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Bonne Année

Publié le par Patricia Gaillard

matin des étrennes

Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,

Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,

Tourbillonner, danser une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

On s'éveillait matin, on se levait joyeux ,

La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,

Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

Aux portes des parents tout doucement toucher ...

On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,

Les baisers répétés, et la gaieté permise !

Arthur Rimbaud

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Les trois rois sont en route

Publié le par Patricia Gaillard


Et nous voici au 29 Décembre. On pourrait penser que, cette fois, les forces ténébreuses sont calmées et que tout est bien qui finit bien. Loin de là ! Nous entrons à présent dans la période des douze jours d’effroi. Les esprits noirs sont déchaînés, ils vont tout tenter pour combattre cette lumière et ce n’est pas ce petit, couché sur la paille et encore si vulnérable, qui va les intimider ! Ces douze nuits sont souvent venteuses. Nous avons pu le constater !

Durant ces jours-là Frau Berchta, cette vieille fée sauvage autrefois traversait le ciel, suivie de la troupe innocente des enfants mort à leur naissance, qui n’avaient donc pas eu de baptême et à qui la religion refusait une âme. J’ai entendu dire que dans la troupe de ces petits, endormis douillettement dans les plis laiteux et accueillants de la cape de brouillard bordée d’étoiles de Frau Berchta, se glissaient silencieusement les âmes perdues des suicidés, des assassins et des mendiants qu’aucune bénédiction ne sauvera jamais et que nulle famille ne réclame. Elle n’était pas avare de place en son manteau, cette bonne fée, et elle les emmenait tous au paradis, mais directement, sans aucun de ces juges intermédiaires trop humains ! Les mères éplorées avaient au moins cette consolation.

Et c’est durant ces douze jours que nos trois rois marchent sans relâche pour participer, eux aussi, à sauver la lumière. On dit qu’en volant dans les airs ils auraient lâché malencontreusement sur un moulin une cassette d’or qui fit la belle fortune de son meunier, lequel vendit tous ses biens et s’en alla quelque part dans le monde jouir de sa tranquille opulence. Le nouveau propriétaire de ce moulin, qui avait, bien sûr, entendu cette étonnante histoire, paressait tout le jour, couché sur les sacs vides, son bonnet blanc pointu enfoncé jusqu’au nez. Il attendait, clamait-il en riant, que la fortune lui tombe du ciel ! Oui, mais il attendit longtemps, de décembre en décembre, des années durant... Il finit par être pauvre comme une souris d’église. Pris de folie, il tira alors un coup de fusil sur les trois rois volants. Mais l’arme sauta de ses mains et c’est lui qui périt. Personne ne vint le voir, ni le chercher, ni le veiller avec des prières, ni même l’enterrer. Les braves gens ne se mêlent pas de ces histoires maudites, ils laissent les ténébreux rejoindre les ténèbres, quand ils en font le choix. Et l’homme devint maudit, comme le moulin, d’ailleurs... Ils tombèrent ensemble en ruine, doucement. Ils y sont encore pris, jusqu’à la fin des temps...

Et c’est durant ces douze jours que nos trois rois, extirpés de leur tombeau, marchent sans relâche pour participer, eux aussi, à sauver la lumière.
 

Nous les rejoindrons dans quelques jours, pour la fin de cet Avent dans le sillage duquel je vous ai invités. À tout bientôt donc...

Restez au coin des âtres, les vents sont fous et tourmenteurs

la gaillarde conteuse 

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Votre calendrier de l’Avent - 23 Décembre

Publié le par Patricia Gaillard

Votre calendrier de l’Avent - 23 Décembre 


Cette nuit du 24, toujours avant minuit – avec tout ce qu’il y a à faire, la soirée suffira à peine ! – vous chercherez une belle bûche de bois dans votre abri. Fourrez-la dans la cheminée ou dans le fourneau. C’est elle qui brûlera quand minuit sonnera et que les chants s’élèveront, si beaux. Au retour de la messe, prélevez-en les cendres que vous laisserez refroidir. Vous en mettrez un peu dans un sac, posé dans un coin du grenier ; elles protègeront la maison des incendies et des voleurs. Le reste de cette poudre grise et fine sera dispersé dans vos champs, pour en garantir la fertilité, mais que ce soit fait avant l’épiphanie, impérativement !

Les sorcières, c’est connu, fréquentent les églises. Elles ne sont pas les amies du diable, mais des tripoteuses de recettes secrètes. Il ne faut pas confondre. Si vous en soupçonnez une, de vous avoir jeté un sort, portez sur vous l’œuf d’une poule noire accompagné d’une dent et de quelques copeaux de bois. Elle sera confondue, cette créature, à chaque fois.

Toujours avant minuit, donnez à vos bêtes du bon foin parfumé et de la paille fraîche. Elles aussi vont sentir ces forces neuves qui pénètrent tout. Cette nuit, elles vont parler. Si vous en avez le temps, tâchez de les entendre, car leur avis sur notre monde doit être, il me semble, bien édifiant.

