De belles histoires 8
Jeanne la sotte
Ce paysan avait sa paysanne. Elle s’appelait Jeanne. Elle était gentille, douce, travailleuse, mignonnette, mais elle était un peu… simplette. Un jour qu’elle se trouvait seule au logis, un vagabond, qui passait, supplia pour un bout de pain, car sa route était encore terriblement longue.
- Où vas-tu donc ? questionna Jeanne.
- Je vais au paradis, répliqua ce compère, comme si c’était banal.
- Oh, mais ça tombe très bien, pourrais-tu porter ce gros pain à ma sœur et cette brassée d’habits, car depuis le temps qu’elle y est, elle doit manquer.
- Je veux bien m’en charger.
Jeanne fait un gros sac avec la fripe et le pain noir. Mais le sac est bien lourd. Comme il a compris à qui il a à faire, l’homme discute.
- C’est bien lourd, oh et puis la route est longue, et puis ça grimpe, et puis ce soleil, et puis ce vent. Ce qu’il faudrait, c’est un cheval.
- Vous n’avez qu’à prendre la Grise, vous la ramènerez bien.
- Dans trois jours, c’est promis, répond-il, sans rougir.
Il grimpe sur la jument, prend le sac devant lui et s’en va, content de son ouvrage.
Le paysan rentre un peu plus tard et ne voit pas la Grise. Où donc est la jument ? Il dit ça avec inquiétude, c’est leur seule richesse.
- Ne t’en fais pas, mon homme, elle est au paradis.
- Au paradis ?
- Elle sera revenue dans trois jours.
- Dans trois jours ??
- Oui, figure-toi qu’un homme passait là, qui allait au paradis. Moi, pas bête, j’en ai profité pour lui confier des provisions pour ma sœur. Ce brave homme reviendra dans trois jours.
Le paysan n’est pas content, vous l’imaginez bien. Pourtant il ne dit rien, il attend les trois jours.
Au soir du troisième jour, il dit à sa Jeanne :
- Viens, on va chercher la Grise.
Ils cherchent, ils cherchent, dans toute la contrée. Ils cherchent, ils cherchent, des jours, des jours, des jours. Les voilà dans un endroit où la terre est remuée, un cheval est enterré, y’a même un bout de patte avec un sabot qui dépasse.
- Regarde, mon bonhomme, voilà not’ Grise qui commence à ressortir du paradis !
Là son mari l'attrape,
- Viens, retournons au logis, quand on épouse une sotte, ça se paie.
il est furieux et la Jeanne a bien peur. Elle court devant, arrive à la chaumière, ramasse le bâton et le brûle. Sur ce le paysan arrive, cherche le bâton, ne le trouve pas, il arrache la porte, court après sa femme, elle sort, elle s'enfuit, dans la nuit, il la suit, ils entendent des bruits. Jeanne grimpe sur un arbre, son homme aussi, avec la porte. C'est une bande de voleurs, ils s'installent sous l'arbre, avec une lanterne et comptent leur butin du jour à la lueur de la chandelle qui fait danser l'or et l'argent des pièces qui coulent dans leurs mains.
Le paysan se penche tellement pour mieux voir ce trésor, qu'il lâche la porte. Elle tombe sur les voleurs qui s'enfuient dans tous les sens comme des oiseaux de malheur.
Et les voici tous les deux, le paysan et sa Jeanne, seuls dans la nuit grise, ramassant tous ces sous.
Le tablier de la Jeanne est plein.
On ne cherche plus la grise, on n'en a plus besoin,
le bâton est en cendres et comme ça il est bien,
En tout cas si vous croyez au paradis
Vous faites bien !
La gaillarde conteuse