Petit, le bouquet, mais cueilli au jardin ! Une pervenche, une jonquille et une branche de cognassier du Japon et voici soudain le soleil dans la maison. Dehors la pluie est d'une fidélité agaçante, mais comme dit le proverbe, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur 💙
Il était une fois un moine qui s'appelait frère Vincent. Il était maigre et petit. Il avait un crâne chauve, des yeux clairs, un sourire d’ange. Il portait une bure grossière, rugueuse, tenue par une ceinture de ficelle et deux larges sandales de cuir brun où dépassaient ses orteils, bombés comme des gousses d’ail.
Frère Vincent avait deux amours : Dieu et le chant des oiseaux. Qui sont peut-être la même chose.
Un jour qu’il déambulait dans le cloître, priant ou méditant, allez savoir, il entendit là-bas, quelque part dans le jardin, un chant d’oiseau que jamais il n’avait entendu. Il planta là aussitôt sa prière et d’un claquement de sandales, tout plein de curiosité, il fila au jardin.
Là au sommet d’un grand arbre un petit oiseau gris, banal, sifflait un chant qui lui vraiment ne l’était pas. Frère Vincent, enchanté, s’assit au pied de l’arbre, le derrière dans les racines, le dos contre le tronc et avec ravissement écouta le chant de l’oiseau. Il écouta longtemps, longtemps, longtemps…
Soudain un coup de vent frais le secoua.
- Oh, il est temps de retourner chez mes frères. J’ai écouté cet oiseau au moins une heure, peut-être même une heure et demie !
Il se leva. C'était très étrange, son corps entier lui faisait mal, ses articulations étaient terriblement raides, il était courbé et n’arrivait pas à se redresser. Et il avait une barbe, blanche, longue, d’où sortait-elle donc ? Et ses mains étaient toutes noueuses, comme les racines de l’arbre, on aurait dit des mains de vieillard. Tout cela était invraisemblable.
Il marcha alors péniblement vers le couvent et, traversant le jardin, il vit des rosiers qu’il n’avait jamais vus, des arbres fruitiers déjà vieux qu’il ne connaissait pas et, près de la porte, la cloche avait été changée. Comme tout cela était étrange.
Frère Vincent frappa à la petite vitre, comme il en avait l’habitude, le frère portier ouvrit la porte qui grinça un peu, il s’appelait frère Jean, mais frère Vincent ne l’avait jamais vu.
- Que voulez-vous mon brave ? dit frère Jean avec ce ton doux de ceux qui savent ouvrir leur porte et puis aussi leur cœur. - Mais, dit notre moine, mais, je suis frère Vincent !
- Frère Vincent ? prononça frère Jean avec étonnement, frère Vincent, ah oui, on m’a parlé une fois il me semble d’un frère Vincent qui était moine ici. Il a disparu un jour qu’il déambulait dans le cloître et on ne l’a jamais revu. Ça s’est passé il y a deux cents ans, c’est une histoire bien étrange, un vrai mystère.
- Deux cents ans, murmura frère Vincent…
Alors d’un coup son crâne chauve, son regard clair, son sourire d’ange, sa bure, ses sandales, ses orteils en gousses d’ail, tout cela devint comme une image, puis comme une brume et tomba en cendres légères et grises, en petit tas, devant la porte.
Houla, j’ai pris trois verres de vin tout à l’heure au réfectoire, je n’aurais pas du, je vois des revenants.
Et frère Jean referma la porte, riant de lui- même.
Le courant d’air fit s’envoler le petit tas de cendres légères et grises.
Au fond du jardin, sur un grand arbre, un petit oiseau gris, banal, sifflait un chant incomparable que personne n’entendait. Puis il ouvrit ses ailes, et s’envola haut, haut, bien trop haut pour un petit oiseau. Et en montant tout là-haut vers le ciel il chantait
Et voici le milieu de Février. Sur la petite montagne là-bas, on peut voir des versants enneigés. Ici il fait plutôt pluvieux et une pinçante froidure. Dans mes petits jardins d'hiver, la gaulthérie a des fruits ronds d'un rouge pimpant près des feuilles joliment vertes.
J'aime cette plante aux vertus reconnues et largement utilisées, car devant elle arthrite et arthrose n'ont qu'à bien se tenir !
Que ce Dimanche vous soit doux
Une poule rouge surgit, affolée, du portillon ouvert entre le potager et la ferme. Ses yeux exorbités cherchent la chèvre et la truie pour qui elle a une terrible nouvelle.
