Même les fleurs d'été souffrent de cette grande chaleur. Nous avons remisé tous les pots du Sud-Ouest sur une terrasse à l'est. Unique solution pour les sauver. Du coup le Bégonia Dragon, ravi, brille de toutes ses feuilles et de toutes ses fleurs rouges satinées. Le Géranium Rosat, trouvé un matin complètement raplati et aussitôt déménagé, a repris sa forme et son parfum délicieux... ouf... je vous le présenterai un de ces jours, j'aurai cependant du mal à vous transmettre son parfum...
Été de grande chaleur, été de vigilance et de ruse, pour les plantes, comme pour nous !
Ce Paon-du-jour aux chatoyantes couleurs, s'est posé sur une porte. Est-il conscient du caractère précieux de sa présence ? Paon-du-jour, ce joli nom m’a interrogée. Écoutez donc ce que cette espèce de fleur volante a à nous raconter...
Je suis le paon-du-jour, je vous invite à un petit vol dans le temps, jusqu'aux mythes grecs, pour retrouver la belle io. Une magnifique créature dont Zeus bien sûr s’éprend. Elle devient sa maîtresse, sous l’œil jaloux et vigilant de sa divine épouse Héra. Surpris par celle-ci, alors qu’il folâtre indécemment avec io dans un bois, il transforme sa maîtresse en génisse et l’offre à Héra. Mais Zeus, rusé, trouve une parade et arrive à rejoindre io sous la forme d’un taureau. Héra, femme fine à qui on ne la conte pas, et qui connaît fort bien son époux, confie la génisse io à Argos, un géant aux cent yeux. Voici la belle sous grande surveillance et le grand Zeus un peu coincé. Il envoie alors Hermès vers Argos avec l’ordre de le tuer. Hermès s’en va trouver Argos et lui conte une longue et belle histoire, tout en le berçant du son enchanteur de sa lyre. D’habitude Argos ne dort que de la moitié de ses yeux, l'autre moitié restant bien éveillée, c’est ce qui lui vaut la réputation d’un parfait surveillant. Mais sous le charme de l’histoire racontée par Hermès, le géant Argos s’endort doucettement et ses cent yeux se ferment l’un après l’autre, jusqu’au dernier. Hermès alors lui coupe la tête. Héra, qui l’apprend, vient récupérer les yeux d’Argos, qu’elle place sur son animal préféré, le paon. Voilà pourquoi le paon est « ocellé », c’est à dire parsemé de taches en forme d’yeux. Et moi, le paon-du-jour, je suis un papillon aux ailes ocellées, ce qui m'a valu de porter le nom de paon-du-jour.
Voici mon secret, l'histoire de mon nom, reconnaissez que votre culture s'en trouve agrandie !
Et sur ces mots le papillon s'envole dans le soleil d'or et s'installe sur une fleur du potager, pour continuer, encore et encore, sa mission de papillon.
Dimanche soir, après une journée chaude comme vous l'imaginez aisément, étendus dans notre chambre, fenêtre et volet ouverts, nous espérions la pluie... elle est venue, bien sûr, mais pas seule !
D'abord, vers 23h, une moissonneuse-batteuse a entrepris de moissonner le champ voisin. Très voisin. À 50 mètres. La lueur forte de son éclairage inondait par instants toute notre pièce. Cet engin, immense, n'était pas silencieux, loin de là et dispersait dans toute l'atmosphère une forte odeur de paille coupée.
Mon cher jardinier, qu'habituellement le moindre craquement réveille, dormait cette fois à poings fermés. L'heureux homme. Puis une pluie en grosses gouttes s'est mise à tomber et des éclairs, nombreux, se sont rajoutés à cette ambiance de feu d'artifice, éclairs de plus en plus nombreux, de plus en plus bruyants. J'ai peur de l'orage, je trouve son fracas tellement lugubre.
C'est alors qu'un éclair immense, immédiatement suivi d'un coup de tonnerre terrifiant m'a fait bondir dans mon lit et je suis tombée au sol dans un hurlement qui m'a étonnée moi-même... Mon cher jardinier, tout de même, s'est réveillé et, entendant les craquements au-dehors m'a dit
- ne t'inquiète pas, on ne risque rien.
Ce à quoi une voix d'outre-tombe a marmonné
- je suis par terre
- quoi ?
- je suis par terre
- c'est quoi ces conneries ?
il a allumé la lampe, m'a vue aux sol et a beaucoup ri !! Avant même de s'inquiéter de mon état, il a ri, beaucoup, carrément, de tout cœur !!
Je vais très bien. Je dis cela car vous avez peut-être, vous, la bonté de vous en inquiéter...
Depuis des dizaines d'années nous vivons dans ce mur. Nous sommes bien accueillies et nous vivons en bonne intelligence avec les habitants du lieu. Le jardinier sème même des plantes mellifères qui nous permettent de trouver nos pollens sur place. Le top !
Cette année cependant nous sentons un stress ambiant. Il est vrai que nous sommes plus nombreuses cette fois, plus grosses, peut-être un peu plus nerveuses et l'éprouvante chaleur nous choque. L'une de nous a foncé sur un visiteur et l'a piqué, c'est incroyable ! C'est une grave erreur qui va semer le trouble dans cette bonne vieille entente qui nous arrange tous. La conteuse est inquiète pour sa famille, pourvu qu'elle ne songe pas à sacrifier la nôtre !
Moi, l'abeille-chroniqueuse, je vous promets de revenir vous tenir au courant de la progression de cette inquiétante affaire...