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De belles histoires 8

Publié le par Patricia Gaillard

Image JACLOU-DL - Pixabay


Jeanne la sotte

Ce paysan avait sa paysanne. Elle s’appelait Jeanne. Elle était gentille, douce, travailleuse, mignonnette, mais elle était  un peu… simplette. Un jour qu’elle se trouvait seule au logis, un vagabond, qui passait, supplia pour un bout de pain, car sa route était encore terriblement longue.
- Où vas-tu donc ? questionna Jeanne.
- Je vais au paradis, répliqua ce compère, comme si c’était banal.
- Oh, mais ça tombe très bien, pourrais-tu porter ce gros pain à ma sœur et cette brassée d’habits, car depuis le temps qu’elle y est, elle doit manquer.
- Je veux bien m’en charger. 

Jeanne fait un gros sac avec la fripe et le pain noir. Mais le sac est bien lourd. Comme il a compris à qui il a à faire, l’homme discute.
- C’est bien lourd, oh et puis la route est longue, et puis ça grimpe, et puis ce soleil, et puis ce vent. Ce qu’il faudrait, c’est un cheval.
- Vous n’avez qu’à prendre la Grise, vous la ramènerez bien.
- Dans trois jours, c’est promis, répond-il, sans rougir.
Il grimpe sur la jument, prend le sac devant lui et s’en va, content de son ouvrage.

Le paysan rentre un peu plus tard et ne voit pas la Grise. Où donc est la jument ? Il dit ça avec inquiétude, c’est leur seule richesse.
- Ne t’en fais pas, mon homme, elle est au paradis.
- Au paradis ?
- Elle sera revenue dans trois jours. 
- Dans trois jours ?? 
- Oui, figure-toi qu’un homme passait là, qui allait au paradis. Moi, pas bête, j’en ai profité pour lui confier des provisions pour ma sœur. Ce brave homme reviendra dans trois jours.
Le paysan n’est pas content, vous l’imaginez bien. Pourtant il ne dit rien, il attend les trois jours.
Au soir du troisième jour, il dit à sa Jeanne :
- Viens, on va chercher la Grise.
Ils cherchent, ils cherchent, dans toute la contrée. Ils cherchent, ils cherchent, des jours, des jours, des jours. Les voilà dans un endroit où la terre est remuée, un cheval est enterré, y’a même un bout de patte avec un sabot qui dépasse.
- Regarde, mon bonhomme, voilà not’ Grise qui commence à ressortir du paradis !

Là son mari l'attrape,
- Viens, retournons au logis, quand on épouse une sotte, ça se paie.

il est furieux et la Jeanne a bien peur. Elle court devant, arrive à la chaumière, ramasse le bâton et le brûle. Sur ce le paysan arrive, cherche le bâton, ne le trouve pas, il arrache la porte, court après sa femme, elle sort, elle s'enfuit, dans la nuit, il la suit, ils entendent des bruits. Jeanne grimpe sur un arbre, son homme aussi, avec la porte. C'est une bande de voleurs, ils s'installent sous l'arbre, avec une lanterne et comptent leur butin du jour à la lueur de la chandelle qui fait danser l'or et l'argent des pièces qui coulent dans leurs mains. 
Le paysan se penche tellement pour mieux voir ce trésor, qu'il lâche la porte. Elle tombe sur les voleurs qui s'enfuient dans tous les sens comme des oiseaux de malheur. 

Et les voici tous les deux, le paysan et sa Jeanne, seuls dans la nuit grise, ramassant tous ces sous.
Le tablier de la Jeanne est plein.
On ne cherche plus la grise, on n'en a plus besoin,
le bâton est en cendres et comme ça il est bien,
En tout cas si vous croyez au paradis
Vous faites bien !

La gaillarde conteuse   

 

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Votre bouquet du Dimanche 1er Mars

Publié le par Patricia Gaillard

Ce petit bouquet de ficaires, dans son pot-poussin, semble porter toute la grâce du printemps. Admirez ce jaune vibrant, les pétales satinés, les joyeuses étamines, les jolies feuilles rondes, vert foncé. 
Passez un très beau Dimanche ! 

la gaillarde conteuse 

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De belles histoires 7

Publié le par Patricia Gaillard


Le petit moine

C'était il y a bien des années, alors que j'étais en Alsace pour quelques jours. Je suis retournée naturellement à l'abbaye cistercienne où j'avais, autrefois, l'habitude d'aller me recentrer. Bâtisse du XIIème siècle, dans les champs, hors du monde. Lieu calme, silencieux, recueilli, invariablement apaisant. 
Arrivant par hasard à l'heure de la messe basse, je m'y rends... moi, où que je sois, même là, je reste une conteuse, celle qui regarde, qui renifle, qui perçoit, celle à qui les détails n'échappent pas. 
À la fin de l'office, la colonne des moines avance vers le pain de l'hostie, lentement, tous drapés dans leurs longues robes épaisses, couleur de parchemin. Un vieux moine, trapu, chauve, aux oreilles décollées et aux manières timides, me fait penser - Dieu me pardonne - à un nain de Blanche-Neige ou, osons dire les choses comme elles sont, à un nain de jardin. 
Ce lieu est un endroit sérieux, faut-il le préciser, mais ceci n'empêche pas mes idées de monter. Voilà qu'il m'en vient une, plus gonflée que les autres :
-  Où est donc la lumière de ce nain de jardin ?
On imagine volontiers le divin nimbant ses préférés d'esthétiques attraits, d'un regard profond, d'une voix bien posée, d'un charisme notoire, de gestes de prophète ou d'un maintien de roi, de lumière dorée, d'une grande auréole, que sais-je encore !
Et moi toujours de me dire... 
-  Où est donc la lumière de ce nain de jardin ? 
Eh bien... stupéfaite, la raconteuse, car à cet instant précis un rayon de soleil, plus vif que le feu même, traverse d'un coup sec le vitrail orangé et pose sur ce moine - et sur lui seulement ! - la fine braise ardente d'une lumière rare. 

Le divin a de l'humour et de la simplicité, car il répond aux questions d'une très claire manière, fermant ainsi, d'un coup, le bec de la conteuse... 

la gaillarde conteuse 

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De belles histoires 6

Publié le par Patricia Gaillard

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Les trois souriceaux

Une souris avait trois petits, gris, soyeux, la moustache fine.
Mais ces trois-là se chamaillaient à propos de tout. Fessées, gronderies, coups de languette, rien ne savait les corriger. Leur mère les emmena voir une très vieille souris, connue pour sa sagesse, qui demanda à les garder avec elle durant trois jours.

La maman souris hésita.
Mais c’était pour leur bien…

Le lendemain la vieille fit un nœud bien serré, avec les trois queues des souriceaux. Puis elle posa devant chacun, un peu éloignée cependant, une grosse part de beau fromage.
Les souriceaux foncèrent sur ce festin, mais aucun ne l’atteignait,  retenu par les queues des deux autres qui tiraient autant de leur côté.

Ils restèrent tous les trois sur leur faim.
Le second jour fut le même et pire encore.
Au troisième jour ils étaient affamés, épuisés, découragés.

C’est alors que l’un d’eux eut une idée.
Il proposa que chacun mange à son tour, accompagné dans ses mouvements par les deux autres.
On fit ainsi.
Chacun mangea.

Au soir de ce jour-là, la souris étonnée et ravie retrouva ses petits.

Si la fin justifie les moyens… la faim tout aussi bien ! 
 

la gaillarde conteuse  

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