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LE BOUTON BLANC

Publié le par Patricia Gaillard

J'ai entendu cette histoire de la bouche d'un vieux conteur juif…

« Lorsque j'étais petit, mon père était tailleur et nous étions très pauvres. Un jour ma mère nous fit du thé, à ma petite soeur et à moi. Le thé de ma soeur était sucré, le mien non.
« Le sucre est très cher dit ma mère, toi tu es grand, tu peux comprendre, elle non. »
J'ai insisté, je voulais absolument du sucre, tant que ma mère est partie pleurer à la cuisine. Mon père s'est levé de sa table, il s'est assis près de moi.
« Regarde ce que tu as fait, ta mère pleure maintenant. »
Il sortit de sa poche un tout petit morceau de sucre et me dit :
«Ta mère et toi vous serez toujours pauvres, parce que vous manquez d'imagination... Regarde ce petit bout de sucre, il peut sucrer des centaines de verres de thé. »
Il le plaça tout au coin de ses lèvres et but le thé, puis il reprit le bout de sucre entre ses doigts et le remit dans sa poche.
« Le jour où il ne te reste plus qu'une miette de sucre tu prends ton verre de thé, tu tiens le bout de sucre dessous et tu bois du thé sucré, c'est une question d'imagination. Et le jour où tu n'as même plus la miette de sucre, tu prends ton verre de thé, tu tiens dessous un petit bouton blanc et tu bois du thé sucré, c'est une question d'imagination. Tu peux sucrer comme ça des milliers de verres de thé. Ainsi tu ne seras jamais pauvre mon fils. »

Quoique nous puissions croire dans notre monde,  ce n'est pas les richesses qui manquent à notre bonheur, mais c'est bien l'imagination et la sagesse. Cultivons-les, c'est alors seulement que tout changera

Je vous souhaite la journée douce et belle
Ici le soleil est en train de traverser patiemment la brume glacée, un ballet d'oiseaux volète autour des graines posées dans une maisonnette du jardin et un thé m'attend sur la table de ma cuisine

à bientôt !

la gaillarde conteuse...

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ORIENT DE NOVEMBRE

Publié le par Patricia Gaillard

Devant ce petit matin brumeux et hivernal, me vient curieusement un souffle d’Orient et d’épices. Voici donc une histoire de Nasrudin, cet homme dont on ne saura jamais s’il est fou ou sage

LE PAIN

Philosophes, sages, docteurs de la loi et autres savants du royaume furent appelés à la cour pour juger Nasrudin. Ils étaient nombreux. L’accusation était grave : Nasrudin était allé sur les places des villages, dire à la population que  tous ceux qu’on leur présentait comme de grands sages n’étaient en fait que de grands ignorants et des indécis. L’intégrité de l’état était donc menacée.
Le juge donna d’abord la parole à Nasrudin, alors celui-ci demanda du papier et des plumes. On fit apporter du papier et des plumes que Nasrudin distribua à sept des savants présents.
Puis il leur demanda d’écrire leur réponse à cette question : Le pain, qu’est-ce que c’est ?
Chacun des sept écrivit sa réponse à cette simple question.

Le juge recueillit tous les feuillets et lut à voix haute :
Le pain est un aliment
Le pain c’est de la farine et de l’eau
Le pain c’est un don de Dieu
Le pain c’est de la pâte cuite au four
Le pain ça dépend de ce qu’on entend par pain
Le pain est une nourriture
Le pain, je ne saurais vraiment dire

« Quand ils seront d’accord sur ce qu’est le pain, dit Nasrudin, ils pourront décider de bien des choses, comme de savoir si j’ai raison ou si j’ai tort. Peut-on sérieusement faire confiance à leur jugement ? Ne trouvez-vous pas curieux qu’ils n’arrivent pas à s’entendre sur la nature d’une chose  qu’il mangent chaque jour et qu’ils soient pourtant tous d’accord pour dire que je suis coupable ? »

Nasrudin s’en sort, évidemment
Il s’en sortira juqu’à la fin des temps
Et de plus il laisse derrière lui
Bien des questions dans les esprits

Bon dimanche à vous, en compagnie de Nasrudin !

