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Publié le par Patricia Gaillard

Je viens de demander la suppression de mon compte facebook.
Que croit-on tisser dans ce lieu qui fourmille de mots, d'informations, de réactions à chaud ?
Pour se tenir au courant des nouvelles des amis ?
Il y a trop de nouvelles, il y a trop d'amis.
La relation directe avec un être, en présence, les yeux dans les yeux, avec chacun son aura et sa vibration, est décidément la seule qui vaille et là, j'adhère...
Je réserve ce mot sacré "ami" pour qui est "proche de mon âme"
Si vous êtes de ceux-là, nous n'avons pas besoin d'un "réseau", nous le sommes !
Si vous êtes de ceux-là, je vous embrasse... fort...

ÊTRE SOI

Publié le par Patricia Gaillard

ÊTRE SOI

Chacun de nous est une clairière dans la forêt du monde. Pour s’y tenir il faut se défaire du vêtement que l’on porte, qui a été filé, tissé, cousu, brodé par l’éducation et les habitudes, les peurs, les conventions et les certitudes. Le tissu est épais, lourd, trop laid ou trop beau, « trop » de toute façon. Il recouvre ce que nous sommes en vérité. C'est à se demander pourquoi on le conserve ainsi. L’ôter, l’accrocher à une branche, c’est risquer d’avoir froid, au début, c’est inconfortable. Oui, mais l’inconfort réveille !
Être réveillé permet de sentir la douceur de la clairière, d’entendre son silence. Autour, dans la forêt du monde des voix courent, nous appellent, nous disent que tout a besoin de nous, que nous manquons au monde.
Ta ta ta, attention, c’est le ver secoué pour agacer la truite.
Demeurer ici un peu seulement, ne sert pas à grand-chose. Si, tout de même, ça nous permet de savoir que le lieu existe, qu'il nous attend. Parfois nous repartons très vite, et nous mettrons des années à revenir, alors que nous étions convaincus de ne pas tarder à nous installer ici. Ce n’était pas encore le moment, sûrement. D’ailleurs il ne s’agit pas d’y rester sans cesse, mais d’y être présenté à nous-même, de prendre le temps de se refaire un vêtement, mais le nôtre cette fois, pas ce prêt-à-porter que nous endossons tous.
Lorsque nous l’avons fait, le monde change de couleur, car nous avons changé.
Et puis dans la forêt du monde on nous regarde, on est intrigué.
Celui qui ose tisser son vêtement lui-même étonne, charme, réveille...

Patricia Gaillard

 

PUBLIC DE RÊVE

Publié le par Patricia Gaillard

Sur mon agenda pas de dates de racontées. Croyez-vous ? Ne vous fiez pas aux apparences et voyez de plus près ce sacré paysage...

Le matin une rosée gelée croustille, puis un soleil vif se lève d'un coup et la dévore rapidement. Un peu plus tard la conteuse sort, dans la douceur inattendue, elle conte aux sapins, aux herbes, aux buissons, à la source, à ce public qui vibre, qui frémit, qui s'étire, c'est un bonheur de le connaître, de le reconnaître, c'est une communion subtile et divinement simple. N'est-ce pas alors que la conteuse est dans l'essence même de sa fonction ?

Et puis ce roman qui continue sa route, qui parle d'une femme déjà âgée dont le coeur veuf palpite soudain sous l'oeil unique d'un rebouteux. Attention, la renaissance n'a pas d'âge.
L'ouvrage sera publié cette année, aux éditions De Borée.

Et puis un autre livre, secret pour l'instant, chut, vous en saurez un peu plus, un peu plus tard...

Mais si vous avez besoin de moi, si vous voulez venir me voir, écrivez-moi, appelez-moi, vous aurez votre place dans ce joli programme,

Car celui qui vient est roi

 

Deux jours avec les contes, près du feu

Publié le par Patricia Gaillard

Autour d'un feu de cheminée, qu'Hervé entretenait consciencieusement, avec dehors le grand froid et le givre, nous avons conté, chanté, dit des poèmes, échangé, rit, mangé de succulentes nourritures, bu de bons vins, des thés parfumés, des tisanes rassurantes.

