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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 3ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)   3ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Quelle apparition ! L'homme descend de cheval, se penche vers Anna, lui demande ce qu'elle fait là, de nuit, dans ces bois.
-"J'attends, dit-elle, j'attends que le gel vienne me chercher.
- Je suis le gel, Anna."
Il fait de petits gestes vifs avec ses doigts blancs et voilà qu'apparait un manteau de fourrure blanche, puis un châle de laine mousseuse immaculée, puis un turban de plumes de cygne qui enrobent Anna de leur douceur. Puis le gel lui prend la main, l'emmène jusqu'à un étang gelé, tout près, où ils se mettent à danser, virevolter, deux êtres argentés sous la lune... Anna a le vertige, elle peine à croire à cet homme, qui est là, et qui n'a rien d'un homme. C'est un rêve sûrement et elle a si chaud ! Puis ils reviennent près du chêne. Le gel ouvre le coffre, il est vide soudain. Mais voilà que les doigts du gel tissent et brodent des robes de soie, de taffetas, de laine douce, des chaussures translucides, et tout cela d'un blanc si pur, des bijoux d'argent, parsemés de petits diamants et de perles fines. Tout rentre dans le coffre, tout y trouve sa place !
Puis le gel s'assied près d'Anna...
-"Je suis un esprit de la nature, de ne suis pas un homme, ni un roi, je ne suis que le gel, libre et solitaire. Je ne puis t'emmener avec moi, Anna, je suis le gel, je suis l'esprit du gel..."
Il disparait...

La suite demain !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 2ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)
2ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Je vous disais hier que la petite Anna se console de l'aigreur de sa marâtre, en s'en allant dans la forêt, rejoindre le gel, qu'elle aime.

Macha aimerait se débarrasser de sa belle-fille et elle finit par avoir une idée. Un jour, elle se presse contre son mari et lui murmure, doucereuse... "Ta fille aime tant le gel, il faut la contenter. Prépare ta carriole et ton cheval et emmène-la dans la clairière du chêne. Je suis sûre qu'il viendra l'y trouver. Et elle sera heureuse."

Dans leurs jeux de lits tout neufs, Vladimir devient un peu bêta, au point de trouver bonne cette idée de Macha. Il va trouver Anna et lui dit... "Ma fille habille-toi, prépare un coffre avec tes affaires, je t'emmène." La petite ne dit rien. Les enfants savent ne rien dire. Elle met son large tablier blanc brodé de fleurs, son manteau de laine rousse, son grand châle et ses bottes rouges. Puis elle ouvre son coffre et y range ses quelques affaires. Vladimir l'attend, sur la carriole. Et on s'en va sur le chemin neigeux jusqu'à la clairière du chêne. Les sabots du cheval crissent dans la neige, la bête glisse même parfois un peu vers le côté, mais se rattrape, l'habitude...

Arrivés près du chêne, Vladimir laisse sa fille avec son coffre et s'en retourne à l'isba. C'est la fin de l'après-midi, la nuit commence à tomber.

Le chêne, comme tous ses frères, a gardé des paquets de feuilles sèches, accrochés à ses branches et ainsi une belle plaque de mousse bien verte, à son pied, est restée miraculeusement sèche et douce. Anna s'y installe et pose son coffre près d'elle. Avec la nuit le froid se fait plus intense, elle entend craquer le bois des arbres derrière elle, quelques oiseaux nocturnes traversent le ciel et poussent leurs cris perçants. Anna resserre son châle autour d'elle. La lune se dessine de plus en plus, elle est si nette et si claire que toute la clairière en est nimbée de lueurs blanches qui font avec la neige un ballet lumineux. Et voilà que son châle, son manteau, le tronc du chêne, la mousse, se recouvrent peu à peu d'une  couche de givre irisé, d'une rare beauté. Anna est si prise dans la vision de ce travail d'orfèvre qui se brode sous ses yeux, qu'elle ne sent pas même le froid qui transperce tout.
Soudain, de l'un des quatre chemins qui aboutissent à la clairière, arrive un cheval blanc, conduit par un homme qui porte couronne blanche et manteau blanc. Il s'arrête devant Anna, qui frotte ses yeux, éblouie par la blancheur surnaturelle du cavalier...

À demain pour la suite...

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

Nous allons faire comme les vieux feuilletons radiophoniques, épisode par épisode. Chaque histoire sera donc racontée en plusieurs jours.


LA FIANCÉE DU GEL - (russie)
1ère partie      (version de Patricia Gaillard)

Le thème de Cendrillon se retrouve partout dans le monde. Cette enfant - ou cette jeune fille - dont le père se remarie et que la marâtre n'aime pas. Celle qui suit en est un exemple de plus...