À minuit, exactement, vous entendrez des cloches s’éveiller dans de vieux villages engloutis ou dans des fonds de puits où elles ont été cachées jusqu’à l’oubli. Elles résonnent gravement dans tous le pays, pour rappeler un instant ces lieux disparus et muets…

Les bêtes noires qui rôdent dans les nuits alsaciennes de décembre, s’accrochent au dos de ceux qui tardent à rentrer chez eux. La cloche de l’angélus, dans le soir glacé d’hiver, a le don de chasser ces mauvais esprits. Jadis à Mietesheim, on avait fait couler une silberglocke, une cloche d’argent, pour la petite église. Elle avait sa manière d’appeler aux oraisons et chacun là-bas était très attaché à son beau son cristallin. Peu de siècles sont sans guerre, pauvres de nous, et quand elles arrivent tout est pris et fondu en canons. Les gens de Mietesheim, prévenus, décrochèrent en chœur leur chère cloche argentée et au bout d’une corde, la déposèrent au fond d’un puits très long. Elle y demeura tant et tant de temps qu’on l’oublia. Mais si les humains sont dotés d’une faible mémoire, les choses magiques en sont, elles, bien pourvues. Ainsi chaque nuit de Noël depuis ce temps-là, à minuit, avec toutes les cloches enfouies de la région, la silberglocke de Mietesheim lance son beau son cristallin, comme celle de Ballersdorf, des chartreux de Molsheim, des templiers de Bergheim, et celle, si mélancolique de ce village de Usswiller, dépravé, maudit et englouti sous des eaux maléfiques, ainsi que celles de Walbertswiller et de la chapelle saint Marx de Riedisheim, toutes deux merveilleuses, car elles s’entendent et se voient !

Toutes ces cloches, vous ne les avez jamais entendues, et pour cause ! Seules les oreilles pures des enfants y ont accès, il vous faudra partir à la recherche des vôtres… d’ici décembre prochain, vous avez un peu de temps !
Et tandis qu’elles sonnent, des trésors enfouis, gardés par des fées, voient soudain leurs portes claquer dans les souterrains. Ils demeurent alors un instant ouverts, visibles et livrés aux hommes. Mais sachez qu’il faut s’emparer de ces richesses nues avant que ne tombe le dernier des douze coups, sans quoi, il vous reste à passer une année avec ces dames, jusqu’au Noël suivant, ce qui peut être une sacrée expérience.

Mais il faut l’oser
belle journée

la gaillarde conteuse 

 

 

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Votre calendrier de l’Avent - 22 Décembre

Publié le par Patricia Gaillard


Votre calendrier de l’Avent - 22 Décembre 
 

Et voici qu’approche ce fameux 24 Décembre. Merci de m'avoir suivie jusque là pour cet avent que je vous ai conté avec très grand plaisir. Pour terminer de gravir cet escalier moussu qui mène à la lumière, je vais vous parler des Merveilles qui se déroulent durant cette nuit de Noël, en Alsace, où je suis née...

Nous approchons de ce 24 décembre minuit, naissance de la fameuse lumière et de ce petit qui va porter l’humanité. Tout va se renouveler, tout va renaître et libérer des forces neuves et secrètes. C’est la nuit charnière de la métamorphose. Cette nuit n’est en rien une nuit comme les autres. C’est la nuit de Noël, chacun peut le constater, et nul n’en est exclu. Tout le mois y prépare, jour après jour. Les plus grands prodiges se déroulent devant nous et les heures à venir sont magiques.

Tout commence par l’eau qui, dans chaque source, chaque fontaine, devient miraculeuse, pourvu qu’elle soit préparée avec d’impénétrables incantations et quelques grains d’encens et de myrrhe. Chacun dans le village recevra sa petite fiole et durant les mois à venir, quelques gouttelettes de cette potion protègeront ou sauveront les gens et les bêtes. On appelle cette eau « le Heilwog ».

Et puis partout, les gens vont, lanterne au poing, chanter minuit dans l’église pointue dont la cloche sonne sous la neige lente.

Mais avant cette messe, que de choses à préparer et à faire ! Par exemple, cette soirée est la révélation des destinées. Les jeunes filles font un petit détour par la fontaine. Penchez-vous, les belles, voyez votre image qui, lentement, se défait et qui laisse la place à celle de celui qui vous est destiné car cette eau, ce soir, est un miroir de vérité !

 

Mais cette nuit peut vous dire également le temps qu’il fera les douze mois à venir. Posez un rang de douze oignons et, de la pointe de votre canif, creusez dans le sommet de chacun un petit cratère dans lequel vous poserez trois beaux grains de gros sel. Le lendemain, vous aurez le paysage du climat de l’année. Chaque oignon qui aura fait un petit lac sera un mois pluvieux… Précieuse indication !

Si vous êtes viticulteur, vous possédez peut-être encore cette rose de Jéricho, appelée aussi rose de Marie. Séchée et conservée précieusement le restant du temps dans un grenier, elle sera sortie ce soir, la queue trempée dans cette eau sacrée dont je parlais plus haut. Plus la fleur s’ouvrira, plus le vin sera bon.

Vous avez là déjà deux ou trois indications qui vous permettront de bien préparer vos esprits pour ce légendaire et symbolique Nöel.
Je reviendrai demain, car il y a une suite à ce sacré programme du 24 ! 

 

le temps est doux, immobile et gris
Sachez que c’est l’Hiver aujourd’hui

la gaillarde conteuse 

 

 

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