Je vous embrasse

la gaillarde conteuse…

 

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PAROLE, IDÉE !

Publié le par Patricia Gaillard

Voici une réflexion qui me plaît et qui nous fait prendre conscience des limites de la parole...

TENTATIVE

Entre...

Ce que je pense

ce que je veux dire

ce que je crois dire

ce que je dis

ce que vous avez envie d'entendre

ce que vous croyez entendre

ce que vous entendez

ce que vous avez envie de comprendre

ce que vous croyez comprendre

ce que vous comprenez

il y a 10 possibilités pour que nous ayons des difficultés à communiquer
essayons quand m
ême !

(Bernard Werber - Encyclopédie du savoir relatif et absolu)


Pour suivre, voici une recette simple et qui mérite d'être essayée !

POUR TROUVER UNE IDÉE

Technique pour trouver une idée ou une solution à un problème compliqué. (Utilisé par Salvador Dali, lui-même s'étant inspiré d'un outil de réflexion cher à des moines d’un monastères cisterciens)

s'asseoir sur une chaise

munie de deux accoudoirs

prendre une assiette à soupe

et une petite cuillère

retourner l'assiette vers le sol

tenir mollement la cuillère du bout du manche

entre le pouce et le majeur

au-dessus de l'assiette

commencer à s'endormir

en pensant aux problèmes à résoudre

lorsque la cuillère tombe sur l'assiette

et vous réveille

l’idée est trouvée... !

(Bernard Werber - Encyclopédie du savoir relatif et absolu)

 

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LES MULES D'ANTIOCHE

Publié le par Patricia Gaillard

Le roi Séleucide Antiochos II (261-246 av.J.C)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Antiochos_II

Bonjour à tous,

Je propose une saison de contes de sagesse. Le conte de sagesse est un récit particulier et on dit qu'il faut avoir expérimenté ce qu'on raconte, qu’il faut l’avoir incarné.
J'en ai une petite collection que je vais partager avec vous au fur et à mesure des jours, car elles sont autant d'occasions de se poser des questions sur soi-même, ce qui n'est jamais dommage, non pas que nous ayons des choses à nous reprocher, mais bien au contraire parce que nous nous jugeons trop souvent nous-mêmes, ce qui fait que nous jugeons le reste du monde.
Et dans le jugement, il n'y a pas d'avancée intérieure.

Mais je vais arrêter là mon discours, car les contes en disent bien plus et bien mieux que je ne saurais le faire, voilà pourquoi je suis conteuse…

Laissons-leur la parole

À Antioche, où la rivière Assi se jette dans la mer, un pont fut construit pour rapprocher une moitié de la ville et de l'autre moitié. Il fut bâti avec d'énormes pierres descendues des collines sur le dos des mules d’Antioche. Quand le pont fut terminé, sur un de ses piliers, une inscription fut gravée en grec et en araméen : « Ce pont fut bâti par le roi Antiochus II »
Tout le monde traversait le pont sur la large rivière Assi. Un soir, un jeune homme, jugé par certains comme un peu fou, descendit jusqu'aux piliers où les mots étaient gravés, il recouvrit l'inscription de charbon et par-dessus il écrivit : « Les pierres de ce pont ont été descendues des collines par les mules. En l'empruntant vous chevauchez le dos des mules d'Antioche, bâtisseuses de ce pont... »
Les gens riaient en voyant ce qu'avait écrit le pauvre fou. Mais une mule dit en riant à une autre : « Tu te souviens quand nous transportions ces lourdes pierres ? Et pourtant jusqu'à présent il était dit que ce pont avait été construit par Antiochus II... »

Khalil Gibran – L’errant

 

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HISTOIRE DE CADET ROUSSEL

Publié le par Patricia Gaillard

 

CADET ROUSSEL EST BON ENFANT

En avril 1743, naquit à Orgelet, Guillaume Joseph Roussel, qui deviendra le fameux Cadet Roussel de la chanson, nous allons découvrir comment.

