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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 10:03

 

LES PERSONNAGES SECONDAIRES DES CONTES


Avec un groupe de lecteurs, avec lequel je travaillais à Montauban, nous avons évoqué ces personnages des histoires qui restent dans l'ombre, contrairement au héros qui est en pleine lumière. Pourtant ce personnage de l'ombre est parfois une clef sans laquelle l'histoire ne pourrait être. Songez par exemple à la femme de l'ogre dans le conte du Petit Poucet.
Tout d'abord elle vit avec ce grand escogriffe balourd qui a la fâcheuse manière de dévorer tout ce qui bouge. Partir ? Pensez-vous, elle a eu avec lui sept filles couronnées qui dorment dans un grand lit de soie. Alors elle ruse, elle détourne autant qu'elle peut de notre peau, l'attention de son époux aux dents coupantes et jaunes. Et elle est mère, donc touchée par ces sept petits que la misère a poussé devant sa porte, et qu'elle reçoit. Elle hésite, pour cause, mais elle les fait entrer, avec l'intention de les soustraire au grand danger de sa demeure. Mais c'est le minuscule héros lui-même, qui pour sauver sa peau et celle de ses frères, sacrifie les sept jeunes ogresses en posant sur leurs têtes rousses leurs longs bonnets crasseux.
Elles seront ainsi égorgées par celui de qui elles sont nées. Crime suprême.
La femme de l'ogre dans ce conte perdra tout ce qu'elle aura soigneusement construit pour supporter l'inacceptable. L'inacceptable doit-il être finalement supporté ? C'est peut-être le second message de cette magnifique histoire où nos personnages intérieurs traversent une aventure formidable.
Il y a d'autres personnages secondaires de contes, qui méritent aussi qu'on dirige un moment vers eux le projecteur à gélatine bleue de nos rêves intérieurs !

Amis, passants, conteurs, Je vous laisse la parole !! 

 

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publié par Patricia
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commentaires

l'homme au bois dormant 06/03/2013 14:15


Bonjour Patricia,


Je repensais cette
nuit à ta note sur ces personnages secondaires des histoires.



C'est une sorte d'obsession que j'ai depuis longtemps que celle consistant à me dire qu'il faudrait raconter les histoires du point de vue de chacun des personnages. En tout cas, à défaut de le
faire, l'exercice mental consistant à me mettre à la place de chaque personnages, est un exercice que je fais à chaque histoire que je travaille.



Que ressent le jeune homme lorsqu'il aperçoit pour la première fois la Belle au Bois Dormant endormie ? Que ressent le loup à l'affût, toujours en quête de chair fraîche ? Accepte-t-il facilement
sa propre nature ? Et que ressent le prince transformé en arbre pendant des années dans le conte de Grimm "La vieille dans la forêt" ?
Ainsi, y aurait-il des milliers de fictions parallèles, endormies sous la frondaison des histoires racontées. Quelle belle image !


Que ce soit Cyrulnik
dans l'ensemble de son travail, ou Nancy Huston dans son essai passionnant "L'Espèce Fabulatrice", ou bien encore la vision bouddhiste de notre esprit ; tous à leur manière le disent : tout est
fiction.  Notre manière de mettre du sens sur ce que nous vivons est une fiction -unique et qui n'appartient qu'à chacun- que nous nous racontons, chaque instant vécu est immédiatement
"fictionnisé" en fonction de ce que l'on est, de notre parcours, de nos projections mentales...


Voir au-delà de nos
fictions intérieures, voilà un projet intéressant !
Donc, tout est fiction, y compris l'histoire que nous nous inventons à notre insu en écoutant par exemple un conteur. Chaque histoire est un monde infinie prolongée à l'infini des histoires de
chaque personnage qui la compose, et par la manière avec laquelle nous réinventions toutes ces histoires en les écoutant.
Une sorte de trame tissée aux dimensions vertigineuses, un peu comme le filet d'Indra de la mythologie hindouiste, composé de milliers de perles chacune se reflétant dans toutes à
l'infini.


Ce qui revient
finalement à dire que conter c'est choisir. Choisir à chaque seconde dans
l'immensité des fictions qui s'offrent à nous.
J'ai entendu un jour un grand écrivain américain (je ne sais plus qui c'était) dire qu'être romancier était épuisant, car cela revenait à se mettre à la place de tout ce que nous
rencontrons, de l'intérieur : de la jeune femme
amoureuse, du père maltraitant, du chien errant, de l'assassin, du chat qui dort sur le canapé, de l'arbre qui pousse dans le jardin, du garagiste devant une voiture en panne, et ainsi à
l'infini. Cela semblait le dévorer de l'intérieur.


Y pensant cette nuit,
je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement entre ton mail et ton appel à réflexion, et le fait que tu es en train d'écrire un roman. Car si le conte en général n'adopte qu'un seul point de
vue par histoire racontée, le roman à l'inverse permet d'aborder tous les points de vue possibles de l'histoire.