Pour la rejoindre il nous faut marcher un instant dans la forêt russe enneigée. Avançons sur ce chemin que l'on devine à peine, entre les mélèzes et les sapins. Voici un petit groupe d'isbas, ces maisons de bois peint, cachées dans les bouleaux. Dans une de ces isbas, un homme, Vladimir, est assis sur sa chaise, penché tristement vers le poêle en fonte noire qui ronfle. Il est veuf depuis deux mois et cette solitude est tellement difficile, surtout l'hiver...
Sa fille, Anna, balaie le plancher. Elle fait tout ce qu'elle peut la petite pour les travaux de la maison, pourtant son coeur aussi est lourd. Elle porte un grand tablier blanc brodé de fleurs et des bottes rouges. Des flammèches pointues sortent par le trou du petit couvercle rond et le vent mugit au dehors. Mais l'hiver, comme toutes les choses difficiles, a une fin et Vladimir, un beau jour de printemps remarque leur nouvelle voisine, une jeune femme blonde et ronde qui s'appelle Macha. On l'invite pour le thé. Macha et Vladimir papotent, se regardent, se plaisent. La noce se fait vite. Ils sont pressés. L'atmosphère change alors dans l'isba. Macha prend les choses en main, nettoie, cuisine, ramène dans la demeure l'ambiance que savent mettre les femmes. Anna n'a plus de place. Macha n'a pas d'ailleurs l'intention de lui en donner une, cette petite l'agace, avec son petit air triste et son silence. Et les mois passent, l'été arrive, puis l'automne et revoici l'hiver. Anna supporte de plus en plus mal l'aigreur grandissante de sa belle-mère. Heureusement il y a le gel qui pose partout dans la forêt son nacre et son argent. Anna est amoureuse du gel. Pour elle rien ne peut être plus beau que cette croûte irisée sous le soleil blanc du matin. Chaque jour elle met ses bottes rouges, son manteau de laine rousse et son grand châle pour fuir et aller le rejoindre. Bien sûr sa compagnie est glacée, mais au fond tellement plus chaude que la compagnie de Macha... 

la suite demain...

 

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HIVER

Publié le par Patricia Gaillard

HIVER

Il me semble l'avoir déjà dit ici en d'autres temps, j'aime l'hiver. Quand je vois le givre irisé sur l'herbe, tôt le matin, je ressens une espèce de transcendance. Mon enfance alsacienne y est probablement pour quelque chose. Nous dormions,ma soeur Gisèle et moi, dans une chambre sans chauffage - en ce temps-là les chambres étaient ainsi - et l'on sait la rigueur des vieux hivers alsaciens. Nous nous glissions le soir, sous le gros édredon de plumes, où ma mère avait pris soin de placer une brique chauffée longtemps sur l'unique poêle. Cette sorte de bouillotte rendait le coucher bien plus agréable et nous permettait de nous endormir délicieusement. On redécouvre actuellement les bienfaits d'une chambre froide sur la qualité du sommeil, nous n'étions donc pas si mal loties...
Au matin, quand le gros réveil sonnait  brusquement à nos petites oreilles, je filais, dans ma petite chemise de nuit, pour regarder, fascinée, les belles arabesques de glace que le grand froid avait lentement dessinées, à l'intérieur des vitres de la fenêtre ! Chaque matin le dessin était autre et je vivais cela comme une surprise et un cadeau. Ai-je jamais vu quelque chose de plus beau que cet art, mariage entre la nuit et l'hiver. J'en ai conservé un amour du gel, sous toutes ses formes.
Je vais donc, tous les deux ou trois jours, venir ici vous raconter un conte où le gel a une belle place. Ces récits seront alsaciens, russes, sibériens, danois, en tout cas du Nord, car là-bas le gel règne souvent. En russie, on dit qu'il est roi, qu'il galope durant les longues nuits d'hiver sur un cheval blanc, qu'il porte couronne blanche et manteau blanc... vous imaginez ?

Allez, je me fais conteuse du gel, et je reviens...
À demain pour entamer ces récits glacés qui réchauffent !

 

 

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L’an vieux... l’an neuf

Publié le par Patricia Gaillard

Bien sûr nous avons peu à peu donné au temps un sens probablement éloigné de ce qu’il est. S’il est.

Est ce une raison pour fuir nos traditions et nos embrassades sous le gui ? Je ne le pense pas, voici pourquoi je viens, avec grand plaisir, vous souhaiter tout simplement une bonne année. Une bonne année est une année qui contient dans son giron plus de joies que de peines, plus de rires que de larmes. C’est celle-ci que je vous souhaite, de tout cœur. Je voudrais aussi, ici, rendre hommage à ma chère amie conteuse Fiona MacLeod, qui a quitté cette terre le 31 décembre. Femme généreuse, attentionnée, gaie et facétieuse. Je n’arrive pas à parler d’absence et je dirais même qu’elle m’est plus proche que jamais.

Songez que nos morts ont quitté ce que la vie a de lourd, de confus et d’insaisissable, pour entrer soudain dans la grande conscience, la grande cohérence. Comment ne pas le percevoir, en visite gracieuse, au-delà de ce que l’on nomme la tristesse.

Voici ce que m’inspire la mort.

Je vous embrasse, vous tous que je souhaite gais et vivants !

Patricia

L’an vieux... l’an neuf
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