Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le jardin du 21 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Encore un peu de musique hildegardienne !

Le jardin du 21 Août

 

Un petit rectificatif, pour commencer. Ce n’est pas en 1980 que l’on a ressuscité l’œuvre de Hildegarde mais en 1950. Deux hommes, un médecin Gottfried Hertzka et un naturopathe Wighard Strehlow ont découvert cette sainte (ouï, j’ai omis de vous préciser qu’elle avait été canonisée) étudié ses écrits et appliqué ses principes avec beaucoup de succès. La pratique hildegardienne de notre temps était née !

Mais que propose cette pratique pour la santé du corps et de l’esprit ?

Nous allons ici seulement en survoler quelques principes fondamentaux, car pour les connaître mieux vous pourrez les approfondir à votre gré, si cela vous intéresse.

 

Pour Hildegarde, il est impératif d’accorder ses habitudes alimentaires à la saison. Elle préconise déjà, au XIIème siècle, une alimentation tournée essentiellement vers les protéines végétales - légumineuses et oléagineux - et la consommation de peu de protéines animales car celles-ci, dit-elle, créent de la putréfaction et contiennent des graisses saturées néfastes pour le corps humain.

Ne dit-elle pas : « La chair animale engraisse celle de l’homme » ?

Voici quelques-uns des aliments-phares de sa médecine

En tête le grand épeautre non hybridé (tritium spelta) qu’elle considère comme un aliment presque complet, garant à lui seul de notre santé

Le fenouil : pour la joie, la chaleur et une bonne vue

La betterave rouge : pour la peau et le système immunitaire

Le céleri : pour le sang et le drainage

La carotte : pour les vitamines

L’oignon cuit : contre les bactéries, les champignons et les virus

Le radis noir : antibiotique. Contre les bactéries, les champignons et les virus

La châtaigne : pour le cœur et les reins

La poire cuite : pour l’estomac

La pomme : pour l’intestin

La nèfles : pour le foie, les reins et la vessie

Le coing : contre les rhumatismes et la goutte

La cornouille : pour l’estomac

la cerise : contre le rhume

La mûre : pour le foie

Le cassis : contre la goutte

la framboise : contre la fièvre

Les agrumes : contre les infections

L’églantine : pour l’estomac et l’intestin

 

Au sujet de l’amande elle est formelle : « qui a le cerveau vide et un vilain teint, et par là des maux de tête, mangera des amandes douces. »

 

Comment ? Cette chère femme ne dit rien des noisettes, alors qu’elles commencent à tomber ici et qu’elles sont délicieuses ! Il n’y a pas d’amandiers dans le Jura...

Pas grave, car nous n’avons pas le cerveau vide ni un vilain teint 🤣

Ouf, nous mangerons donc des noisettes

De toute façon elle a dit « oléagineux »

La dame

 

la gaillarde conteuse

 

 

Le jardin du 20 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Un chant d’Hildegarde, pour plonger dans l’ambiance...


Le jardin du 20 Août 

Comme Hippocrate bien avant elle, Hildegarde considère l’homme dans sa globalité, corps, esprit et âme.

Elle prône le chiffre quatre et dans ses écrits il apparaît très souvent : les quatre saisons, les quatre humeurs, les quatre points cardinaux et les quatre éléments naturels que sont l’eau, le feu, l’air et la terre. L’univers est formé de ces quatre éléments qui sont présents tout autant dans le corps humain et  lui confèrent le mouvement. « C’est ainsi que fonctionne l’univers » dit-elle.

Pour Hildegarde, la maladie arrive quand il y a séparation de l’humain d’avec le divin. Elle répertorie 24 maladies principales. Elle classe les êtres en quatre tempéraments : colérique, flegmatique, sanguin et mélancolique.

Déjà, elle prétend que le cœur envoie le sang dans les veines, ce que ne peut en ce temps-là corroborer aucune étude médicale. Mais cette femme a une somme de connaissances qui dépasse celle de son époque.

