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RECETTE POUR RENCONTRER LES FEES…

extrait de LA BELLE AU BOIS et autres histoires - Patricia Gaillard - éditions du pré aux clercs - 2007

 

Osez y aller, de nuit, seul, tout seul
Dans cette forêt ronde au bout du champ d’orgueil

Il vous faudra d’abord savoir abandonner

Tout l’inutile que nous savons trimbaler.

Mettez dans un grand trou la peur et les souvenirs

L’envie aussi, le doute et puis le réfléchir

Le savoir, le jugement, la raison, la pensée

Ne gardez que le voir, l’entendre, le sentir…

Laissez tout dans le trou, filez, sans regretter

Quand vous serez rendus dans cette forêt ronde

Il vous faudra savoir vous tenir dans ce monde

Devenir poignée de terre, rais de lumière

Peut-être ver de terre ou poussière

Taisez-vous, reniflez, écoutez, regardez …

La lune bleutée et sa lanterne ronde

Donne des ombres longues aux arbres des chemins

Dans chaque broussaille, dans chaque fourré

On dirait des étoiles simplement posées

Dans un toupet de brume un mouvement nacré

C’est un voile de soie c’est un voile de fée

 

Ces dames lointaines aux contours incertains

Qui mendient notre foi pour être libérées

Ces dames marraines aux souliers de satin

Qui nous donnent et le noir et le blanc du destin

Ces dames catins, de légèreté insoutenable

Pour notre lourdeur misérable

Ces dames fileuses aux fuseaux appliqués

Qui nouent et qui dénouent les souffles de nos jours

Et qui laissent des fils en longs cheveux noués aux bords des chemins creux

Ces dames blanches, ou vertes, ces fées

 

Ces dames tour à tour maudites ou fragiles

Qui boivent parfois la rosée, parfois le sang 

Ça dépend de l’humeur, ça dépend de l’amant

Elles nous affolent de joyeuses voluptés

Mais leurs caresses nous broient et nous tirent à la mort 

Elles nous offrent un caillou, une feuille, attendez,

Ouvrez donc votre main, regardez, c’est de l’or !

De nos peurs, de nos rêves, elles gardent le trésor

 

Elles passent, glissent, hantent les sources sacrées

Elles s’y penchent, s’y mirent, y puisent leur jeunesse

Dans leurs mains baguées de pluie et d’écorce

Elles sont ce que nous sommes de plus doux, de plus dur

Elles sont le clair-obscur

 

Voyez comme elles dansent

Voyez le sable d’argent qui tombe de leurs pieds

Voyez ces gestes lents, la neige des manteaux

 Le givre découpé en couronnes de vierges

 Les robes diaphanes, les ceintures de lierre

 Voyez comme elles dansent !

 

              Et si vous ne voyez rien, au moins faites-moi confiance… !


 

 

 

 


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