De belles histoires 1
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Nous allons entamer ce Février tout neuf avec des histoires. Parce que je suis conteuse, parce que c'est l'hiver, parce que si on ne raconte pas d'histoires on perd de vue l'essentiel, les contes sont là pour nous tendre des clefs.
Voyez plutôt...
LE MULOT CONTEUR
Version de Patricia Gaillard
Trois petits mulots, un jour d’automne, reniflent autour d’eux… mmmm l’hiver n’est pas loin. Jusque là ils squattaient un vieux nid dans la haie d’églantiers. Mais là, il faut être sérieux, ils se font un terrier, profond, avec une chambre et un grenier.
Dans la chambre on met de la mousse, des feuilles, des herbes sèches, le tout finement haché, ça fait une moquette odorante et confortable.
Il s’agit maintenant de remplir le grenier.
Deux d’entre eux, du genre courageux, actifs et prévoyants, s’en vont chercher de quoi : des graines, des noix, des fruits secs, des champignons, des mousses, des escargots, des vers de terre, même secs, des mûres, ah oui les mûres, ils adorent…
Ils roulent, portent, traînent, roulent, poussent tout ça jusqu’au terrier, de nuit, tout en se méfiant des hiboux et des chouettes, des chats et des blaireaux, qui croquent très volontiers les festins minuscules d’une vingtaine de grammes, qu'ils sont.
Le troisième compère se prélasse, rêvasse, sur un épais tapis de mousse, au pied d’un pommier sauvage dont les rares àpetits fruits ronds brillent sous la lune. Il contemple le turban du ciel bleu sombre piqué d’étoiles, il écoute les chants des nocturnes, il renifle les parfums de l’automne. Rien ne lui échappe de tous les frôlements, frissonnements, frémissements de la nuit. Il rêve, il médite, c’est un poète, un artiste.
Les deux autres, courageux, actifs, prévoyants, lui disent : t’es paresseux, t’es un lâcheur, t'es la cigale de la fourmi, tu ne mériteras pas de manger quand viendront la bise et les gelées ! Aide-nous !!
Il ne peut pas. C’est plus fort que lui.
Voilà l’hiver. Ils sont contents tous les trois d’avoir un bon abri. Le grenier est plein. Ils pourront même se permettre d’inviter parfois des mulotes à dîner.
Dans ce terrier, si on mange très bien, par contre on s’ennuie ! Les nuits sont longues. On sort un peu, mais on revient vite. Houla, trop de vent, de la neige et tous ces hiboux qui ont faim, c’est dangereux ! Heureusement on leur échappe souvent, on saute haut, on grimpe aux arbres, on abandonne dans leurs becs acérés le petit bout de sa queue et on est sauvé !
Alors on revient, on est content d'être en vie. Mais on s’ennuie !
C’est là que le mulot-poète-conteur se met à raconter le ciel, les étoiles, les pommes luisantes, les chants, les parfums, les frôlements, les frémissements, les frissonnements… toutes les choses qu’il a pris le temps d’entendre et de voir. Toutes ces histoires…
On l’écoute, à demi-couché, les yeux mi-clos, avec délice, les pattes croisées sur les ventres bien pleins.
Et à ce moment-là, à ce moment-là seulement, on se dit :
On a besoin de rêve, tout autant que de pain.
N'hésitez pas à prendre cette histoire pour la raconter, car elle dit bien l'importance des rêveurs...
la gaillarde conteuse