Pour guérir elle préconise : d’avoir une alimentation qui soigne, d’utiliser L’énergie vibratoire des pierres, d’avoir recours aux plantes et à leurs vertus, d’écouter ou de faire de la musique, de prendre des bains et des massages, de marcher (!) d’évacuer (saignées, ventouses, etc.…) de se connaître mieux et de jeûner. Pour elle la maladie nous signale nos erreurs et les dualités qui sont à l’origine du mal; cependant  l’homme  détient les clés de sa guérison s’il respecte son corps et son âme et se soucie de modération et de sagesse. Elle appelle les aliments bénéfiques les « vivres » ceux précisément que nous appelons actuellement alicaments (aliments-médicaments)

Un mot revient très souvent dans son discours : la viridité : « la force verte guérisseuse » qui nous est apportée par les pierres et l’alimentation, et leur énergie vibratoire. Notre viridité varierait aussi en fonction des pensées négatives ou positives que nous entretenons. La viridité de la nature, par exemple, est visible au printemps, lors de la renaissance de la végétation.

Il est beaucoup question de nos jours de manger « local », eh bien c’est aussi ce que conseillait Hildegarde et à moins de 50 kilomètres de chez soi, s’il vous plaît !

« Nous sommes ce que nous mangeons » Hildegarde von Bingen

???  Eh bien, il y a du boulot ! Encore être salade/échalote, passe, mais cervelas/Ketchup, c’est moyennement poétique 😄

À demain !

la gaillarde conteuse

Le jardin du 19 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 19 Août

Je viens à vous aujourd’hui avec Hildegarde, évoquée récemment. Pourquoi vous proposer de découvrir - ou de re-découvrir - cette femme remarquable ? Parce que son côté herboriste et naturopathe a toute sa place dans un jardin. D’ailleurs j’ai découvert que le 17 septembre était jour de sa fête, ce pourrait être aussi du coup la fête de notre jardin.

Voilà un assemblage comme je les aime !

 

Je vais donc accorder une place ici, quelques jours, à cette créature incroyable, qui donne de son temps une image riche, féminine et érudite...

 

C’est en 1098 qu’Hildegarde voit le jour. C’est la dixième enfant d’une famille de la haute noblesse de Rhénanie. Dès l’âge de trois ans elle commence à avoir des visions dont elle n’ose parler. Sa famille, dans l’embarras, remarque en elle un être à part. Vers l’âge de six ou sept ans ses parents la placent dans un couvent dont l’abbesse recevra et considérera ses expériences.
Et voici Hildegarde prise dans le rythme régulier et sage du travail, de l’étude et de la prière, qui semblent bien lui réussir puisqu’elle choisit, vers quinze ans, de devenir religieuse. Cette vie lui apportera au fil du temps une immense érudition. Il faut préciser qu’au XIIème siècle, les femmes pouvaient occuper des postes d’importance, avoir accès à de grandes connaissances, même au sein de l’église (!) contrairement aux siècles qui suivront où le masculin prédominera...

À 38 ans elle sera élue abbesse, dirigera son couvent et en créera d’autres. C’est une femme réellement inspirée. Elle aura écrit 77 pièces de musique, raconté ses visions dans des ouvrages qui lui auront demandé de longues années de travail. Ses livres de médecine sont les seuls qui nous viennent de cette époque. Ce qui est étonnant - et magnifique ! - c’est qu’elle sera ensuite « oubliée » durant des siècles où il ne sera jamais question d’elle ni de la splendeur de tout ce qu’elle aura laissé. Elle ne « ressurgira » - et toute son œuvre avec elle - que vers 1980, pour le plus grand bonheur des médecines dites « parallèles » qui utiliseront à qui mieux mieux la force de son image.
Je ne suis pas loin de penser que si elle réapparaît à notre époque, c’est parce que nous avons besoin de cette femme qui éclaire d’une très fine manière, depuis des siècles, notre lien très étroit avec la nature. Ses visions étaient des plans parfaits et harmonieux de l’homme et de la nature réunis dans le divin. Elle pouvait lire, sans un mot, dans ces incroyables images, toutes les connaissances de la terre. Sachez qu’elle avait vu lors de ses visions - bien avant Léonard de Vinci - l’homme aux bras étendus, debout au centre de l’univers.

Elle quittera ce monde à 81 ans - âge très vénérable pour l’époque et probablement dû à ses connaissances en matière de soins et de nutrition.

Visionnaire, poétesse, prophétesse, musicienne, compositrice, mystique, guérisseuse, oui 

Mais aussi herboriste, phytothérapeute et naturopathe avant l’heure 

Sacrée Hildegarde...

 

Ce sont bien sûr ces trois dernières fonctions qui nous occuperont ici, puisqu’il est question sur ce blog, non pas d’une église mais d’un jardin, païen de surcroît, puisqu’habité par les esprits de tout ce qui y est vivant.

