Je suis le faisan. Voyez les couleurs de mon plumage, j’en suis très fier, mais cependant je regrette qu’elles se voient si bien car elles m’exposent aux coups des chasseurs. Ceux-la d’ailleurs ne sont pas très justes, car ils cherchent nombre d’entre nous dans des élevages, nous lâchent ensuite dans la nature où bien sûr nous sommes tout à fait perdus et devenons alors des proies faciles. C’est lâche non ?
Moi, par chance, je leur ai échappé jusqu’ici, pourvu que ça dure…
Tiens, près de ce petit étang charmant, il y a des grains de blé… Une aubaine !
Venez, cher faisan, installez-vous tranquillement, dans le petit domaine vous ne craindrez pas.
Un homme, très sérieux, très droit, très pieux, rêvait depuis longtemps de rencontrer l’être le plus sage de la terre, pour prendre conseil auprès de lui et ainsi progresser.
Un jour, à force de chercher, il le trouve. On trouve toujours ce qu’on ne cesse de chercher.
Alors il se prépare, se lave, s’habille, médite, puis s’en va trouver ce maître.
Arrivé devant lui, il pose un genou à terre et s’incline.
Le maître lui demande :
– mon ami, es-tu riche ?
– Je suis riche. Mais tu sais je vis comme un pauvre et chaque jour je ne me nourris que de quelques pommes de terre bouillies.
– Eh bien à partir d’aujourd’hui tu mangeras les mets que ta fortune te permet de manger, car si toi qui vis dans l’abondance tu te contentes de pommes de terre, tu croiras que le pauvre, lui, peut se contenter de pierres.
Comment résister, ce Dimanche matin, au plaisir d’aller flâner dans le jardin givré. Un soleil blanc traverse par endroits le brouillard épais et fait scintiller tout ce qu’il touche, comme un orfèvre céleste qui sèmerait des poignées de diamants minuscules. J’ai l’impression de déambuler dans le décor d’un ballet russe et serais-je étonnée si je voyais soudain surgir de derrière les arbustes blanchis, des danseuses vêtues de légère mousseline immaculée et chaussées de fines ballerines de cuir souple et doux, bleu pâle, craquant à chaque pas sur l’herbe givrée.
Flânant et rêvant ainsi délicieusement, j’aperçois sur un tout petit toit, les fines fleurs glacées de la mousse. Voici donc que se présente de lui-même le bouquet de ce Dimanche, me dis-je…
Mais il me faut être honnête, aucune mousse ne fait de fleurs.
Eh non.
Ces tigettes élancées que vous voyez là sont des sporogones.
Qu’importe, le spectacle est trop joli pour le bouder !
Acceptez ce bouquet inattendu pour votre Dimanche…
Jadis on écrivait. On écrivait à un parent lointain, à un ami cher, à l’être aimé. On écrivait, car on était en Amérique, ou à Paris, ou à Casablanca. On écrivait car il n’y avait pas de téléphone et encore moins d’ordinateur. On écrivait car on avait des choses à dire, des mots d’amour, ou d’amitié. Les mots vont parfois plus loin, écrits, que dits. On écrivait pour exprimer sa pensée, avec des mots choisis, pesés. On écrivait pour raconter la vie, les histoires, les voyages, les rencontres. On écrivait pour parler de la guerre, des morts, du chagrin, de la peur. On écrivait pour rassurer, pour consoler, pour regretter. On écrivait pour envoyer un article de journal. On écrivait par plaisir, celui de choisir l’enveloppe, le papier, le stylo, l’encre et puis le timbre.
Quel beau courrier parfois on trouvait dans la boîte !
Et puis les boîtes, elles aussi, pas toutes pareilles, mais petites, carrées, rondes, en bois, en fer, en fonte, trapues, sur pied, colorées, longues, décorées, rigolotes ou sérieuses. Elles avaient le style de la maison, ou le style des propriétaires.
Parfois l’encre était violette, ou bien c’était le papier qui sentait la violette, la rose ou le muguet.
Tout était bon pour surprendre, pour charmer, pour faire plaisir.
Les cartes elles, évoquaient les fêtes. À Pâques les fleurs, les œufs, les lapins. À Noël les paysages givrés, le houx et le gui enrubannés de rouge, des bougies lumineuses dans des lanternes de fer noir, sur la neige.
Le courrier était un objet sentimental. On trouve encore dans les affaires de nos anciens, des enveloppes, des lettres, des cartes soigneusement conservées, où l’on peut encore voir cette écriture appliquée, patiemment apprise sur les bancs des écoles, avec le porte-plume et l’ingrate plume Sergent-Major qui grattait, crissait, tachait, si longue à apprivoiser par les doigts des enfants.
Cette écriture qui, une fois domptée, demeurait appliquée et gracieuse le reste de l’existence, avec de si belles majuscules !