 A dix-neuf ans il se retrouve seul à la mort de son père et cherche à se placer comme domestique. Il devient valet à Auxerre.

 Nous disions que le chiffre  trois était signe de réussite… après quelques années passées dans cet état de valet il devient clerc d’huissier. Guillaume joseph est une très heureuse nature et son excellent caractère le fait aimer de tous. Dans ses habitudes et ses tenues vestimentaires, c’est un original ! Il se fait ainsi remarquer et on rit volontiers de lui.

Puis il fait un mariage intéressant. Elle a seize ans de plus que lui, mais sa dot est rondelette et voilà que très vite Roussel devient huissier lui-même. Sa situation s’arrange de jours en jours. Il achète donc une maison biscornue qu’il fait surmonter d’une construction étrange. (voilà donc la maison de la chanson !)

Nous disions que le chiffre trois était un signe d’intelligence… Roussel est un homme jovial et « bon enfant » qui ne se pique pas de ce qu’on rit derrière lui. Cela lui vaut de très nombreuses sympathies.

Un jour, Gaspard Chenu, auteur auxerrois de chansons satiriques, écrit à l’exemple d’une très vieille chansonnette « Jean de Nivelle », quelques couplets qui se moquent gentiment de Guillaume Joseph, qui devient pour le coup  « Cadet Roussel » !

Cette drôle de ritournelle qui  se répand dans la ville, était prévue pour y rester. Mais des volontaires de la région, partant aux armées pour aller défendre les frontières, l’emportèrent avec eux. En peu de temps elle sera connue dans tous les coins et tous les milieux de France. Son portrait est même dans les vieilles images d’Epinal, et sur la place Charles Surugue à Auxerre, on peut admirer une statue qui le représente…

Nous disions que le chiffre trois était signe d’énergie…

Veuf en 1803, il se remarie avec une dame qui cette fois est plus jeune que lui de 23 ans !

En 1807, il meurt sans descendance.

Son portrait est dans les vieilles images d’Epinal et sur la place Charles Surugue à Auxerre, on peut admirer une statue qui le représente…

 

La chanson lui survit.

Deux cents ans après sa mort,

Nous la chantons encore.

Les petits autour de nous la savent aussi.

Mais savent-ils que ce Cadet est né ici ?

Voici l’occasion de leur dire son histoire,

Et de les endormir un soir

Avec le refrain que voici…

 

CHANSON DE CADET ROUSSEL

(D’après Gaspard Chenu - 1792)

 

Cadet Roussel a trois maisons (bis)

Qui n’ont ni poutres, ni chevrons (bis)

C’est pour loger les hirondelles,

Que direz-vous d’Cadet Roussel ?

 

Refrain : Ha, ha, ha oui vraiment,

Cadet Roussel est bon enfant !

 

Cadet Roussel a trois habits, (bis)

Deux jaunes, l’autre en papier gris (bis)

Il met celui-ci quand il gèle,

Ou quand il pleut ou quand il grêle

Refrain

 

Cadet Roussel a trois chapeaux (bis)

Les deux ronds ne sont pas très beaux (bis)

Et le troisième est à deux cornes

De sa tête il a pris la forme

Refrain

 

Cadet Roussel a trois beaux yeux (bis)

L’un r’garde à Caen, l’autre à Bayeux (bis)

Comme il n’a pas la vue bien nette

Le troisième c’est sa lorgnette

Refrain

 

Cadet Roussel a trois gros chiens (bis)

L’un court au lièvre, l’autre au lapin (bis)

L’troisième s’enfuit quand on l’appelle

Comme le chien de Jean de Nivelle

Refrain

 

Cadet Roussel a trois beaux chats (bis)