 

À demain pour un saut de neuf siècles par-dessus le temps...

 

la gaillarde conteuse 

Le jardin du 18 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 18 Août 

Aujourd’hui un petit tour du jardin en photos...

La courgette est replète
Le persil rutile
Les tomates se hâtent
La phacélie s’épaissit
Butternut et potimarons courent vers le fond
undefined
Le mûrier desséché
Céleris pourris
Céleris jolis
Une plume belle de tourterelle
Lumière du soir sur l’étang-miroir
undefined
Bonsoir...

 

Le jardin du 17 Août

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 17 Août

 

Pour compléter le récit de nos deux framboisiers, j’aimerais évoquer la taille de ces arbustes.

Ce sont des framboisiers « remontants » c’est à dire qu’ils donnent des fruits deux fois dans l’année. Une première fois au printemps sur les branches de l’année précédente, une seconde fois en fin d’été sur les branches de l’année en cours. Cependant, au printemps il y a déjà fraises, cerises et groseilles et nous trouvons dommage de rajouter alors le travail des framboises, alors qu’à la fin de l’été des fruits rouges sont appréciables. Nous les taillons donc de façon à n’avoir qu’une seule production qui commence fin août, c’est à dire que nous supprimons la totalité des tiges - que l’on nomme cannes - durant les tailles d’hiver. Après la taille, nous débitons ces branches en petits morceaux avant de les étaler sur le sol autour des framboisiers, puis nous recouvrons ces tronçons dispersés d’une couche de compost. Nos fidèles framboisiers sont ainsi prêts pour la saison du sommeil.

 

la gaillarde conteuse

Le jardin du 16 Août

Publié le par Patricia Gaillard

 

Le jardin du 16 Août

 

Nous avons deux framboisiers dont je vais vous conter l’histoire, car elle le mérite. Sur la photo vous pouvez vous rendre compte de leur taille en voyant l’escabeau qui reste à demeure pour les cueillettes quotidiennes. Sachez que ces arbustes sont deux et de belle taille. Leur histoire a pourtant très mal commencé, dans un rayon de plantes du supermarché, où la sécheresse et le manque d’attention avaient réduit à rien ces deux jeunes plants de Mara Star. Tout sauf des stars ! Mon cher jardinier s’était arrêté devant, il cherchait des framboisiers, mais deux moribonds tout de même, c’était bien trop risqué. Il ne restait plus que ceux-là, aucune chance d’en tirer quelque chose.
Mais... une plante, comme un humain, peut avoir l’air perdu et posséder encore une vigueur cachée. Il les a empoignés et au moment de les payer la caissière lui a dit

« vous êtes vraiment sûr ? Ils ne sont pas...»

Elle devait penser que ce pauvre homme avait la vue très basse...

Mais il a répondu

« Perdu pour perdu, on ne sait jamais »

Il a payé et ramené ici les deux mourants. Bien sûr il a préparé leur place avec un très grand soin, l’enrichissant comme il sait le faire, les a extraits doucement de leur prison de plastique, les a plantés dans leur nouvelle terre, derrière les groseilliers, contre la serre. Ils ont encaissé le choc de la transplantation, dormi deux ou trois semaines pour se remettre et n’ont pas tardé à faire de belles pousses, d’un très joli vert et n’ont jamais cessé depuis. Ils ont trois ans, sont toujours deux et la haie de leur duo fait maintenant deux mètres cinquante de haut et quatre mètres de large. Qui dit mieux ?

Leurs fruits, abondants, sont aussi beaux que bons.

N’enterrez pas trop vite un mourant, celui-ci dansera peut-être dans huit jours ! 

 

Celui qui donne reçoit

C’est bien connu

C’est surtout vrai

 

la gaillarde conteuse

Le jardin du 15 Août

Publié le par Patricia Gaillard

 

Le jardin du 15 Août

 

