisse au gel, je viendrai voir dans quelques temps s'il est bien venu te chercher." Dimitri retourne chez lui, sans se retourner.
Macha s'assied dans un enchevêtrement de racines, elle serre son châle autour d'elle, elle est sûre que le gel viendra. Le voici qui arrive, plein de lumière, dans son long manteau de givre, son habit de cristal et son beau visage, sous un turban de neige irisée. Il se penche vers elle, la prend dans ses bras, la couvre d'une pelisse d'ours blanc, d'un bonnet de plumes de cygne, d'un châle de poussière de diamant, ils resplendissent ensemble. Alors il la soulève et se met à danser, l'entraînant dans son sillage bleu de glace, ils tournent tous les deux, formant une vague mouvante, immaculée, perlée de pointes d'argent et d'étoiles scintillantes. Macha est dans son rêve, dans la joie, dans l'amour. Mais la danse a une fin. Le gel repose Macha au pied de l'arbre et lui dit "Tu ne peux m'épouser, Macha, je suis l'esprit du gel, je ne suis pas un homme de ta terre" Puis il ouvre le coffre et d'un claquement de doigts l'ouvre et y dépose des vêtements de givre, de neige, d'argent, de diamant, de cristal, puis il le referme en souriant "Adieu Macha, voici mes présents pour ton mariage, reviens me voir, ne m'oublie pas..." Le voilà disparu, gracieux, tout comme il était apparu, laissant quelques éclats de verre sur la neige, devant Macha.
Et justement Dimitri arrive, étonné de trouver sa fille rose, fraiche, souriante. Et quelle tenue ! Où avait-elle donc été. Macha ne dit pas grand-chose. Il la ramène à l'isba, où fulmine la belle-mère...

Macha épousera un homme de la terre, gentil, riche, fier de l'épouse aux robes merveilleuses. Elle sera heureuse et l'aimera, sans pourtant oublier l'esprit du gel qui, assis dans un autre monde, en compagnie de l'hiver et de la neige, regarde Macha et nous regarde tous, avec compassion pour nos errements fragiles, nos méchancetés et nos douleurs...

Conte écrit et offert à ses visiteurs, par Patricia Gaillard, le 10 Décembre 2016 

 

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publié par Patricia Gaillard
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660-ledevu 12/12/2016 11:29

Chère conteuse, cette histoire donne l'envie de la raconter avec beaucoup de chaleur...
Francine