« Oh, mes amies, voici la fin des douces nourritures, des siestes sous le pommier, des grains au creux des herbes. Le fermier et la fermière ce soir, cueillant les haricots, ont parlé de la foire où ils iront tantôt, vendre la rouge, la noire, la blanche… c’est nous ! Il faut faire quelque chose. Moi, la cocotte-cercueil, avec la gerbe de thym-laurier, je refuse. Net. »
La chouette, dans le pommier, hulule gravement : « les bêtes de ferme finissent ainsi. »
La poulette répond : «Chèvre la blanche, gorette la noire, redevenons, sauvage, comme cette vieille chouette sage »
Poule rouge devant, en meneuse de troupe, sort de la ferme, fièrement, suivie de la truie noire au groin rosé et de la chèvre blanche. Elles sont décidées. Mais si à la ferme la foire est une menace, dans les grands bois, cette menace est un loup. C’est la chouette qui le dit, pour prévenir le trio que rien pourtant ne décourage. Il faudra cependant trouver un abri, un pour chacune, car si leur amitié est vraie, leur vie n’est pas la même. Du tout.
La truie est grosse et un peu paresseuse. Elle voit bientôt quelques buissons de prunelliers qui forment ronde autour d’une terre moelleuse, un peu humide, presque boueuse… elle n’hésite pas un instant, d’autant plus qu’elle est déjà fatiguée : « Je reste là, cachée »
Les deux autres commères continuent leur chemin. L’œil de la chèvre tombe sur une cabane en bois, un peu miteuse. Mais grande et adroite, elle pense réparer l’endroit et s’y installe avec plaisir.
Notre poule rouge s’enfonce au bois, inquiète. Elle a déjà croisé renard et la chouette dit que le loup est un peu son cousin. Prudence… prudence. Elle cherche longtemps un abri honorable quand elle voit dans un gros chêne une ouverture ronde, qui donne sur un logis spacieux et confortable. Elle y pond trois œufs. Ouf, ça fait du bien, la chose pressait !
Pendant cet accouchement, le loup qui de loin les avait suivies, arrive chez la truie. Par quelques politesses chuchotées, il essaie d’inviter la belle à un bal, à un thé, à quelque chose qui la ferait sortir de sa maison de branches. Mais rien ne l’intéresse, elle se repose et comme le loup menace d’entrer, elle rit. Il entre pourtant, trois piquants de prunelles n’ont jamais retenu un loup et la pauvre gorette vivement dévorée, lui tient l’estomac heureux plusieurs jours…
Après quoi, un matin, il frappe doucement à la porte de la cabane où la chèvre déguste un pot de sel. La blanche fait la sourde. Ce sel est délicieux. Il insiste, elle persiste. Le loup se jette contre la porte. Fragile, cette porte.
La jeune viande de chèvre un peu salée, vaut le détour. Notre loup est content, il digère, dans une clairière, ce beau festin de roi.
Pendant ce temps, ignorant tout de ces carnages, notre poule échange ses œufs contre une boîte d’épingles et deux trois planches de bois puis elle fait à son logis une porte finement hérissée que nul n’oserait forcer, à moins d’être un peu fou !
Le loup a gardé la poule pour un reste de faim. Cette proie est bien petite, mais on dit que sa chair est tendre, savoureuse et bien grasse. Un dessert pour lui je crois.
Oula ! Les piquants d’épingles sont plus méchants que ceux des prunelliers !
Sa pauvre patte en tremble. Ce n’est pas grave, il va souffler, il a le poumon sain et vigoureux.
Mais cette porte hérissée est épaisse comme celle d’un pont-levis ! Alors il tourne autour du chêne et cherche une autre entrée, mais il n’y a rien qu’un trou de cheminée dont sort une fumée blanche. « Et si je m’essayais dans ce trou ? Oh, il a juste ma taille… » dit le gourmand en léchant ses babines. Il se laisse glisser les bras en l’air et arrive le derrière dans une cocotte, où bout une gerbe de thym-laurier…
Il n’y reste pas longtemps, l’horreur donne des ailes même aux loups et celui-ci s’envole par cette même cheminée. Il court, court, dans les bois, il se passera de dessert.
La poule je crois est encore dans le gros chêne. Le soir, quand notre lune monte, elle entrouvre sa porte et la chouette s’y glisse. Elles devisent longuement des choses de la vie, des bêtes, des gens.
Pendant ce temps notre loup ronfle,
le derrière chauve, mais vivant.
Il rêve de festins, de ripailles,
pendant que la nature, maille par maille,
Tricote les feuilles neuves du printemps