À la mi-août des choses changent. Les marguerites jaunes des bords de l’étang ont leurs boutons. Quand leurs fleurs s’ouvrent flotte une ambiance de septembre. Les potimarons prennent un ton orange carrément franc, les pêches de vigne changent d’aspect, les noisettes sont encore vert pâle, mais de plus en plus rebondies, on sent qu’elles se préparent. Les pommes roulent de plus en plus nombreuses dans l’herbe, qui a séché par endroits. Nous n’aimons pas le gaspillage et surveillons toutes les maturations. Produire fruits et légumes exige une observation quotidienne, car pas assez mûr ou trop mûr le végétal est triste. Et puis, ne pratiquant aucun traitement chimique, Il nous faut arriver au bon moment, tâter, soupeser, puis cueillir avec délicatesse, ne pas laisser traîner et très vite préparer d’une manière ou d’une autre. Les pommes sont les plus compliquées. Dans celles que nous ramassons, il y en a qui sont déjà mûres, d’autres vertes mais sans tâche, nous avons une grande table à claire-voie où nous les disposons. Chaque matin nous commençons la journée par la visite aux pommes. Nous ramassons les dernières tombées, les plus mûres sont mangées, transformées en compotes (quoi de plus chaleureux dans une demeure que le parfum des pommes qui cuisent ! ) ou rangées dans des cageots de bois pour être conservées dans notre grange. Mais ensuite, durant tout l’hiver, nous vérifions tous les cageots chaque semaine, pour ôter les pommes qui pourrissent, avant qu’elles ne contaminent leurs voisines. Nous arrivons ainsi à les consommer jusqu’au seuil de Mars. N’oublions pas qu’ « une pomme par jour éloigne le médecin pour toujours ! »

Dans la grange, la pile de cageots de pommes de terre est près de la pile de cageots de pommes,  car la présence de celles-ci ralentit la germination des premières. Tout est ruse !

Jardiner c’est respecter ce que nous donne la nature et savoir que les fruits et les légumes sont des trésors de bienfaits qui nous sont offerts. Le travail du jardin est parfois pesant, disons vrai, mais travailler avec la nature est à la fois fatigant et équilibrant, car c’est si fondamentalement humain.

 

la gaillarde conteuse

Le jardin du 14 Août

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 14 Août

 

Si nous reconnaissons la force du soleil qui chauffe nos jours, songeons à considérer la force de la lune qui veille sur nos nuits. Cette dame blanche qui tourne autour de la terre est changeante et devient ainsi un symbole de la métamorphose. Le pourcentage d’eau contenu dans nos cellules nous lie fortement à cet astre bienveillant et, si nous nous connaissions mieux, nous pourrions constater en nous de nombreux rythmes intérieurs en accord avec les rythmes extérieurs qu’elle instaure. Regrettant nos erreurs, nous cherchons à retrouver nos liens naturels et ceci nous amène à vivre plus en harmonie avec la lune. L’agriculture biodynamique considère les rythmes lunaires, astraux et planétaires. Jardiner avec la lune est un choix, compliqué certes, car on ne peut semer ou planter n’importe quoi à n’importe quel moment. Mon cher jardinier pratique un compromis. Il mêle intuition et rythme lunaire et jusqu’à ce jour ce duo marche bien.

Hildegarde von Bingen, née en 1098 et connue de tous, avait déjà observé cette influence de la lune sur la végétation. Je reviendrai avec Hildegarde un de ces jours, il y a beaucoup à en dire !

 

la gaillarde conteuse

Le jardin du 13 Août

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 13 Août
5h30

 

Le jour se lève sur le petit domaine. Les chauves-souris font un dernier ballet avant de clore leurs yeux devant le jour qui est leur nuit. Une fraîcheur délicieuse monte du sol, c’est le repos nocturne de la terre. Sur la route, au lointain, on entend des camions et de l’autre côté un train de marchandises. L’un et l’autre sont sourds et rompent à peine le silence.
Ce que je vis tristement à cette heure que j’aime tant, c’est la rareté des chants d’oiseaux. Nous n’avons plus, ici, ces symphonies des jours qui pointent, ces aubades joyeuses. Un geai, une pie, une tourterelle, font de leur mieux, je les entends, les écoute et leur suis reconnaissante. Un corbeau les rejoint, ces quatre me font du bien, même si la tourterelle est seule à être mélodieuse.

Le croissant de la lune est découpé nettement sur le ciel bleu pâle, un coq fend l’air de son long cri cassé. Comment imaginer une aube sans lui, annonceur fidèle du commencement des jours. Je frissonne. Quelle chance. J’y repenserai dans la journée, aux heures de chaleur écrasante !