Qui n’attaquent jamais les rats (bis)

Le troisième n’a pas de prunelle

Il monte au grenier sans chandelle

Refrain

 

Cadet Roussel a trois garçons (bis)

L’un est voleur, l’autre est fripon (bis)

Le troisième est un peu ficelle

Il ressemble à Cadet Roussel

Refrain

 

Cadet Roussel a marié (bis)

Ses trois filles dans trois quartiers (bis)

Les deux premières sont moins que belles

La troisième n’a pas de cervelle

Refrain

 

Cadet Roussel a trois deniers (bis)

C’est pour payer ses créanciers (bis)

Quand il a montré ses ressources

Il les resserre dans sa bourse

 

Ha, ha, ha oui vraiment,

Cadet Roussel est bon enfant !

 

Bon enfant d’Orgelet…

 

À bientôt !

la gaillarde conteuse...

 

 

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Cadet Roussel est jurassien !

Publié le par Patricia Gaillard

Si si, je vous assure, Cadet Roussel à vécu à Orgelet, je vais vous parler de lui
mais d'abord vous présenter un peu cette contrée...

Dans un passé lointain, une forêt immense, épaisse et ténébreuse s’étendait d’ Orgelet à Lons le Saunier. Les druides s’y réunissaient pour accomplir leurs sacrifices. Les druidesses en longues robes blanches y pratiquaient leurs mirobolants pouvoirs. Elles savaient déchaîner les vents et les orages, de quelques incantations secrètement murmurées, elles étaient capables de guérir toutes sortes de maladies, de prédire l’avenir et de se métamorphoser en simples bêtes des bois. Quand on peut tant de prodiges, l’immortalité n’est sûrement pas chose impossible !  Qui sait si nos Dames blanches ne sont pas ces druidesses, dont la vie éternelle se passe en danses nocturnes et en farces joyeuses envers ces amusants mortels que nous sommes, si lourds et si sourds à leurs subtiles connaissances.

La Vouivre cette autre fée, a surgi de la terre tout juste formée. Ce serpent éternel trouve ses logis dans les ruines de notre passé médiéval. Château de Présilly, celui d’Orgelet qu’elle rejoint quand elle revient de la Tour du Meix,  château de Cressia, qu’elle quitte la nuit tombée pour aller baigner ses ailes dans la source de Belle Brune et sa chère colline de Pellapucin, quand elle va boire à la fontaine de Feur.

Sa lumière fait écho à celle des follets invisibles autour de Rothonay, dont jamais personne n’a vu le moindre petit morceau, mais leurs rires moqueurs résonnent aux buissons et les tours qu’ils nous jouent sont d’un goût discutable.

L’éclat de la Vouivre répond à celle des Dames blanches quand la lune les enrobe toutes de ses longs cheveux blancs de très vieille gardienne. Près d’Orgelet, sur le mont de la fâ, se rencontraient trois fées, aux visages de vieilles, habillées de blanc très blanc, et de très longues chevelures qui faisaient autour de leurs épaules comme des capelines en fils d’argent.

Trois fées, toujours trois…

Au pied de ce mont de la Fâ apparaît la source d’argent. Elle monte d’un souterrain où le précieux métal est partout, dans la roche souterraine, en pépites resplendissantes, pures et vierges comme la lune et cachées à nos yeux.

Trois vieilles fées, cheveux d’argent et robes blanches,

Toujours trois…

Trois comme dans cette chanson, vous savez, celle de Cadet Roussel ?

« Cadet Roussel a trois maisons, qui n’ont ni poutres ni chevrons… »

Le chiffre trois est signe d’énergie, de souplesse, d’intelligence et de réussite… !

 

Ouvrez vos oreilles à cette histoire car je viens vous la raconter bientôt !

la gaillarde conteuse...

 

 

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CHER FOURNEAU !

