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De belles histoires 3

Publié le par Patricia Gaillard

Image Darkmoon_Art - Pixabay

     

             Le loup, le renard et le roi

Au temps où les hommes avaient des dieux, les bêtes avaient des rois.
Dans les forêts de nos régions, ce roi était un ours. Choisi pour sa force, sûrement, pour sa sagesse, peut-être, je ne sais.
               En tout cas, chaque animal sauvage pliait devant lui le genou. Même le loup.
               Au jour dont je vous parle, l’ours, roi des forêts, était vraiment malade. C’est une chose qui arrive même aux rois.
            Il était là, couché, sur un grand lit de feuilles, visité tout le jour par de nombreux sujets. Abeilles, tourterelles, écureuils malicieux, hiboux, souris et hérissons du lieu et cent autres encore que je ne dirai pas, car vous les voyez bien. Loup lui-même y allait, courant de taillis en taillis. Ours l’avait parfois aidé, contre les ruses de renard, et sauvé de justesse ! A ne pas oublier. Un loup n’est pas ingrat.
             Il arriva bien vite, présenta ses hommages, tapota l’oreiller, chercha de l’eau de source, chanta même, m’a-t-on dit, de douces mélodies pour réduire le malaise. Mais rien ne soulageait. Il était encore là quand renard arriva. C’était presque la nuit et la lune qui montait, ronde et argentée donnait un éclairage étrange à ce grand corps souffrant, étendu là, misérablement
          « Tu viens bien tard », dit l’ours au renard, avec toute la rage qui lui était possible.
 « Tu négliges ton roi »!
                 Le loup parut content de ce reproche, il jetait au renard un regard amusé. Renard le remarqua. Peu de choses lui échappent. Il dit alors au roi :
               « Si je ne suis pas venu plus tôt,  c’est que je n’avais pas le temps. Et si je n’avais pas le temps, c’est que je parcourais tout le pays alentour, à consulter rebouteux et leveurs, sorcières et guérisseurs.  Je cherchais un remède, un remède pour te guérir, te guérir à coup sûr… mon roi. »
                  Aucune nouvelle ce soir-là ne pouvait être plus grande.
                  « Renard, dis-moi, ce remède, quel est-il ? »
Le museau fin relevé et l’œil d’or pointé vers le loup, le renard souffla à l’ours :
« Revêtir la peau encore  chaude d’un loup mort… mon roi » L’ours empoigna le loup, le tua d’un coup de patte et sans attendre lui ôta sa peau.
                  C’est comme je vous le dis. Celui qui ne me croit pas, qu’il aille voir, l’écorché gît encore à l’ombre  des ronciers, dans cette forêt-là, quelque part, dans ce pays.

la gaillarde conteuse 

 

 

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Votre bouquet du Dimanche 8 Février

Publié le par Patricia Gaillard

Bien sûr, avec le soleil déjà tiède, certaines plantes poussent au jardin. Quelques fleurs de tulipes et de jonquilles montent en bouton, c'est tôt, le gel est encore d'actualité, Février ne fait que commencer. Dans la maison aussi, devant une fenêtre, le chamaedorea a fait une fleur. Pour l'instant les boules sont vertes et minuscules, mais elle vont grossir et devenir jaunes. Je vous inviterai à suivre sa maturité. J'aime bien les fleurs des plantes d'intérieur. Elles sont parfois inattendues, on hésite même alors à les appeler "fleurs."
Pourtant...

je ne vous souhaite pas forcément un Dimanche inattendu, mais un beau Dimanche tranquille et heureux

la gaillarde conteuse 

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De belles histoires 2

Publié le par Patricia Gaillard

 


ARACHNÉE

Athéna, déesse grecque des travaux de filage, de tissage, de broderie, était connue pour être généreuse et pas du tout jalouse. Sauf une fois. Elle avait entendu parler de la fille d’un teinturier de pourpre, dans la ville de Colophon, qui filait et tissait magnifiquement. Elle s’appelait Arachnée. On disait qu’aucun tissu au monde ne pouvait être aussi beau que son travail. Alors Athéna, qui était la meilleure tisseuse de l’univers, par un procédé magique, se transforma en vieille femme pour aller rendre visite à la jeune et remarquable tisserande.
Les tissus qu’elle faisait étaient d’une teinte rouge qu’on n’avait jamais vus nulle part ailleurs, et de plus les dessins du tissage étaient d’une incomparable perfection.

