C'est le dernier jour de Mai. C'est une fête, celles des mères, de toutes les mères de la terre, dont nous sommes tous nés. Sans mères pas de vie, pas de continuité, pas d'éternité ù. Sans mères, pas de douceur, pas de soin, pas de tendresse. Mères de naissance, ou mères d'adoption, ou mères de remplacement, toutes les mères sont nos mères. Et n'oublions pas notre terre-mère, celle qui sans cesse nous porte, nous donne et nous supporte, nous ses terribles enfants.
Dame Grenouille et le grand Milan ont déjà parlé de moi, en mon absence, je demande donc la parole. On ne me dit pas "royal", c'est vrai, mais considérez, je vous prie, ma noblesse. Un long bec, un long cou, une minceur enviable, un joli plumage en tons de gris.
Dame Grenouille a bien raison de se méfier, car ses rondes cuissettes me tentent follement. Quant au Milan, il vous raconte qu'il lui arrive de voler une proie dans mon bec, ce qui à ce jour n'est jamais arrivé. Je le crois vantard. Il y a dans les environs de très grands arbres qui font des logis agréables. Et puis cet étang est un lieu que j'adore. Au début j'y venais, attiré mais crispé, car ce jardinier-propriétaire disait vouloir tirer sur moi. Mais avec le temps j'ai bien compris que ce ne sont que des mots. Il n'a même pas de fusil. Et la conteuse, qui m'aime, l'a menacé de jeûne s'il lui prenait de m'embêter, ce qui l'épouvante, il aime bien trop manger ! Je suis donc un peu chez moi à présent et j'occupe régulièrement et délicieusement l'endroit. J'observe, immobile, tous les poissons et les grenouilles, même si cette eau est trop profonde pour que j'y pêche et que ces sacrées batraciennes sont souvent plus rapides que mon bec. Je vais vous faire une confidence : le guet est souvent aussi agréable que la proie. À ne pas répéter, s'il vous plait. Je tiens à ma réputation...
Je suis un rapace. Mon frère est le Milan noir, moi je suis le Milan royal. Royal ça sonne très noble, voilà pourquoi personne n'a l'idée de me nommer charognard, contrairement à mon collègue le corbeau que l'on juge pour cela depuis fort longtemps, le pauvre. Bien sûr je préfère les proies jeunes et vivantes, quitte parfois à les dérober carrément au bec du héron. Si vous pouviez alors voir la drôle de tête qu'il fait !
Mais quand il n'y a rien à becqueter à l'horizon... on fait ce que l'on peut, vous le savez bien.
J'aime beaucoup survoler cet étang, de plus il est entouré de forêts et de pâtures, des lieux qui m'intéressent hautement (hé, hé, bon mot) Autrefois je passais l'hiver en Espagne, mais à présent je ne pars plus, les hivers ont cessé d'être glacés, je peux tranquillement demeurer ici durant toute l'année. J'aime mieux.
Je suis un être serein. Il est interdit de m'attraper, de me perturber, de toucher à mes œufs de disposer de mon cadavre et même d'abîmer mon milieu de vie. Vous avez parfois des lois généreuses, soyez donc tous remerciés !
Ouhhhhhhh, j'ai oublié !
Il ne sera pas dit que vous serez privés de ce bouquet du Dimanche par ma légendaire distraction. Surtout que j'avais photographié ce matin-même un coin de plantes grasses, si colorées, si lumineuses, dans l'idée d'en faire les vedettes de ce jour.
Eh bien les voici... juste à temps... 😄