Publié le par Patricia Gaillard

LE FOURNEAU DE MA VIEILLE MARIA

 

Ma vieille voisine, presque centenaire, avait comme on dit « la tête entière ». Elle habitait à quelques pas de chez moi, une petite maison simple au bord d’un chemin qui grimpe sec. Sa porte vitrée, protégée la nuit d’un épais volet comme une lourde paupière de bois peint et le jour faisant office de fenêtre de plus, pour aider à l’éclairage le fenêtron serti dans l’épaisseur du mur de pierres blondes, donnait sans détour dans la cuisine, dans ce lieu chaud et odorant où se déroulait depuis des siècles la vie de chaque jour . Quand j’arrivais chez elle il faisait toujours trop chaud. Mais c’était son trop chaud à elle. Pour ses jambes devenues immobiles, pour la rivière de son sang devenue lente, pour les douleurs, les raideurs… c’était le trop chaud de son vieux fourneau. Les vieux, quand ils commencent  à prendre doucement le chemin de repartir, ils sont frileux comme le sont les tout-petits, les tout-tremblants. Les vieux sont frileux comme pour dire « il faut que je m’en retourne… ».

Je mettais pour aller la voir l’hiver, plusieurs épaisseurs pour le dehors et trois fois rien en dessous pour chez elle. Elle me regardait me défaire en souriant. Et je sentais que d’avoir la moitié de son âge j’étais malgré tout une enfant…

Un jour, un matin de gel serré et de soleil blanc, elle m’accueillit en disant, fière :

«  Mes enfants m’ont installé le chauffage central ! »

 Je n’ai pas eu à fouiller derrière ce sourire, derrière ce regard, car dans ses prunelles sombres et luisantes comme des marrons neufs, une lueur petite mais si vive avait disparu.

Nous avons bavardé près du fourneau éteint. Éteint un jour de gel serré et de soleil blanc. Éteint et froid comme peut l’être un mort. Ce jour-là, je m’en suis retournée, songeuse…

Quelques jours plus tard je lui rendis visite. Elle avait retrouvé son air espiègle et déterminé et dans le brun de son œil, la lueur était revenue. Derrière elle, ronflait son fourneau. Ça sentait l’écorce fumante, on entendait des craquements joyeux et la flamme léchait si haut qu’elle sortait comme un follet par le trou du couvercle rond et gris et il faisait dans cette cuisine une chaleur de forge !

« Je refuse de me passer de mon fourneau! »  me dit-elle. Elle était admirable et belle.

Et sur le ruban de cette intuition rose qui circule de cœur de femme à cœur de femme avec son mystère de velours, en un court instant j’ai senti ses méditations des jours derniers et je l’imaginais assise et silencieuse, toute rentrée dans sa mémoire qui disait : «  depuis toujours le feu a été là, le premier geste du jour, avant le lait du dernier-né presque éveillé, avant le café fumant, avant les bêtes de l’étable tiède, avant que ne se lèvent ceux que retenait encore un instant la couvaison délicieuse de l’édredon de plume. Le feu, avant tout, le feu. Le gilet de laine rude, les quelques marches de pierre lissée par les sabots, la grange, la panière vaste, le fagotin de brindilles, les bûchettes rondes et fines, et puis les bûches fendues qui éclataient sous la hache en grosses échardes blanches, le tisonnier, la cendre tiède de la nuit qui tombait et cédait la place, l’allumette et sa flamme miraculeusement contagieuse et soudain le crépitement, l’odeur, la tiédeur puis la chaleur, la vie qui reprenait… Le feu, avant tout le feu. Et tous ces fumets autour du fourneau : celui des luisantes châtaignes qui grinçaient dans leur poêle à trous, ceux de la marmite noire ronronnante posée sur le coin au fond à droite, là où la plaque est moins brûlante. Navets fondants, daube lente, soupe du potager, compote de ces petites pommes des moissons qui tombent si vite et qui sentent si bon au-dessus du bouillonnement épais, sucré et rose de la casserole.