 

Nouveau jour sur la terre

Nouvelle merveille

 

la gaill

Le jardin du 12 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Illustration tirée du livre Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen

 

3 et fin - LE POMMIER DE MISÈRE
(version de Patricia Gaillard)

 

« cueille-les pendant que je me prépare, nous gagnerons du temps. »

 

La mort, qui trouve très bonne l’idée de gagner des minutes, pose sa faux contre le mur et grimpe presque légèrement dans l’arbre, elle y cueille trois pommes et ne peut plus redescendre. Elle s’énerve, peste, jure, appelle misère qui arrive et voit la mort dans son arbre qui se débat comme un diable. Misère part d’un grand éclat de rire et dit :

« Après tout je vais te laisser là-haut, je ne suis pas pressée de mourir et les hommes  seront bien contents d’être quelques temps débarrassés de toi !« 

 

Et la mort resta perchée dans le pommier.

 

Les mois passèrent, plus personne ne mourait dans ce village, ni dans ceux d’alentour, ni dans le Jura entier. Mais pas le moindre mort non plus à Lyon, ni à Toulouse, à Paris, à Lille, à Strasbourg…

Les humains étaient bien obligés de constater que, même s’ils n’en connaissaient pas du tout la raison, ils étaient devenus immortels. 
Leur vieux rêve s’était enfin réalisé. 

Allez savoir comment...

Misère le savait bien sûr, mais elle se garda bien d’en parler, pour ne pas mourir…

Tout se passa bien durant dix, vingt, trente ans, mais on vit alors des vieillards de 120 ou 130 ans, sourds, aveugles , la mémoire à l’envers, qui se traînaient, décharnés, rabougris, ramollis comme de longues limaces… on vit alors que l’immortalité n’était pas un si grand bienfait. Et puis il y avait tant de vieillards, que les valides ne pouvaient plus rien faire d’autres que de s’en occuper, et même pas dans l’espoir des héritages, car on n’héritait plus.  Bref, les humains - ainsi que les bêtes qui ne mouraient pas plus - devinrent si nombreux que la terre ne put plus les nourrir et qu’il arriva une immense famine.

Les humains mirent alors autant d’énergie à retrouver la mort qu’ils en avaient toujours mis à la fuir. On avait toujours cherché des remèdes contre la mort, à présent on en cherchait contre la vie.

Or en ce temps-là il y avait dans ce village un médecin qui s’appelait le Dr Deprofundis. Un soir qu’il était allé en réunion avec les médecins des villages voisins, afin de réfléchir à ce grand problème, il était rentré tard et, longeant le muret du jardin de misère, il avait entendu une voix plaintive, qu’il lui semblait connaître…

« Oh mais qui me délivrera ? Qui délivrera les vivants de l’immortalité ? »

Alors il leva le nez et vit la mort coincée dans le pommier…

Il grimpa aussitôt pour la délivrer, mais bien sûr il resta coincé à son tour.

On constata alors la disparition du Dr Deprofundis. Pourtant personne n’avait disparu depuis des années. Peut être avait-il trouvé le secret de la mort et l’avait-il gardé pour lui tout seul ?

On fit des battues pour le retrouver et c’est ainsi qu’on arriva au pommier de misère.

« Au secours fit le Docteur, je suis là, et voyez mes amis, la mort est avec moi. »

Et tous crièrent

« Vive la mort ! »

Celle-ci, peu habituée à ce genre d’enthousiasme, rougit et trouva cela très agréable.

Ils grimpèrent tous à l’arbre pour délivrer le docteur et la mort, mais bien sûr ils restèrent tous coincés.

Avec tout ce bruit, misère finit par arriver. Elle accepta de délivrer tout ce monde, à une condition :

« la mort ne viendra me chercher que le jour où je l’appellerai trois fois. »

Tope-là, dit la mort, trop contente de descendre enfin et de retrouver sa chère fonction. Elle emporta d’abord les plus pressés, mais devant le nombre elle se fit aider par une troupe de médecins, pour expédier le trop plein de vivants. Ils travaillèrent tous si bien ensemble que bientôt la vie sur terre retrouva son cours normal et chacun avait à nouveau l’espoir de mourir au jour et à l’heure que la destinée avait prévus pour lui. 

 

En ce jour du 12 Août 2020, misère n’a pas encore appelé la mort trois fois.

Et c’est tout simplement pour cela que la misère est encore sur la terre…
 

Patricia Gaillard, 

la gaillarde conteuse...  

 

 

 

 

 

 

 

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>