De belles histoires 3
Le loup, le renard et le roi
Au temps où les hommes avaient des dieux, les bêtes avaient des rois.
Dans les forêts de nos régions, ce roi était un ours. Choisi pour sa force, sûrement, pour sa sagesse, peut-être, je ne sais.
En tout cas, chaque animal sauvage pliait devant lui le genou. Même le loup.
Au jour dont je vous parle, l’ours, roi des forêts, était vraiment malade. C’est une chose qui arrive même aux rois.
Il était là, couché, sur un grand lit de feuilles, visité tout le jour par de nombreux sujets. Abeilles, tourterelles, écureuils malicieux, hiboux, souris et hérissons du lieu et cent autres encore que je ne dirai pas, car vous les voyez bien. Loup lui-même y allait, courant de taillis en taillis. Ours l’avait parfois aidé, contre les ruses de renard, et sauvé de justesse ! A ne pas oublier. Un loup n’est pas ingrat.
Il arriva bien vite, présenta ses hommages, tapota l’oreiller, chercha de l’eau de source, chanta même, m’a-t-on dit, de douces mélodies pour réduire le malaise. Mais rien ne soulageait. Il était encore là quand renard arriva. C’était presque la nuit et la lune qui montait, ronde et argentée donnait un éclairage étrange à ce grand corps souffrant, étendu là, misérablement
« Tu viens bien tard », dit l’ours au renard, avec toute la rage qui lui était possible.
« Tu négliges ton roi »!
Le loup parut content de ce reproche, il jetait au renard un regard amusé. Renard le remarqua. Peu de choses lui échappent. Il dit alors au roi :
« Si je ne suis pas venu plus tôt, c’est que je n’avais pas le temps. Et si je n’avais pas le temps, c’est que je parcourais tout le pays alentour, à consulter rebouteux et leveurs, sorcières et guérisseurs. Je cherchais un remède, un remède pour te guérir, te guérir à coup sûr… mon roi. »
Aucune nouvelle ce soir-là ne pouvait être plus grande.
« Renard, dis-moi, ce remède, quel est-il ? »
Le museau fin relevé et l’œil d’or pointé vers le loup, le renard souffla à l’ours :
« Revêtir la peau encore chaude d’un loup mort… mon roi » L’ours empoigna le loup, le tua d’un coup de patte et sans attendre lui ôta sa peau.
C’est comme je vous le dis. Celui qui ne me croit pas, qu’il aille voir, l’écorché gît encore à l’ombre des ronciers, dans cette forêt-là, quelque part, dans ce pays.
la gaillarde conteuse
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