L’ail récolté a été remisé à la grange où il disperse généreusement son parfum. Dans la journée les tresses d’oignons les rejoindront. Les tresses ainsi pendues facilitent la surveillance des bulbes, parfois sujets au pourrissement. Et cette année l’ambiance constamment humide les aura rendus plus fragiles.
Un joli grillon s’installe dans cette même grange. Lassé je pense des soirées fraîches et des pluies, il a sûrement fini par se dire qu’il s’était trompé de saison et est venu s’installer pour l’hiver, dont nous sommes encore loin, malgré les apparences !
De temps en temps se coucher très tard ou se lever très tôt, c’est accéder à une autre dimension de la vie. Tout dort. Tout a lâché prise. Tout est absent. J’aime être face à la nuit, aux mystères, à cet ample silence fendu de temps en temps par le cri d’un nocturne ou le passage d’un camion, au loin, sur la nationale. Et puis cette discrète luminosité marbrée du ciel, et toutes ces étoiles comme des yeux d’or qui veillent. La surface de l’étang évoque soudain, je trouve, les romans de George Sand, parcourus d’esprits familiers. Et puis aussitôt voilà que nous rejoint Victor Hugo, et son poème Nuit qui se mêle à l’affaire, voyez comme les rencontres de la nuit sont des rêves…
Taillé au printemps, notre grand laurier-sauce fait de belles pousses neuves. J’avais accroché dans la grange les branches taillées qui sont à présent sèches. Je viens de détacher, une à une, les feuilles sans défauts et voici, dans un pochon de papier, ma réserve de laurier-sauce pour quelques mois.
Autour d’un rôti, deux de ces feuilles accompagnent subtilement l’oignon, la carotte, l’ail et le persil, pour une sauce traditionnelle et toujours appréciée. Notre tribu aime de temps en temps un quartier de bonne viande savamment mijotée, tout en sachant que nous sommes à l’aube d’une ère qui devra, pour exister, être végétarienne.