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LE CHÂTEAU DU COCHON (Les trois petits cochons)
 version en vers extraite de mon ouvrage LA BELLE AU BOIS
aux éditions Le pré aux clercs - 2007
(tous droits réservés)

 

Ils étaient trois petits cochons

Roses et doux comme des saucissons

Avec des poils de soie en l’air

Comme sont coiffés les militaires

Ils sautillaient dans les buissons

Et soufflaient dans des mirlitons

Leur vie était chaude et légère

Sous le ventre doux de leur mère.

Ses mamelles distribuaient

Un lait d’amour qui régalait

Et quand la nuit tombait le soir

Un dernier coup à l’abreuvoir

Et hop ils sautaient comme au lit

Dans la boue de la porcherie

C’était une maman gentille

Très fière de ses trois cochons

Elle leur mettait des bigoudis

Pour une belle queue en tire-bouchon

 

Rien ne dure

L’enfance pas plus que tout le reste…

 

Quelque chose un matin d’été

Une espèce d’envie, un appel

Secoua les jeunes gorets

Qui refusèrent la mamelle

La mère les gronda un moment

Les poussa du groin brusquement

Elle n’aimait pas les caprices

Et chacun à son sein lisse

Devait boire bien gentiment

Mais ce matin les trois cochons

Repoussèrent le pis si bon

Ils annoncèrent maladroits

Leur désir de quitter le toit

De cette porcherie boueuse

Parfaitement délicieuse.

Leur mère eut des arguments

Mais ils en eurent bien autant

Et malgré ses larmes de truie

Ses angoisses et tous ses soucis

Elle vit partir soudain grandis

Ses petits cochonnets chéris

 

Rien ne dure

la mère pas plus que tout le reste…

 

L’aîné des trois le plus joyeux

Faisait des rêves de logis

« Mes frères en paille c’est bien mieux

Chaud, léger et vite construit »

 

Il fit ainsi

La lune monta

La nuit tomba sur son logis…

 

Et le second plus courageux

« Mon frère en bois c’est beaucoup mieux

Joli, feutré, vite cloué »

 

Il fit ainsi

La lune monta

La nuit tomba sur son logis…

 

Le troisième moins grand et moins fort

Aimait se sentir protégé

Il fit une sorte de château fort

En pierres de taille bien ouvragées

Combien de jours, combien de mois

A-t-il fallu pour faire tout ça…

 

Il fit ainsi

La lune monta

La nuit tomba sur son logis…

 

Dans ce pays comme dans chacun

Il y avait une forêt

Avec des chênes et des sapins

Des mousses, ronces et fourrés

Et puis un loup évidemment

Qui avait faim certainement

Il avait observé de loin

Ces trois groins neufs roses et gras

Et s’était murmuré tout bas

« Moi je me les mangerais bien »

Et comme il avait l’habitude

De prendre ses rêves au sérieux

Il s’approcha et d’une main rude

Frappa au logis du plus vieux

Et la maisonnette de paille

Fut toute toute secouée.

Avec la peur dans ses entrailles

Le cochon tout intimidé

Demanda : « qui veut donc entrer ? »

Le loup si fin lui murmura

Un ami qui vous veut du bien

Ouvrez-moi donc n’hésitez pas

J’apporte fleurs, vin et nougat !

Le cochon gras et si gourmand

Allait lui faire un bon passage

Quand il sentit c’était flagrant

Un parfum de bête sauvage

 

Allez-vous en

Avec vos fleurs

Avec le vin et le nougat…

 

Mais l’autre tenait à manger

Une terrine pour son dîner

Il souffla trois fois comme un vent

Et toute la paille tomba devant

Ce qu’il fit de notre cochon

Ne se dit pas dans une chanson

 

Rien ne dure

La vie pas plus que tout le reste…

 

Le loup repu pour quelques temps

Dans la forêt dormit longtemps

Puis réveillé par l’appétit

Partit au deuxième logis

Une maison de bois de bouleau

Blanche et nacrée c’était bien beau

La porte en sureau raboté

Et une poignée de fer forgé

Le loup frappa de tout son cœur

Le cochon dit : « C’est une erreur ! »

Le loup souffla comme un malade

La maison partit en balade

Ce qu’il fit de notre cochon

Ne se dit pas dans une chanson

 

Rien ne dure

La vie pas plus que tout le reste…

 

Le loup repu pour quelques temps

Dans la forêt dormit longtemps

Puis réveillé par l’appétit

Partit au troisième logis…

Mais le château était très gros

Le pont-levis était si haut

Le loup souffla comme un fada

Aucune pierre ne tomba

Le loup monta sur le donjon

Pour observer le saucisson

Mais d’un coup sec notre cochon

Vida l’huile chaude d’un chaudron

Et le loup grillé comme une frite

N’a jamais pu prendre la fuite

Et foutu, noyé, cuit et mort

Il y moisit peut-être encore

Et le cochon dans son château

Est devenu roi des mirlitons

Il donne une fête tous les mardis

Qui deviennent des mardis gras

Avec musique, vin et nougat

 

N’oubliez pas c’est aujourd’hui… 

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