Toutes ces odeurs encore là, toujours là, éternellement là dans les mémoires et dans la pierre des murs…

Allait-elle accepter, autour du coffre à bois, l’absence de ces miettes d’écorce et de mousse éparpillées qui s’échappaient immanquablement de la bûche empoignée ? Allait-elle accepter sur le carron rouge du sol l’absence des débordements poussiéreux de la cendre grise et légère ? Elle a dit non.

Elle a sauvé sans le savoir la belle lueur vive.

J’étais fière d’elle. De sa force fidèle.

 

Maria est morte quelques mois plus tard, à cette heure de la nuit où s’éteint doucement la dernière rougeur de la dernière braise. Elles se sont endormies toutes les deux de la même manière, au même instant. Quand je pense à Maria, je la vois monter un chemin, légère comme une plume avec sa tête entière, sa lueur vive dans l’œil, emportant sous son bras son feu avec toute sa vie de femme dedans comme une prière chaude…

 

Je ne dis plus à demain, c'est une mesure du temps et ces mesures-là sont des prisons,

je vous dis à bientôt, c'est tellement libre !

 

la gaillarde conteuse...

 

 

 

 

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LA VIEILLE QUI COURT PAR LE TEMPS

Publié le par Patricia Gaillard

LA VIEILLE QUI COURT PAR LE TEMPS

 

Chaque année, au printemps, Mars et Avril se servent, sans vraiment réfléchir, dans le sac plein de pluies, gelées, soleils, vents, grêles, chaleurs, j’en passe et des meilleurs. Quand le coucou lance ses premiers appels, (n’oubliez pas alors d’avoir en poche un sou de riche, pour que le restant de l’an n’en soit pas chiche) quand le gros froid revient après des heures chaudes où déjà on pouvait croire l’hiver tout trépassé, quand les gels revenus font périr les fruits au ventre des pistils, c’est la faute de la Vieille qui court par le temps. Une fée ancienne comme le monde, (elles le sont presque toutes) qui passe Mars et Avril près des eaux de la seille, pour le simple plaisir de jeter quelques poignées d’hiver en plein printemps. C’est mettre des glaçons dans une soupe au pois !

Elle est surtout féroce certains jours qui sont ses préférés,
les trois derniers de Mars, les trois premiers d’Avril
où elle puise au sac des intempéries

tout ce qui y peut, de nos jours, exister
il vaut bien mieux alors ne rien semer
car ces jours glacés sans soleil
sont « les jours de la vieille »

Et voici une collection
de dictons...

Avril tantôt pleure, tantôt rit
Mars pluvieux, an disetteux
La lune d’avril nouvel

          Ne passe pas sans gel

On n’est pas sorti de l’hiver

          Qu’avril ne soit resté derrière

          Des fleurs que mars verra, peu de fruits tu mangeras

          Quand mars fait avril, avril fait mars…

 

Mais je rêve, nous voilà complètement hors saison !
Wouaouh je réparerai cela demain… ;-)

 

Allez, je vous mets en plus une photo qui n'a rien à voir... mais qui est jolie !
Jour de fantaisie...

 

La gaillarde conteuse…

 

 

 

 

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Ombre et Lumière

Publié le par Patricia Gaillard

OMBRE

Les habitants de Baume, dans un lointain jadis, se voyaient surnommés les « les bâtards de Baume ». Rabelais disait… « l’ombre d’une abbaye est féconde ». On dit qu’ici, ces « messieurs » agrémentaient l’austérité profonde où les avaient posés des principes de famille, de quelques girons doux qui savaient consoler tendrement, et mieux encore sûrement, leur isolement si rude. Mais que diable, (si je puis dire) ne sommes-nous pas tous faits de chair et de sang.

Certains vont jusqu’à prétendre qu’un long souterrain obscur reliait le couvent de Baume à celui des dames religieuses de Château-Chalon.

Commérages… vérités… diableries… humanités… ? Qu’en dites-vous ?

