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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 22:04

LES NOIX D'OR  

C'était une journée d'automne, le soleil encore chaud jouait avec les jaunes et les grenats des feuilles, qu'un vent léger faisait tourbillonner. Une fillette trottinait le long des prés, elle était pauvrement vêtue et tenait un panier d'osier. Partout, les noix avaient déjà été glanées et soigneusement étalées dans les greniers du village. Mais la petite cherchait celles qui restaient encore, cachées sous les amas de feuilles et dans les grosses touffes d'herbe, ou qui avaient roulé au creux des fossés. Elle en trouva peu, juste un bon fond de panier, mais comme il n'avait pas plu depuis longtemps, le bois de leur coque était neuf et bien clair. Elle avait tant fouillé, sous les grands noyers, où restaient pendues quelques dernières feuilles racornies et presque noires, qu’elle fut surprise de voir le crépuscule installer doucement sa grisaille troublante. Serrant bien sa cueillette, elle se dirigea vers son village de Durstel. Sur un sentier elle croisa un vieillard, assis sur une borne. Il était très maigre, tout plissé de rides et une longue barbe grise ruisselait sur sa méchante tunique de chanvre. Il tendit la main vers l'enfant, ses yeux étaient si doux que la petite s'approcha, souriante. Il disait avoir faim et reluqua en se penchant, les belles noix dans le panier.

Seul un pauvre peut savoir la souffrance d'un pauvre. L’enfant posa le corbeillon sur les genoux du vieux. Celui-ci y plongea les mains, qu'il avait longues, et en saisit une poignée généreuse. Quand il rendit le panier, il y restait trois noix. L'enfant en eut les larmes aux yeux. Il n'y avait rien à regretter, bien sûr, mais revenir avec trois noix, c'était si peu !

Le vieillard lui dit :
« Ton bon cœur sera récompensé. »
Sa voix était si douce que la fillette de toute sa vie jamais ne devait l’oublier. Elle poussa d’un grand coup la porte du logis et se jeta contre les genoux de sa mère qui, n'aimant pas la savoir dehors la nuit, fut toute soulagée. La petite, désolée, lui tendit la corbeille, qu’elle rendait aussi légère qu’elle l’avait emportée. La femme regarda la maigre récolte, mais dans la pénombre rougie, devant la cheminée, trois noix d'or luisaient au fond du panier. La femme et son enfant admirèrent, muettes, le fabuleux trésor. La petite alors raconta sa rencontre.

De ce soir-là leur vie devint bonne, jamais rien n'y manqua.

Ainsi peut-être ce qu'on donne, nous revient mille fois.

Extrait des Contes et Légendes d'Alsace - Patricia Gaillard - éditions De Borée - 2010

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publié par Patricia Gaillard
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