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Le jardin du 11 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Que celles et ceux qui auront reçu l’annonce de cet article en plusieurs exemplaires à la suite d’une  erreur technique 🤭 veuillent bien m’excuser

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Le jardin du 11 Juillet

Une Libellule se pose sur la table où j’écris. Une jolie bête dorée, grande, les ailes bien étalées. J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour ces belles gracieuses. Je ne bouge pas, respire à peine et considère cette présence comme une visite. L'animal sauvage a envers l'humain de la méfiance, aussi cette confiance est-elle touchante. Durant de longues minutes je l'observe dans le détail. On en voit souvent au bord de la rivière, libellules ou demoiselles, les unes fines, les autres dodues, ailes repliées ou ailes ouvertes, avec de belles couleurs, précieuses comme des bijoux, toujours en mouvement, nerveuses.  Mais jamais on ne peut vraiment s’en approcher assez pour en voir les détails. Elles  restent insaisissables, légères et rares. Elles ne se voient qu'à certaines périodes et à certaines heures. Ce sont des coquettes. Elles se méritent. Alors celle-ci, juste là, à portée de main, sans crainte, sans le moindre frétillement, c'est une aubaine. Au bout d'une dizaine de minutes, elle prend son envol, s’en va retrouver l'espace infini de sa vie et me laisse dans le mien, qui n’est pas moindre, finalement…

La gaillarde conteuse 

Le jardin du 10 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Rien n'est plus surprenant qu'un jardin, il échappe aux règles, aux habitudes, aux lois que l'humain, sournoisement, aimerait bien y appliquer. Un jardin sait garder sa liberté, même quand il nous donne l'impression de nous suivre et le côtoyer nous enseigne l’art de n’avoir pas toujours raison, une précieuse vertu. Soyons jardiniers et travaillons en accord avec la nature, notre demeure d’origine, soyons jardiniers pour lui rappeler notre respect et notre amour, qui existent, autant qu’existe notre goût pour la destruction…
Ce matin une grande paix circule ici. Du soleil, pas de vent, des chants d’oiseaux, le caquetage des poules de notre voisin, et toujours ce couplet rythmé et moelleux des sages tourterelles. 
Pas de monticule de taupe, pas de roseau coupé. Jour de trêve…

la gaillarde conteuse

Le jardin du 9 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

La source, son eau est à 4° en hiver comme en été

Le jardin du 9 Juillet

Les matins sont frais, les après-midis chaudes. C’est le bon été pour les plantes et pour les jardiniers. Le petit chêne est malade, ses feuilles sont blanches, c’est un genre de champignon. Je vais me documenter et tâcher de trouver un remède naturel. J’ai suggéré au frêne, si grand, si fort, de lui venir en aide. Au potager il y a des courgettes, tomates, carottes, betteraves rouges, pommes de terre, salades vertes et nous avons recolté l’échalote, l’oignon blanc et l’ail qui restaient encore dans la serre, qui avaient été plantés durant l’hiver et que nous consommons depuis déjà trois mois. Les bettes-feuilles poussent bien, j’aime leur vert sombre et brillant. Nous avons des tomates chaque jour, rouges, jaunes, noires, belles et bonnes ! Les cornichons, potimarons et butternut commencent à courir sur la terre et sur l’herbe, ils prennent leurs aises et bousculent de leur fantaisie les alignements sages des plates-bandes. Les aromatiques sont splendides cette année. Il faut même les retenir un peu de devenir énormes et d’intimider le petit thym, tout neuf et si jeune, qui fait des efforts visibles pour être à la hauteur. 
Le potager, encadré de zinnias, soucis, œillets d’Inde, cosmos, dahlias et glaïeuls est luxuriant, c’est sa plus belle époque, car quand il fera plus chaud, il souffrira et ce sera visible. Les verts se feront plus ternes, les ports moins élancés. Mais ici, grande merveille, nous avons la source et son eau précieuse, en abondance. C’est de la source qu’est née l’idée du potager. Et c’est du potager que sont nés... les jardiniers ! 

