Je vous avais parlé de mes jardins d'hiver. De grands pots, garnis de bois mort et d'herbes sèches enroulées en nid. J'y cale des pots avec des fleurs de saison. En février primevères et pensées ont eu la vedette et maintenant ce sont des jardins de printemps, saxifrages, renoncules, myosotis, géraniums, bégonias. Vaporisées chaque jour, ces plantes restent pimpantes et ornent joliment nos terrasses.
Ce matin, promenade sous la pluie. Comme dit mon cher jardinier "Nous n'avons rencontré que nous !" En vrais promeneurs nous n'avons pas été intimidés par cette rincelette froide. Haut les cœurs !
Passez un très bon Dimanche...
Hier Dimanche, fête de Pâques avec notre chère tribu. L'après-midi une promenade dans les bois, les prés, les champs, parmi les fleurs, les chants d'oiseaux, les herbes brillantes.
oh, le très joli printemps ! Le magnifique bouquet rapporté en est l'image la plus parlante et la plus colorée.
Bonnes fêtes de Pâques à toutes et à tous !
C’était au moyen âge, aux environs de Mièges, dans le Jura. Au temps où l’on croyait aux fées et aux mystères de la nature. Un chevalier, qui passait à cheval, s’arrêta un instant à l’ombre fraîche des arbres. C’était la fin du jour, le dernier soleil encore vif jetait des rayons écarlates. L’eau de la Serpentine en était rose, nervurée d’or, comme le sont sûrement les rivières chantantes et tièdes de nos origines, les quatre fleuves de l’Eden et les eaux rêvées de Jouvence. Tout près de là était une source discrète, dont le murmure léger ne s’entendait même pas, couvert par le bruit du ruisseau. Le chevalier la vit, descendit de son cheval, se mit à genoux près du jaillissement avec un respect qui nous étonnerait. C’est qu’on disait alors que les sources étaient sacrées, chargées des forces qui dorment aux pierres souterraines. N’est-ce pas une manière de dire qu’elles sont vivantes ? Elles le sont, nul ne doute, même les savants. Bref, notre chevalier était de ceux qui ont en la nature une compagne véritable. De ces gens-là je sais qu’il y en a encore.
Il tendit ses deux mains qu’il disposa en coquille profonde, et puisa l’eau merveilleuse de fraîcheur, parfumée de roche et de terre. Si vous n’avez jamais goûté une eau à même la source, vous ne pouvez connaître son offrande simple et souveraine. Les sources dans le Jura sont si nombreuses, que vous pourrez bien un jour dans l’une d’elles, vous guérir de cette ignorance. Vous connaîtrez alors le plus primitif et le meilleur bienfait du monde. Le chevalier penché en gardait les yeux fermés d’aise. Et c’est en les ouvrant qu’il vit dans l’eau, sous les mouvements écumeux du mince jaillissement, un objet très brillant parfaitement vermeil, révélé par un trait inouï de soleil. Comme c’était étonnant, dans cet endroit banal, cette chose dans l’onde, qui semblait un trésor. Il hésita un peu, trempa pourtant la main vers l’objet lumineux. Il sortit de l’eau une statuette d’argent. C’était une Dame couronnée, qui souriait. Jamais il n’avait vu un aussi beau visage. L’objet était si empreint de finesse et de grâce qu’il en fut bouleversé. Comme il avait voué son cœur de chevalier à Marie, il vit en cette dame d’argent une visite surnaturelle, un signe des cieux. Il l’emporta chez lui, c’était tout près, puis alla la poser dans l’église qui lui semblait être sa vraie place. Il la pria un long moment.
Le lendemain matin, tôt, il revint la voir. Elle avait disparu. Elle était retournée où il l’avait trouvée, dans son logis de bois, de mousses et d’eaux. Elle était revenue, elle devait y rester. Il y fit construire un oratoire où elle demeura très, très longtemps. On parle encore de ce lieu où tant d’êtres passèrent. Il paraît que la petite source était guérisseuse et que l’énergie des forces souterraines y fit don de bien des merveilles.
Vieille poésie. Peut-être. Belle poésie tout de même où les esprits des eaux sont donnés et reçus… poésie où l’eau est vivante, car nous le sommes aussi.
Patricia Gaillard - Contes et Légendes du Jura - éditions De Borée - 2007