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De belles histoires 7

Publié le par Patricia Gaillard


Le petit moine

C'était il y a bien des années, alors que j'étais en Alsace pour quelques jours. Je suis retournée naturellement à l'abbaye cistercienne où j'avais, autrefois, l'habitude d'aller me recentrer. Bâtisse du XIIème siècle, dans les champs, hors du monde. Lieu calme, silencieux, recueilli, invariablement apaisant. 
Arrivant par hasard à l'heure de la messe basse, je m'y rends... moi, où que je sois, même là, je reste une conteuse, celle qui regarde, qui renifle, qui perçoit, celle à qui les détails n'échappent pas. 
À la fin de l'office, la colonne des moines avance vers le pain de l'hostie, lentement, tous drapés dans leurs longues robes épaisses, couleur de parchemin. Un vieux moine, trapu, chauve, aux oreilles décollées et aux manières timides, me fait penser - Dieu me pardonne - à un nain de Blanche-Neige ou, osons dire les choses comme elles sont, à un nain de jardin. 
Ce lieu est un endroit sérieux, faut-il le préciser, mais ceci n'empêche pas mes idées de monter. Voilà qu'il m'en vient une, plus gonflée que les autres :
-  Où est donc la lumière de ce nain de jardin ?
On imagine volontiers le divin nimbant ses préférés d'esthétiques attraits, d'un regard profond, d'une voix bien posée, d'un charisme notoire, de gestes de prophète ou d'un maintien de roi, de lumière dorée, d'une grande auréole, que sais-je encore !
Et moi toujours de me dire... 
-  Où est donc la lumière de ce nain de jardin ? 
Eh bien... stupéfaite, la raconteuse, car à cet instant précis un rayon de soleil, plus vif que le feu même, traverse d'un coup sec le vitrail orangé et pose sur ce moine - et sur lui seulement ! - la fine braise ardente d'une lumière rare. 

Le divin a de l'humour et de la simplicité, car il répond aux questions d'une très claire manière, fermant ainsi, d'un coup, le bec de la conteuse... 

la gaillarde conteuse 

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De belles histoires 6

Publié le par Patricia Gaillard

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Les trois souriceaux

Une souris avait trois petits, gris, soyeux, la moustache fine.
Mais ces trois-là se chamaillaient à propos de tout. Fessées, gronderies, coups de languette, rien ne savait les corriger. Leur mère les emmena voir une très vieille souris, connue pour sa sagesse, qui demanda à les garder avec elle durant trois jours.

La maman souris hésita.
Mais c’était pour leur bien…

Le lendemain la vieille fit un nœud bien serré, avec les trois queues des souriceaux. Puis elle posa devant chacun, un peu éloignée cependant, une grosse part de beau fromage.
Les souriceaux foncèrent sur ce festin, mais aucun ne l’atteignait,  retenu par les queues des deux autres qui tiraient autant de leur côté.

Ils restèrent tous les trois sur leur faim.
Le second jour fut le même et pire encore.
Au troisième jour ils étaient affamés, épuisés, découragés.

C’est alors que l’un d’eux eut une idée.
Il proposa que chacun mange à son tour, accompagné dans ses mouvements par les deux autres.
On fit ainsi.
Chacun mangea.

Au soir de ce jour-là, la souris étonnée et ravie retrouva ses petits.

Si la fin justifie les moyens… la faim tout aussi bien ! 
 

la gaillarde conteuse  

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Votre bouquet du Dimanche 22 Février

Publié le par Patricia Gaillard

Petit, le bouquet, mais cueilli au jardin ! Une pervenche, une jonquille et une branche de cognassier du Japon et voici soudain le soleil dans la maison. Dehors la pluie est d'une fidélité agaçante, mais comme dit le proverbe, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur 💙

Passez un très agréable Dimanche 

la gaillarde conteuse 

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De belles histoires 5

Publié le par Patricia Gaillard

Image Vilkasss - Pixabay


 

FRÈRE VINCENT

 

Il était une fois un moine qui s'appelait frère Vincent. Il était maigre et petit. Il avait un crâne chauve, des yeux clairs, un sourire d’ange. Il portait une bure grossière, rugueuse, tenue par une ceinture de ficelle et deux larges sandales de cuir brun où dépassaient ses orteils, bombés comme des gousses d’ail.

Frère Vincent  avait deux amours : Dieu et le chant des oiseaux. Qui sont peut-être la même chose.

Un jour qu’il déambulait dans le cloître, priant ou méditant, allez savoir, il entendit là-bas, quelque part dans le jardin, un chant d’oiseau que jamais il n’avait entendu. Il planta là aussitôt sa prière et d’un claquement de sandales, tout plein de curiosité, il fila au jardin.

Là au sommet d’un grand arbre un petit oiseau gris, banal, sifflait un chant qui lui vraiment ne l’était pas. Frère Vincent, enchanté, s’assit au pied de l’arbre, le derrière dans les racines, le dos contre le tronc et avec ravissement écouta le chant de l’oiseau. Il écouta longtemps, longtemps, longtemps…

Soudain un coup de vent frais le secoua.

-  Oh, il est temps de retourner chez mes frères. J’ai écouté cet oiseau au moins une heure, peut-être même une heure et demie !

Il se leva. C'était très étrange, son corps entier lui faisait mal, ses articulations étaient terriblement raides, il était courbé et n’arrivait pas à se redresser. Et il avait une barbe, blanche, longue, d’où sortait-elle donc ? Et ses mains étaient toutes noueuses, comme les racines de l’arbre, on aurait dit des mains de vieillard. Tout cela était invraisemblable.

Il marcha alors péniblement vers le couvent et, traversant le jardin, il vit des rosiers qu’il n’avait jamais vus, des arbres fruitiers déjà vieux qu’il ne connaissait pas et, près de la porte, la cloche avait été changée. Comme tout cela était étrange.

Frère Vincent frappa à la petite vitre, comme il en avait l’habitude, le frère portier ouvrit  la porte qui grinça un peu, il s’appelait frère Jean, mais frère Vincent ne l’avait jamais vu.

-  Que voulez-vous mon brave ? dit frère Jean avec ce ton doux de ceux qui savent ouvrir leur porte et puis aussi leur cœur.
-   Mais, dit notre moine, mais, je suis frère Vincent ! 

-   Frère Vincent ? prononça frère Jean avec étonnement, frère Vincent, ah oui, on m’a parlé une fois il me semble d’un frère Vincent qui était moine ici. Il a disparu un jour qu’il déambulait dans le cloître et on ne l’a jamais revu. Ça s’est passé il y a deux cents ans, c’est une histoire bien étrange, un vrai mystère. 

-   Deux cents ans, murmura frère Vincent… 

Alors d’un coup son crâne chauve, son regard clair, son sourire d’ange, sa bure, ses sandales, ses orteils en gousses d’ail, tout cela devint comme une image, puis comme une brume et tomba en cendres légères et grises, en petit tas, devant la porte.

  • Houla, j’ai pris trois verres de vin tout à l’heure au réfectoire, je n’aurais pas du, je vois des revenants.

Et frère Jean referma la porte, riant de lui- même.

Le courant d’air fit s’envoler le petit tas de cendres légères et grises.

Au fond du jardin, sur un grand arbre, un petit oiseau gris, banal, sifflait un chant incomparable que personne n’entendait. Puis il ouvrit ses ailes, et s’envola haut, haut, bien trop haut pour un petit oiseau. Et en montant tout là-haut vers le ciel il chantait 

-  Attendez-moi, frère Vincent, attendez-moi !

 

Patricia Gaillard, la gaillarde conteuse 

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