La gaillarde conteuse 

Le jardin du 8 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 8 juillet

Voyez la sérénité de ces roseaux à Massette. Il ne manque plus qu’un héron pour parfaire ce paysage du bord de l’étang. Mais sous cette sérénité se cache un ragondin, notre dernier visiteur. Ce rongeur au museau étrange et aux pattes palmées, venu d’Amérique, adore la partie tendre qui se trouve entre le roseau et sa racine. Il en a déjà décimé plusieurs ainsi. Que faire ? Unique solution : le piège dont la porte se referme, emprisonnant la bête sans mal. Ensuite on peut, au choix, le tuer ou le relâcher loin… très loin.
Nous préférons toujours le côté de la vie. Mais il s’agira d’abord de le prendre !
La seconde taupe creuse un habitat de galeries, évitant les pièges pourtant efficaces et fatals… eux.
Les doryphores se tiennent à carreau. Cependant hier, l’un d’eux est venu nous narguer sur notre terrasse, pendant le déjeuner. Nos hôtes ont un certain humour !
Peu importe après tout, nos pommes de terre sont très belles, même si leurs fanes ont une tronche à avoir vécu Tchernobyl.
Pendant que je vous écris, les abeilles bourdonnent et travaillent comme des folles dans les soucis, zinnias, marjolaines et les trompettes d’or des cucurbitacées.
Le chat ronronne à mes pieds
Un merle s’égosille
Et la rivière chante sa fraîcheur
On est bien

La gaillarde conteuse.

Le jardin du 7 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Illustration extraite de l’inventaire des dictons des terroirs de France - Larousse

J’aime bien les dictons, ces phrases qui n’ont pas comme seule vertu de rimer, mais qui sont le fruit de l’observation de la nature par les habitants des campagnes, qui autrefois observaient le ciel, les lunes, les vents, les ondées, les orages, les bêtes, les eaux, et cela chaque jour, car seul un regard exercé leur disait le temps qu’il allait faire le lendemain, et si la saison allait être sèche, ou mouillée, ou venteuse, s’il y aurait des fruits, des noix, si les blés avaient une chance d’être beaux et le raisin sucré. Certains dictons viennent de l’observation de l’homme par l’homme, ils cernent nos penchants, nos défauts, nos faiblesses, mais nos vertus aussi. Certains les tiennent de leurs parents, qui les tenaient des leurs, qui les tenaient des leurs. Les dictons sont, aujourd’hui encore, des sagesses puisées dans le vieux temps et, sans même que nous nous en rendions compte, ils sont dans nos bouches par habitude. Qui n’a jamais dit  « jamais deux sans trois » ou « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse » ou « bien mal acquis ne profite jamais » Notre langage reste encore émaillé de ces pépites éternelles qui sentent bon la terrestre sagesse.

la gaillarde conteuse 

Le jardin du 6 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 6 Juillet

Ouvrant ma porte sur la pluie douce de ce matin, j’ai vu s’envoler, dans le pré voisin, un grand corbeau. Le plumage de cet animal me fait toujours penser à l’étoffe de taffetas noir d’un très vieux costume de théâtre.
Les bêtes ont parfois des attitudes surprenantes, même les bêtes sauvages qui pourtant ne nous sont pas volontiers familières. Un de mes voisins m’a raconté qu’un jour de sa jeunesse il avait trouvé un corbeau blessé. Son père l’avait pansé. Puis, pour le garder à l’œil, il l’avait mis avec les poules, puisqu’elles étaient un peu ses semblables. Elles l’avaient tout de suite accepté. Il mangeait avec elles, circulait comme elles faisaient, grattant le sol du pied, gobant lestement vers de terre et limaces. Il avait même fini par caqueter comme ses compagnes, peut-être pour être sûr d’être tout à fait adopté. Le père avait interdit que les enfants lui donnent un nom, il disait qu’il fallait lui laisser sa sauvagerie. Alors ils l’appelaient simplement “le corbeau.” Une fois guéri, l'oiseau s’en allait régulièrement, puis revenait, puis repartait, jusqu’au jour où il n’est plus revenu, rappelé par son instinct sauvage et libre. Mais, dans la forêt voisine certains jours on entendait le cri d’une poule, là-haut, dans les arbres. On savait alors que “le corbeau” était par là, et qu’il avait quand même conservé le souvenir de sa vie domestique. Ça faisait plaisir à la famille. Les enfants l’appelaient bien un peu, parfois, mais il n’est jamais revenu.

la gaillarde conteuse 

 

 

 

 

