La parole est au Héron

Publié le par Patricia Gaillard

Dame Grenouille et le grand Milan ont déjà parlé de moi, en mon absence, je demande donc la parole. On ne me dit pas "royal", c'est vrai, mais considérez, je vous prie, ma noblesse. Un long bec, un long cou, une minceur enviable, un joli plumage en tons de gris. 
Dame Grenouille a bien raison de se méfier, car ses rondes cuissettes me tentent follement. Quant au Milan, il vous raconte qu'il lui arrive de voler une proie dans mon bec, ce qui à ce jour n'est jamais arrivé. Je le crois vantard. Il y a dans les environs de très grands arbres qui font des logis agréables. Et puis cet étang est un lieu que j'adore. Au début j'y venais, attiré mais crispé, car ce jardinier-propriétaire disait vouloir tirer sur moi. Mais avec le temps j'ai bien compris que ce ne sont que des mots. Il n'a même pas de fusil. Et la conteuse, qui m'aime, l'a menacé de jeûne s'il lui prenait de m'embêter,
ce qui l'épouvante, il aime bien trop manger ! Je suis donc un peu chez moi à présent et j'occupe régulièrement et délicieusement l'endroit. J'observe, immobile, tous les poissons et les grenouilles, même si cette eau est trop profonde pour que j'y pêche et que ces sacrées batraciennes sont souvent plus rapides que mon bec. Je vais vous faire une confidence : le guet est souvent aussi agréable que la proie. À ne pas répéter, s'il vous plait. Je tiens à ma réputation... 

la gaillarde conteuse de l'étang... 

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