 

Sœur Jeanne ayant fait un poupon,

Jeûnait, vivait en sainte fille

Toujours était en oraison.

Et toujours ses sœurs à la grille.

Un jour donc l’abbesse leur dit :

« vivez comme sœur Jeanne vit,

fuyez le monde et sa séquelle. »

toutes reprirent à l’instant :

« Nous serons aussi sages qu’elle

quand nous en aurons fait autant. »

Jean de la Fontaine

 

Voilà donc qu’à ce récit le Diable a pris sa part, donnons la sienne à Dieu, ainsi tout sera dit.

 

LUMIERE

Dans cette abbaye de Baume la règle, comme à Cluny, imposait aux moines à la fin du réfectoire, de rassembler soigneusement toutes les miettes de pain échappées du repas et de les manger… avant la fin de la lecture, impérativement. Ce rite devint ce qu’ils deviennent tous, une habitude, que personne jamais n’oubliait.

Un jour pourtant, un petit moine, tout pris dans cette lecture qui lui parlait au cœur, négligea tout innocemment ce point de la règle. Une règle, de toutes les manières, est assez inflexible…

Quand il sortit, béat, de l’écoute parfaite où il avait glissé, il vit  tout par un coup ses miettes dispersées autour de l’écuelle, sur la grosse table nette où chacun avait fait son ménage sacré. Ses débris se voyaient autant que les étoiles sur la toile noire des nuits. Il les rassembla prestement, et les prit dans sa main. Mais qu’en faire ? Les jeter, sûrement pas. Les manger, c’était trop tard… il rougit, consterné. Le regard du prieur était déjà posé sur cette main qui ne savait que faire, fermée sur ce butin terrible et anodin. Comme un enfant pris en faute, le moine glissa du banc sur les dalles où il se tint à genoux et demanda pardon. C’est alors que dans le creux plissé de la main blanche ouverte, les miettes se montrèrent métamorphosées. Une poignée de perles fines remplaçaient de leur robe nacrée et lunaire les débris de graillon.

Le moine sur ses genoux n’osait plus respirer. Les autres autour de lui se mirent à chanter des louanges. Et voici Dieu content.

 

Laissons-les savourer cet instant de merveille. Si nous sommes bienvenus  dans toutes ces histoires, nous savons bien que nous ne sommes pas invités à y rester. Alors prenons ce souterrain, puisqu’il mène à Château-Chalon…

 

Il y fait un peu sombre, Il y fait un peu froid, ah nous y voilà…

C’est ici que fut crée un apéritif, le Macvin, inventé au courant du neuvième siècle, par les abbesses de ce couvent. Je sais qu’au quatorzième siècle, il fut baptisé « Galant ». En ce temps de nombreuses épices se mêlaient à ce jus de raisin. Vanille, girofle, cannelle et d’autres,  et le tout cuisait bien lentement avant de recevoir l’alcool. Chaque famille de vignerons (et ils étaient tous vignerons !) possédait sa recette et gardait jalousement et fièrement le secret qui n’était connu que de la maisonnée. Dans le Jura, le Macvin, les gaudes et le pain sont affaires de familles. De l’un comme de l’autre vous trouverez autant de variétés qu’il y a de fours et de fourneaux et de mères, derrière un d’vantier, (tablier) à touiller encore, avant de tomber vieilles, les mets chéris de la contrée. Regardez-la, elle s’est mise en dimanche pour nous recevoir. Elle va nous servir un doigt de Macvin. Pas n’importe lequel. Le sien. Elle guettera du coin de l’œil la mise en bouche et le hochement content de votre mine. Si vous avalez de travers, elle vous lancera, taquine :  « C’est passé dans l’trou d’la prière ! » tout en essuyant d’un coin de tablier la goutte ambre filant le long de l’étiquette, elle fourrera la bouteille au buffet. Puis elle enchaînera, en guise de morale pour rire… « s’y servait plus souvent, ça arriverait pas ! »