 

 

Et nous avons travaillé, pour tâcher de pénétrer dans les mystères des contes et des curieux voyages qu'ils nous proposent, pour tâcher d'en soulever le voile, d'en voir le coeur, d'en toucher la substantifique moelle, pour tâcher de sentir la sagesse simple qui y sommeille et que l'on gagne à réveiller.

 

Nourrissant le corps et nourrissant l'esprit, ces deux jours ont été une parenthèse, nous avons laissé dehors le froid et le monde, pour entrer un peu en nous, là où dort le trésor de l'origine, où il convient de puiser pour revenir plus fort, avec des lumières dans le ciel de nos nuits.

 

Merci à vous, chercheurs de merveilles, d'avoir pris le temps de former cercle près du feu, merci pour vos histoires, pour votre gaieté, pour cette promenade à la rencontre des "poulets aux pieds bleus" que nous n'avons jamais pu voir. Ne sont-ils pas plus beaux de n'avoir pas été vus !

 

 

L'HIVER

Publié le par Patricia Gaillard

L'hiver est là, avec son blanc, sa froidure, le rose timide des aubes, le soleil argenté.
Me reviennent des poèmes d'Émile Verhaeren, qui ont bercé mon jeune temps et qui me bercent encore.
La poésie nous ramène à nous-même, à cette essence qui nous fait frères de ce qui est.
La fréquenter nous ramène chez nous, dans cette humanité première.
Quand le trésor était ouvert...

Belle journée à vous...


 

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,

La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,

Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,

Des coussinets de laine irisés de lumières.

Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,

A travers le désert des silences dolents,

Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents

Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.


Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,

Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,

On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,


Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,

Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin

Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.


Émile Verhaeren

 

 

 

que l'an neuf vous soit doux

Publié le par Patricia Gaillard

2017  
rime avec recette 
j’en propose une 

fermons les yeux, respirons bien, 
laissons nos pensées dans le jardin 
prenons le petit ascenseur 
vers notre grenier intérieur 
il y a une vieille et un rouet   
n’y touchons pas, ignorons-les,   
nous sommes déjà tombés dans ce sommeil de cent ans   
nous sommes encore dedans   
mais regardons derrière la vieille 
il y a un coffret de merveilles... toutes desséchées 
ce sont nos rêves, nos désirs, notre liberté, notre créativité, 
notre joie, notre dignité, notre bonté, notre légèreté ! 
pendant que la vieille dort, prenons donc ce coffret 
redescendons dans la demeure du coeur 
sortons tout cela, étalons-le, envahissons notre intérieur 
laissons l’humidité et la lumière les réveiller 
et revenons enfin de ce sommeil de cent années… 

Bonne Année

Patricia Gaillard
la gaillarde conteuse…



 

STAGE CONTE AUTOUR DE LA CHEMINÉE

Publié le par Patricia Gaillard

UN STAGE DE CONTE, AU COIN DE LA CHEMINÉE, 
LES 21 ET 22 JANVIER 2017
Il reste encore quelques places...
 

Vous êtes conteuse, conteur, vous voulez approfondir votre art ?
Ou vous désirez en savoir plus sur les contes, ces rêves universels, ces paroles d'or ?

Ou vous aimeriez avoir plus d'aisance quand vous prenez la parole en public ?
Ou vous avez peut-être envie de parfaire votre oralité ? 

Ces deux jours peuvent vous intéresser. Un Samedi et un Dimanche, de 9h30 à 18h, autour de la cheminée. Dans la semi-obscurité du feu, l'inspiration plane et chacun s'éveille à sa propre  parole. Et chaque parole a le don d'éclairer la parole des autres.
Cela se passera chez Hervé et Francine Beudet, à Ménetreuil, en Saône et Loire (71) qui ont de très chaleureuses chambres d'hôtes. lien
Les repas seront pris ensemble et tous ceux qui le désirent pourront dormir sur place. 