Athéna, très sûre d’elle, proposa un concours. « Fabriquons chacune un ouvrage qui représentera les dieux de l’olympe. Et nous verrons alors qui de nous deux sera la meilleure… les dieux choisiront… »

Quelques temps plus tard, les deux femmes montrèrent leurs ouvrages. Si celui d’Athéna frappait par sa qualité divine, sa finesse éblouissante, celui de la jeune fille le surpassait pourtant et son tissu fut choisi par les dieux.

Athéna ne supporta pas ce terrible affront de mortelle.
Elle empoigna la tapisserie et la déchira, cassa le métier à tisser d’Arachnée et écrasa les navettes…
la jeune fille blessée dans son âme, se pendit avec son fil.
Mais Athéna, revenue de sa colère, ne permit pas à Arachnée de mourir. Elle la transforma en araignée.
Et c’est depuis ce temps-là que l’araignée est la magnifique tisserande que nous connaissons, qui présente à nos regards ses travaux géométriques remarquables où pendent, comme des diamants, les gouttes de rosée du petit matin…

la gaillarde conteuse 

 

 

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De belles histoires 1

Publié le par Patricia Gaillard

Nous allons entamer ce Février tout neuf avec des histoires. Parce que je suis conteuse, parce que c'est l'hiver, parce que si on ne raconte pas d'histoires on perd de vue l'essentiel, les contes sont là pour nous tendre des clefs. 
Voyez plutôt...


LE MULOT CONTEUR
Version de Patricia Gaillard

Trois petits mulots, un jour d’automne, reniflent autour d’eux… mmmm l’hiver n’est pas loin. Jusque là ils squattaient un vieux nid dans la haie d’églantiers. Mais là, il faut être sérieux, ils se font un terrier, profond, avec une chambre et un grenier.
Dans la chambre on met de la mousse, des feuilles, des herbes sèches, le tout finement haché, ça fait une moquette odorante et confortable.
Il s’agit maintenant de remplir le grenier.
Deux d’entre eux, du genre courageux, actifs et prévoyants, s’en vont chercher de quoi : des graines, des noix, des fruits secs, des champignons, des mousses, des escargots, des vers de terre, même secs, des mûres, ah oui les mûres, ils adorent…
Ils roulent, portent, traînent, roulent, poussent tout ça jusqu’au terrier, de nuit, tout en se méfiant des hiboux et des chouettes, des chats et des blaireaux, qui croquent très volontiers les festins minuscules d’une vingtaine de grammes, qu'ils sont. 
Le troisième compère se prélasse, rêvasse, sur un épais tapis de mousse, au pied d’un pommier sauvage dont les rares àpetits fruits ronds brillent sous la lune. Il contemple le turban du ciel bleu sombre piqué d’étoiles, il écoute les chants des nocturnes, il renifle les parfums de l’automne. Rien ne lui échappe de tous les frôlements, frissonnements, frémissements de la nuit. Il rêve, il médite, c’est un poète, un artiste.
Les deux autres, courageux, actifs, prévoyants, lui disent : t’es paresseux, t’es un lâcheur, t'es la cigale de la fourmi, tu ne mériteras pas de manger quand viendront la bise et les gelées ! Aide-nous !!
Il ne peut pas. C’est plus fort que lui.
Voilà l’hiver. Ils sont contents tous les trois d’avoir un bon abri. Le grenier est plein. Ils pourront même se permettre d’inviter parfois des mulotes à dîner.
Dans ce terrier, si on mange très bien, par contre on s’ennuie ! Les nuits sont longues. On sort un peu, mais on revient vite. Houla, trop de vent, de la neige et tous ces hiboux qui ont faim, c’est dangereux ! Heureusement on leur échappe souvent, on saute haut, on grimpe aux arbres, on abandonne dans leurs becs acérés le petit bout de sa queue et on est sauvé !
Alors on revient, on est content d'être en vie. Mais on s’ennuie !
C’est là que le mulot-poète-conteur se met à raconter le ciel, les étoiles, les pommes luisantes, les chants, les parfums, les frôlements, les frémissements, les frissonnements… toutes les choses qu’il a pris le temps d’entendre et de voir. Toutes ces histoires…
On l’écoute, à demi-couché, les yeux mi-clos, avec délice, les  pattes croisées sur les ventres bien pleins.

Et à ce moment-là, à ce moment-là seulement, on se dit :
On a besoin de rêve, tout autant que de pain.


N'hésitez pas à prendre cette histoire pour la raconter, car elle dit bien l'importance des rêveurs...

la gaillarde conteuse 

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