Les Dimanches d’Alexandrine de Césure

Publié le par Patricia Gaillard


Le jardin du 11 Octobre -
La parole à Alexandrine de Césure

Il y a, dans mon paysage intérieur, une femme singulière. Elle est vêtue de soie dans des verts mordorés et porte un grand chapeau orange foncé où flotte comme un fanion de fantaisie un ruban long de fourrure cuivrée. Elle est bavarde, précieuse dans ses manières, elle est pourtant légère, sa présence est…ingérable pour moi !

Elle est moi et ne l’est pas

D’où vient-elle ? De quand ? Est-elle un passé au parfum inaltérable ou est-elle à venir ?

Peut-être n’est-elle rien qu’un trop-plein…

Peut-être est-elle une vieille carcasse morte pleine de vers ? 
oui, mais ils ont douze pieds… ce n’est pas ordinaire

Bien sûr elle me susurre des phrases succulentes quand arpentant les routes je cherche mes histoires, c’est vrai. Mais elle exagère…

Lui donner la parole. Qu’elle la prenne et qu’elle la garde un moment pour s’éclater un grand coup !

Car tellement je la freine, tellement je lui dis « non », quand elle arrive fière avec ses tissages de mots, de pieds, de vers, que j’ai peur de la vexer

Cher lecteur permettez, j’ouvre la porte sur…

Alexandrine De Césure…

 

 

Je m’appelle Alexandrine de Césure. Je sais bien, ça parait impossible, mais c’est vrai. Je me suis longtemps demandé d’où pouvait sortir cette particule noble, vu que ma famille a été d’une grande banalité. 

Je m’appelle Alexandrine de Césure, mais on m’appelle Alex. Ça cadre mieux. Pour la particule j’ai trouvé, ou plutôt c’est un lointain cousin du côté de mon père qui a trouvé, nous descendons de François 1er. Alors bon, la particule, c’est un reste. Mais y doit rester que ça. Réflexion faite, ça me va bien, car je n’aime pas être comme les autres. Non, je me trompe, ce n’est pas que je n’aime pas être comme les autres, c’est que je ne suis pas comme les autres. C’est une constatation que j’ai mis longtemps à faire et ça m’a fait beaucoup de bien quand je l’ai enfin faite. Car c’est évident. Tout à fait évident. Les humains m’ont toujours semblé des êtres étranges et moi je me suis toujours sentie comme une extra terrestre qui avait débarqué ici par erreur. En fait au début je ne me disais pas ça. C’est très dur de ne pas se reconnaître dans les autres, car après tout nous sommes un peu des miroirs où les autres peuvent se voir, se reconnaître, se retrouver. Les penchants, les rêves, les sentiments de mes semblables n’étaient vraiment pas les miens, je trouvais ça très dur, j’avais la conviction d’être « anormale », selon l’expression consacrée à ce genre de choses. Et être anormale, dans un monde comme le nôtre, c’est hyper-inconfortable. Car être comme les autres, c’est discret, ça coule, ça passe inaperçu. Et puis ça rassure : je suis comme les autres, je suis donc dans la vérité. Et hop, on suit le mouvement, ça n’est pas compliqué. Mais ça n’est pas forcément simple non plus, car ne pas être soi, au bout d’un temps, ça n’est pas passionnant. Alors ma vie, passionnante depuis le début, c’est vrai, serait plutôt sauvage et solitaire.

Mais tout ce que j’ai pu faire pour m’efforcer d’être semblable à mes semblables. D’ailleurs ce mot me choque finalement : mes semblables. Ça entretient le malentendu. Longtemps j’ai cru que c’était mes semblables qui avaient raison et que j’étais un être marginal, j’en souffrais et surtout je n’entrevoyais même pas la possibilité de l’assumer. Je rêvais d’être semblable à mes semblables, tout en trouvant souvent inintéressantes leurs façons d’être. Mais je croyais que c’était la « norme, » proposée par je ne sais qui ou je ne sais  quoi. On met longtemps à oser penser, surtout quand on pense le contraire de ce que propose la « norme. »

Je m’appelle Alexandrine de Césure, mais vous pouvez m’appeler Alex. D’ailleurs ça aussi ça m’arrange, car ce n’est ni féminin, ni masculin et cette dualité m’agace. On en fait du foin autour de ça ! Chacun ses qualités, chacun ses réactions et puis aucun des deux ne commande, c’est pourtant simple. Mais bon, simple ne semble pas la plus grande qualité de mes semblables. Et plus ils avancent, plus il devient compliqué d’être simple. Le monde n’est pas sorti de l’auberge. Je vous le dis.
Je vais donc avoir le plaisir de vous retrouver chaque dimanche sur ce blog.

Voilà qui me va. 
à dimanche prochain !

 

Alexandrine de Césure

Alex pour les amis

 

 

Reçue par la gaillarde conteuse 

 

 

 

 

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