Pour tous les renseignements utiles, appelez :
06 18 34 60 19 (Patricia) ou 06 11 72 73 29 (Francine)

en chemin vers le 6 Janvier

Publié le par Patricia Gaillard

Et voici passé le 25 décembre. On pourrait penser que cette fois les forces ténébreuses sont calmées et que tout est bien qui finit bien. Loin de là ! Nous entrons à présent dans la période des douze jours d’effroi, appelée chez nous « Rauchnächte ». Les démons sont déchaînés, ils vont tout tenter pour combattre cette lumière, et ce n’est pas ce petit, couché sur la paille et encore si vulnérable, qui va les intimider.

Ces douze nuits sont souvent venteuses et on y entend les archaïques chasses nocturnes de Wotan, ce dieu guerrier qui combat les esprits mauvais lors des sinistres crépuscules. Ce sont des nuits brumeuses et chargées d’un froid nouveau, différent. Toutes ces forces contraires qui guerroient dans les airs les rendent lugubres et infréquentables. Restons aux coins de l’âtre, dans nos enveloppes apeurées et fragiles et laissons ces êtres surnaturels mener contre le mal leur combat annuel, ils s’y entendent bien mieux que nous. Pendant les veillées de ces douze jours, on abandonne les rouets, mesdames, il le faut.

Ce sont ces heures-là que Frau Berchta, cette vieille fée sauvage, choisit pour traverser le ciel, suivie de la troupe innocente des enfants morts-nés, qui n’ont pas eu de baptême et à qui la religion refuse une âme. J’ai entendu dire que dans la troupe des ces petits, endormis douillettement dans les plis laiteux et accueillants de sa cape de brouillard, toute bordée d’étoiles, se glissaient silencieusement les âmes perdues des suicidés, des assassins et des mendiants, qu’aucune bénédiction ne sauvera jamais et que nulle famille ne réclame. Elle n’est pas avare de place qu’elle fait en son manteau, cette bonne fée, et elle les emmène tous au paradis, mais cette fois directement, sans aucun de ces juges intermédiaires trop humains ! Les mères éplorées ont au moins cette consolation, qui n’est pas moindre !

Et c’est durant ces douze jours aussi que nos trois rois, extirpés de leur tombeau, marchent sans relâche, pour contribuer, eux aussi, à sauver la lumière. Ils se rendent au « Champ du feu », le Viehfeld. On dit qu’en passant à Lalaye, ils auraient volé dans les airs, et lâché malencontreusement sur un moulin, une cassette d’or qui fit la belle fortune de son meunier qui vendit tous ses biens et s’en alla, quelque part dans le monde, jouir de cette tranquille opulence. Le nouveau propriétaire de ce moulin, qui avait bien sûr entendu l’étonnante histoire, paressait tout le jour, couché sur les sacs vides, son bonnet blanc pointu enfoncé jusqu’au nez. Il attendait, clamait-il en riant, « que la fortune lui tombe du ciel ! » Oui, mais il attendit longtemps, de décembre en décembre, des années durant… il finit par être arm wia n’a kirichamüs, pauvre comme une souris d’église. Pris de folie, il tira alors un coup de fusil sur les trois rois volants. Mais l’arme sauta de ses mains et c’est lui qui périt. Personne ne vint le voir, ni le chercher, ni le veiller de prières, ni même l’enterrer. Les braves gens ne se mêlent pas de ces histoires maudites et laissent les ténébreux rejoindre les ténèbres, quand ils en font le choix. Et l’homme est devenu maudit, comme le moulin d’ailleurs, ils tombèrent ensemble en ruines, doucement, ils y sont encore pris, jusqu’à la fin des temps…

Les trois rois arrivent au viehfield le 6 janvier, pour sacrifier à des rites qui valent bien la peine d’être dits. Nous dévorons avec bonheur des galettes qui désignent certains d’entre nous dignes de la couronne, mais savons-nous seulement les belles croyances qui dorment dans la succulente frangipane ? Les voici…

Le premier, Melchior, est un noble vieillard à la longue barbe, blanc de neige. Il tient, dans la main, une poignée de poudre d’or qu’il envoie dans les airs. Le vent s’en empare, la porte vers les cieux et voici les étoiles allumées pour tout l’an neuf.

Puis arrive Gaspard aux yeux bridés qui jette, lui, une poignée d’encens. Elle devient nuages, brumes et pluies bienfaisantes que les champs recevront tous les mois à venir.