Il serait amusant un
jour de publier un livre de conte collectif qui serait la somme de tous les points du vue possible de tous les personnages d'une même histoire !


Entendu l'autre jour
l'émission "Sur les épaules de Darwin" consacrée à ce qui se passe dans le cerveau des uns et des autres pendant un récit. C'et passionnant et tu peux l'écouter ici : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-l-illusion-de-la-fin-de-l-histoire
On m'appelle (je suis au boulot) et je dois donc te quitter sur cette réflexion loin d'être achevée. Je ne manquerai pas de t'en faire part si d'autres idées me venaient.


Je t'embrasse, chère
Marraine,


Amitiés
Dominique

Ariaga 15/02/2013 17:37


Il s'agissait de mes propres commentaires : des réponses aux commentaires ...

Patricia Gaillard 15/02/2013 22:03



Excuse-moi, Ariaga, j'avais mal compris, je m'en suis rendue compte en allant sur ton blog !
J'espère que ce problème va s'arranger... à tout bientôt !


Belle nuit



Ariaga 15/02/2013 13:42


J'ai pensé à des personnages secondaires, quiont pour particularité de n'exister que par leur absence, et pourtant ilsont un rôle important. Je pense, par exemple, dans la bellle au bois dormant
où,chez les différents auteurs, il y a une des fées qui n'est pas invitée et qui a une grande importance puisque elle jette un mauvais sort à l'enfant.


En ce moment, cjez moi, mes commentaires  (et probablement ceux des visiteurs) n'apparaissent pas. J'en ai perdu quatre !


Je t'embrasse.

Patricia Gaillard 15/02/2013 13:55



Crois-tu que ces quatre-là soient vraiment perdu ? les gens vont, viennent, rares sont les fidèles.
Tu as raison avec ta fée qui n'est pas invitée. C'est une fée de l'ombre, qui doit aussi donner des choses à l'enfant. Elle n'est cependant pas tout à fait secondaire, elle a un rôle important,
puisqu'elle est présente, en filigrane, dans la totalité de l'histoire. Elle est l'ombre de l'histoire, la malédiction par laquelle le héros du merveilleux doit passer pour prendre conscience de
sa totalité. C'est ce qui caractérise le merveilleux, ce passage dans l'ombre, avec patience et innocence, pour aboutir à la lumière. L'alchimie, bien sûr, Ariaga !



Ariaga 13/02/2013 15:53


Quelle bonne idée ! Je vais réfléchir même si mon cerveau n'est pas encore à sa pleine capacité ! Je t'embrasse.

nadège guérin 12/02/2013 13:15


Merci Patricia, c'est joliment dit tout ça. elle revient souvent celle-là  faut-il supporter l'insupportable ?  on connait la réponse. les chanceux sont ceux que la vie vient mettre en
demeure de cesser d'honorer leur vie. oui, selon moi c'est une chance, il a fallu du temps pour que je l'accepte et le respecte. Je suis en train de penser à ce conte arménien "A qui la faute ?"
cet homme désespéré et victime s'en va protester auprès de Dieu de son sort et demander que les choses changent sans que ça dépende de lui. en chemin il rencontre un loup, un arbre et une femme
qui sont dans le même état d'être et l'utilisent pour présenter leur requête au tout puissant. la femme lui offre pourtant son amour et sa richesse. l'arbre lui propose la fortune qui l'empêche
de déployer ses racines.  et le loup, lui passe son temps l'estomac vide. tout semble aller de travers et pourtant à l'endroit pour ces quatre là qui ignorent leurs talents et se croient
maudits. et ce pauvre hère, en courant après sa chance sans décider d'assumer son être, refuse tout les cadeaux, renvoyant chacun à son triste sort et toute cette vie qui s'éteint va finir
engloutie dans la gueule de celui qui dévore le premier imbécile en se tirant d'affaire par la malice. c'est tout ce qui lui reste, c'est pathétiqe et drôle tellement ça l'est. ce qui va de
travers doit cesser et à tant remettre sa vie à l'extérieur, chacun est dévoré à sa façon. on est renvoyés à nos doutes, nos rêves inaboutis, nos roublardises, nos croyances tordues et on rit de
sot finalement en riant sur le sort de cet homme dévoré et on rit pour se protéger de cette sensation que les ames sombres se contaminent et se croire à l'abri, dans la lumière ou se rappeler
qu'il n'en tient qu'à nous.


à bientôt, bises et belle journée

Patricia Gaillard 12/02/2013 13:33



C'est vrai Nadège, qui peut démêler la vérité d'une histoire ? En elle souvent l'ombre et la lumière vont se baigner dans la rivière et, ressortant, confondent leur vêtement...


Belle journée à toi aussi !