Le jardin du 5 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 5 Juillet 

Les tomates rougissent
les courgettes grossissent
les mûres mûrissent,
Un petit vent
les roseaux frémissent 
l’étang se plisse
les feuilles des pommes de terre 
rapetissent
jaunissent
noircissent
enlaidissent
dans ce jardin il n’y a pas de statice
ni de narcisse
et nous ne nous appelons pas Candice 
ni Maurice
C’est ballot
C’eût été rigolo
La paille des allées crisse
sous nos sabots qui surgissent
je vais tailler la mélisse 
le jardinier lui, ratisse
Nos joues rosissent
Les rayons palissent
La chaleur rapetisse
Voici un joli jour qui glisse
Vers le passé
J’avais envie de m’amuser
😊
La gaillarde conteuse 

 

Le jardin du 4 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Nous avons le regret de vous annoncer le décès de madame Lataupe, survenue le 3 juillet à une heure imprécise, à la suite de trop d’insistance.  

Les obsèques se dérouleront dans l’intimité la plus réduite et dans la plus grande simplicité. La morte, de nature franchement païenne, ne voulait surtout pas d’office religieux. 

Et comme dit notre fille « Il faudrait la faire incinérer, après toute une vie sous terre elle a peut-être besoin de changement. »

je l’avais dit que ça finirait mal... mais, figurez-vous qu’à notre grande surprise, un nouveau monticule nous attendait ce matin... Elle n’était donc pas seule ! Ces jolies bêtes au poil si doux sont décidément tenaces. La chasse continue.

La gaillarde conteuse...

 

Le jardin du 3 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 3 Juillet 

Bien sûr la majeure partie du temps les petits événements du jardin sont agréables. Des étonnements devant des semis germés, de jeunes fruits ou légumes qui arrivent, de belles feuilles luisantes et vert tendre. Mais il y a aussi les jours sans, et hier a été de ceux-là car mercredi soir le ciel s’était brusquement noirci, un noir lugubre, violet, menaçant. Puis un grand vent s’était levé. Les branches du grand noyer du voisin, avec leurs larges feuilles,  semblaient d’immenses voilures battues par un incroyable souffle et notre beau sapin était secoué de haut en bas, comme une simple brindille. Et puis de lourdes gouttes se sont mises à tomber, éparses, puis de plus en plus serrées, tombant fortement en plic-ploc éclaboussants. Ça n’a pas duré longtemps. Un gros orage. Mais hier matin au jardin, ouaille, que de surprises. Le plant le plus beau, qui portait trois petites courgettes, était cassé net à la base. Il n’en restait plus qu’un moignon misérable… Nos tendres salades étaient collées à la terre, tachées de boue brunâtre, en paquets. Les arbres secoués avaient perdu une multitude de feuilles, brindilles, graines, qui jonchaient le sol mouillé et sale. La passiflore, cette si gracieuse grimpante, était couchée sur la terre. Même avec une ficelle et de bonnes intentions, je n’ai jamais réussi à lui rendre sa grâce naturelle et elle semble maintenant un gros bouquet, pendu lourdement à un clou. 
Dans ce charivari, les limaces sont ravies, les bougresses ! 
Et puis un gros groupe de doryphores a réinvesti les charlottes. Mais si. 
Et puis madame la taupe n’a pas abandonné la place. Ça va mal finir… 
Le jardinier doit avoir dans sa poche, près du couteau et du mouchoir, une dose de constance pour accepter, sans perdre son sourire, les aléas du potager. 

La gaillarde conteuse 

Le jardin du 2 Juillet

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 2 Juillet

Dans la cuisine, l'odeur des confitures invite les quelques guêpes des alentours. De la cuillère de bois posée sur une assiette, coule un ruisselet sucré et rouge, translucide comme le vitrail. Une guêpe aspire cette délicieuse gourmandise et sa taille, plus que fine, frémit de plaisir. La voilà qui repart en bourdonnant et à son vol hésitant on dirait qu'elle regrette d'avoir quitté cette veine délicieuse. Elle oublie cependant aussitôt ce festin et ressort par la fenêtre ouverte...
Sur les pots, des chapeaux de papier rouge à pois blancs font songer aux coiffes des grands-mères de jadis et ils racontent des histoires. Les étiquettes annoncent le fruit choisi, celui-ci fera la grandeur du petit déjeuner des dimanches. Sur les étagères de la réserve, les pots sagement disposés seront, durant des mois, les témoins tranquilles de l'abondance du potager. Qu'il est heureux celui qui vit de son jardin et qui trouve, sur sa propre terre, sa subsistance.

la gaillarde conteuse...

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