Puis, après avoir remué des lardons au fond de la poêle, elle les mettra sur la salade de rosettes de pissenlits blanchâtres et de doucette tendre, cachées dans le fouillis des herbes longues que la froide rosée irise au bord des prés et qu’elle a cueillies ce matin, juste avant d’arranger ses bêtes. Puis elle dira que la terre est bien à propos, que la lune est bonne et qu’elle allait tout à l’heure planter ses oignons, qu’ils allaient venir bien…

 

Mais c’est pas l’tout,  il nous faut prendre du souci lecteur, la route nous appelle. Laissons notre Comtoise aller au potager.

 

Autour d’Arlay, où nous étions tantôt, voir une Vouivre est de très bon augure. Mais à Baume-les-messieurs, on ne la voit pas du tout du même œil. Il y a à peine quarante ans, on la soupçonnait encore de tuer des moutons ! La Vouivre est comme le loup, elle a bon dos !

 

Mais il est impossible de quitter cette jolie contrée arrosée par la Seille, sans vous présenter la fée du cru !
Ce que je ferai demain...

la gaillarde conteuse !

 

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Une vision

Publié le par Patricia Gaillard

Voiteur, quelques miettes, du macvin et deux brins de doucette...
CIEL !

Avez-vous déjà vu dans le ciel, deux armées batailler au milieu des nuages ? Bien sûr c’est impossible. Pourtant en 1590, un homme a vu cela. Il venait de Baume et allait à la foire de Lons-le-Saunier, comme il faisait souvent. Il avançait tranquille quand au-dessus de lui, le ciel joliment bleu fut troublé brusquement par un fort bruit de roulement, qui résonnait sous les pieds, comme ces coups de tonnerre qui éclatent là-haut et qui pourtant font gronder le dessous de la terre. Dans de gros nuages soudains, gris et légers, qui semblaient de poussière, apparurent des chars, des chevaux, par centaines, portant les silhouettes puissantes de cavaliers armés. Puis un deuxième groupe en tous points identique, sortit de nulle part lui aussi. Les deux armées se livrèrent une terrible bataille sous les yeux consternés de notre voyageur. Une très curieuse brume rouge, qui palpitait comme le ferait un cœur, enroba, tel un voile de sang, cette scène cruelle maintenant singulièrement silencieuse. Puis aussi vite qu’un vent, le tout se démêla, une des troupes s’envola du côté d’Arlay, l’autre  vers Poligny…

Puis le bleu d’azur reprit le grand ciel clair et il ne resta rien de cette étrangeté qui laissa un long moment, notre homme très bouleversé.

Parfois il racontait cette rencontre aux veillées, parmi les récits noirs que l’on disait bien tard, quand les enfants dormaient vraiment. Il décrivait alors cette vision qu’il ne comprit jamais, mais dont on lui avait dit que d’autres gens, dans d’autres lieux, avaient vu la même chose.

C’était un homme sérieux qui ne croyait pas bien à toutes ces fantaisies que certains récitaient sur les apparitions. Mais quand il racontait celle-ci, ce qui était rare, sa voix s’étranglait et ses yeux se mouillaient. Ce qu’on conte le mieux, c’est ce qu’on a vécu. En l’entendant, personne ne doutait. 

 

C’est vous dire qu’ici le merveilleux et l’impossible sont dans l’air !

Notre bonhomme venait de Baume, la plus belle reculée du Jura. Baume-les-Messieurs. « Messieurs », car il y a plus de mille ans, on a construit ici, à l’endroit où mille ruisselets déferlant des falaises tombent dans la rivière, une abbaye dont les moines nombreux étaient presque toujours nobles, et qu’on appelait : « Messieurs »…

 

Une abbaye est un lieu protégé du monde. Dans les légendes le Diable la dispute souvent à Dieu. Et chacun  d’eux l’emporte tour à tour dans les histoires.
Nous verrons cela demain...


la gaillarde conteuse !

 

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