Enfin, Balthazar, astrologue et devin à la belle peau noire, jette une poignée de myrrhe qui se sème partout sur le sol. Celle-ci rendra la terre fertile.

Prélevées des présents faits à l’enfant divin, ces trois poignées miraculeuses sont offertes aux hommes. A présent les étoiles sont rallumées, les terres fertilisées, les temps placés. Pour finir, les esprits bienfaisants reprennent leur ronde protectrice.

Femmes, reprenez vos rouets, la roue de l’univers s’est remise à tourner, et pour toute une année. Merveille !

in NOËL EN ALSACE, LÉGENDES ET CROYANCES - Patricia Gaillard -  livret/CD - éditions De Borée - 2016

 

Conte du 24 décembre - calendrier de l'avent des contes

Publié le par Patricia Gaillard

Et nous voici le 24 Décembre. Merci de m'avoir suivie jusque là pour cet avent que je vous ai conté avec très grand plaisir. Pour terminer de gravir cet escalier moussu qui mène à la lumière, je vais vous parler des Merveilles qui se déroulent durant cette nuit de Noël, en Alsace, où je suis née...

Nous approchons de ce 24 décembre minuit, naissance de la fameuse lumière et de ce petit qui va porter l’humanité. Tout va se renouveler, tout va renaître et libérer des forces neuves et secrètes. C’est la nuit charnière de la métamorphose. Cette nuit n’est en rien une nuit comme les autres. C’est la nuit de Noël, chacun peut le constater, et nul n’en est exclu. Tout le mois y prépare, jour après jour. Les plus grands prodiges se déroulent devant nous et les heures à venir sont magiques.

Tout commence par l’eau qui, dans chaque source, chaque fontaine, devient miraculeuse, pourvu qu’elle soit préparée par un religieux, avec d’impénétrables incantations et quelques grains d’encens et de myrrhe. Chacun dans le village recevra sa petite fiole et durant les mois à venir, quelques gouttelettes de cette potion protègeront ou sauveront les gens et les bêtes. On appelle cette eau « le Heilwog ».

Et puis partout, les gens vont, lanterne au poing, chanter minuit dans l’église pointue dont la cloche sonne sous la neige lente.

Mais avant cette messe, que de choses à préparer et à faire ! Par exemple, cette soirée est la révélation des destinées. Les jeunes filles font un petit détour par la fontaine. Penchez-vous, les belles, voyez votre image qui, lentement, se défait et qui laisse la place à celle de celui qui vous est destiné car cette eau, ce soir, est un miroir de vérité !

Mais cette nuit peut vous dire également le temps qu’il fera les douze mois à venir. Posez un rang de douze oignons et, de la pointe de votre canif, creusez dans le sommet de chacun un petit cratère dans lequel vous poserez trois beaux grains de gros sel. Le lendemain, vous aurez le paysage du climat de l’année. Chaque oignon qui aura fait un petit lac sera un mois pluvieux… Précieuse indication !

Si vous êtes viticulteur, vous possédez peut-être encore cette rose de Jéricho, appelée aussi rose de Marie. Séchée et conservée précieusement le restant du temps dans un grenier, elle sera sortie ce soir, la queue trempée dans cette eau sacrée dont je parlais plus haut. Plus la fleur s’ouvrira, plus le vin sera bon.

Cette nuit du 24, toujours avant minuit – avec tout ce qu’il y a à faire, la soirée suffira à peine ! – vous chercherez une belle bûche de bois dans votre abri. Fourrez-la dans la cheminée ou dans le fourneau. C’est elle qui brûlera quand minuit sonnera et que les chants s’élèveront, si beaux. Au retour de la messe, prélevez-en les cendres que vous laisserez refroidir. Vous en mettrez un peu dans un sac, posé dans un coin du grenier ; elles protègeront la maison des incendies et des voleurs. Le reste de cette poudre grise et fine sera dispersé dans vos champs, pour en garantir la fertilité, mais que ce soit fait avant l’épiphanie, impérativement !

Les sorcières, c’est connu, fréquentent les églises. Elles ne sont pas les amies du diable, mais des tripoteuses de recettes secrètes. Il ne faut pas confondre. Si vous en soupçonnez une, de vous avoir jeté un sort, portez sur vous l’œuf d’une poule noire accompagné d’une dent et de quelques copeaux de bois. Elle sera confondue, cette créature, à chaque fois.

Toujours avant minuit, donnez à vos bêtes du bon foin parfumé et de la paille fraîche. Elles aussi vont sentir ces forces neuves qui pénètrent tout. Cette nuit, elles vont parler. Si vous en avez le temps, tâchez de les entendre, car leur avis sur notre monde doit être, il me semble, bien édifiant.

À minuit, exactement, vous entendrez des cloches s’éveiller dans de vieux villages engloutis ou dans des fonds de puits où elles ont été cachées jusqu’à l’oubli. Elles résonnent gravement dans tous le pays, pour rappeler un instant ces lieux disparus et muets…

Les bêtes noires qui rôdent dans les nuits alsaciennes de décembre, s’accrochent au dos de ceux qui tardent à rentrer chez eux. La cloche de l’angélus, dans le soir glacé d’hiver, a le don de chasser ces mauvais esprits. Jadis à Mietesheim, on avait fait couler une silberglocke, une cloche d’argent, pour la petite église. Elle avait sa manière d’appeler aux oraisons et chacun là-bas était très attaché à son beau son cristallin. Peu de siècles sont sans guerre, pauvres de nous, et quand elles arrivent tout est pris et fondu en canons. Les gens de Mietesheim, prévenus, décrochèrent en chœur leur chère cloche argentée et au bout d’une corde, la déposèrent au fond d’un puits très long. Elle y demeura tant et tant de temps qu’on l’oublia. Mais si les humains sont dotés d’une faible mémoire, les choses magiques en sont, elles, bien pourvues. Ainsi chaque nuit de Noël depuis ce temps-là, à minuit, avec toutes les cloches enfouies de la région, la silberglocke de Mietesheim lance son beau son cristallin, comme celle de Ballersdorf, des chartreux de Molsheim, des templiers de Bergheim, et celle, si mélancolique de ce village de Usswiller, dépravé, maudit et englouti sous des eaux maléfiques, ainsi que celles de Walbertswiller et de la chapelle saint Marx de Riedisheim, toutes deux merveilleuses, car elles s’entendent et se voient !

Toutes ces cloches, vous ne les avez jamais entendues, et pour cause ! Seules les oreilles pures des enfants y ont accès, il vous faudra partir à la recherche des vôtres… d’ici décembre prochain, vous avez un peu de temps !
Et tandis qu’elles sonnent, des trésors enfouis, gardés par des fées, voient soudain leurs portes claquer dans les souterrains. Ils demeurent alors un instant ouverts, visibles et livrés aux hommes. Mais sachez qu’il faut s’emparer de ces richesses nues avant que ne tombe le dernier des douze coups, sans quoi, il vous reste à passer une année avec ces dames, jusqu’au Noël suivant, ce qui peut être une sacrée expérience. Mais il faut l’oser…

Savez-vous, vous qui voyagez avec moi au bord de ces prodiges, que chaque nuit de Noël, les silhouettes des trois rois mages sortent de leur tombeau d’or et de joyaux, dans la cathédrale de Cologne ? On raconte que c’est là que sont arrivés leurs os, après des voyages nombreux et inouïs. Ils vont marcher durant ces douze jours et nuits, pour contribuer, eux aussi, à sauver la lumière. C’est eux qui ont apporté au divin nouveau-né, des trésors d’or, d’encens et de myrrhe.

Ce sont eux qui sont venus, il y a deux mille ans, d’un lointain orient, alertés par l’étoile Spica, l’étoile la plus brillante du ciel, puisqu’elle est double. Elle est dans la constellation de la Vierge, pléiade immense et extrêmement ancienne. Cette étoile se dit « Al Zimach » en arabe et « Tsemech » en hébreu ; son nom signifie « de la branche de David ». Ces trois rois ont apporté au Christ des présents d’or, d’encens et de myrrhe.

Quant à parler d’agapes, de festins de réveillon, difficile. Si les alsaciens de jadis sont riches d’un imaginaire souple et fertile, ils sont souvent pauvres de biens. Chacun, en cette nuit de Noël, ou plus souvent le lendemain, garnissait au mieux la table. Les plus nantis avaient une volaille bien grasse qui dorait lentement au four à bois ; chez d’autres, c’était plus simple, mais Noël offrait à chacun sa charge de merveilles.

Très doux Noël à vous tous !

La gaillarde conteuse

in NOËL EN ALSACE, LÉGENDES ET CROYANCES - Patricia Gaillard -  livret/CD - éditions De Borée - 2016

Conte du 23 Décembre - calendrier de l'avent des contes

Publié le par Patricia Gaillard

Ça c'est une histoire pour tous mes frères conteurs.
Pourquoi suis-je venue chaque jour vous donner une histoire ? Parce que je suis conteuse, parce que c'est l'hiver, parce que si on ne raconte pas d'histoires on perd de vue l'essentiel, les contes sont là pour nous rendre les clefs qu'on oublie,
Voyez plutôt l'histoire... 

LE MULOT CONTEUR

Trois petits mulots, un jour d’automne, reniflent autour d’eux… mmmm l’hiver n’est pas loin.

Jusque là ils squattaient un vieux nid dans la haie d’églantiers. Mais là, il faut être sérieux, ils se font un terrier, profond, avec une chambre et un grenier.

Dans la chambre on met de la mousse, des feuilles des herbes sèches, le tout finement haché, ça fait une moquette odorante et confortable…

Il s’agit maintenant de remplir le grenier.

Deux d’entre eux, du genre courageux, actifs et prévoyants, s’en vont chercher de quoi : des graines, des fruits secs, des champignons, des mousses, des escargots, des vers de terre, même secs, des mûres, ah oui les mûres, ils adorent…

Ils roulent, portent, traînent, roulent, poussent tout ça jusqu’au terrier, de nuit, tout en se méfiant des hiboux et des chouettes, des chats et des blaireaux, qui croquent très volontiers ces festins minuscules d’une vingtaine de grammes...

Le troisième compère se prélasse, rêvasse, sur un épais tapis de mousse, au pied d’un pommier sauvage dont les fruits ronds brillent sous la lune. Il contemple le turban du ciel bleu sombre piqué d’étoiles, il écoute les chants des nocturnes, il renifle les parfums de l’automne. Rien ne lui échappe de tous les frôlements, frissonnements, frémissements de la nuit. Il rêve, il médite, c’est un poète, un artiste.

Les deux autres, courageux, actifs, prévoyants, lui disent : t’es paresseux, t’es un lâcheur, t'es la cigale de la fourmi, tu ne mériteras pas de manger quand viendront la bise et les gelées ! Aide-nous !!

Il ne peut pas. C’est plus fort que lui.

Voilà l’hiver. Ils sont contents tous les trois d’avoir un bon abri. Le grenier est plein. Ils pourront même se permettre d’inviter parfois des mulotes à dîner.

Dans ce terrier, si on mange très bien, par contre on s’ennuie ! Les nuits sont longues. On sort un peu, mais on revient vite. Houla, trop de vent, de la neige et tous ces hiboux qui ont faim, c’est dangereux ! Heureusement on leur échappe souvent, on saute haut, on grimpe aux arbres, on abandonne dans leurs becs acérés le petit bout de sa queue et on est sauvé !

Alors on revient, on est content. Mais on s’ennuie !

C’est là que le mulot-poète se met à raconter le ciel, les étoiles, les pommes luisantes, les chants, les parfums, les frôlements, les frémissements, les frissonnements… toutes les choses qu’il a pris le temps d’entendre et de voir. Toutes ces histoires…

On l’écoute, à demi-couché, les yeux mi-clos, avec délice, les deux pattes croisées sur les ventres bien pleins.

Et à ce moment-là, à ce moment-là seulement, on se dit :
On a besoin de rêve, tout autant que de pain

 

Un conte de Patricia Gaillard, raconteuse d'histoires...

N'hésitez pas à me chiper cette histoire pour la raconter, car elle dit bien ce que nous sommes, je vous l'accorde avec grand plaisir !

 

 

 

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