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Le jardin du 3 Juin

Publié le par Patricia Gaillard

Permettez-moi de revenir un instant à cette sauge dont je parlais l'autre jour. Il ne faudrait pas passer trop vite sur cette plante vertueuse entre toutes, chargée d'histoires et de légendes. J'en avais consigné quelques-unes dans mon gros ouvrage de contes et légendes du Jura, où j'évoque le château de la Sauge, à saint-Lamain. 

Ce château fut construit en mille cinq cent trente, pour Blaise de Visemal, qui y fit planter un riche jardin. Il était un peu médecin et y avait fait faire un Herbularius1. Une sauge bien sûr s’y trouvait, qui a peut-être donné son nom à ce château.

La sauge s’appelait salvare (sauver) chez les romains, puis salviam au temps de Charlemagne, puis sauge au treizième siècle, où un médecin du moyen-âge, de l’école de Salerne, disait à ses élèves…

« Pourquoi faut-il que l’homme meure,

Puisqu’en son jardin à toute heure

Il a de la sauge planté ? »

Elle s’appelle aussi … thé de France, thé de Grèce, herbe sacrée et toute bonne

Sa réputation est de préserver la santé et de prolonger la vie.

On dit depuis longtemps et on le dit encore…

 « Qui a la sauge en son jardin vit cent sept ans ! »

 

Déjà connue dans l’Egypte antique, elle était réputée donner la fertilité aux femmes. Chez les grecs de l’antiquité Pline l’Ancien prétendait qu’elle améliorait la mémoire. Les chinois l’échangeaient contre leurs thés les plus précieux. Les Grecs, les Romains et les Arabes s’en servaient en compresse contre les morsures de serpent. A l’époque des grandes pestes, elle entrait dans le vinaigre des quatre voleurs. Ces quatre voleurs de Toulouse avaient étonné leurs juges, car ils avaient détroussé de nombreux  cadavres morts de la peste, sans en prendre la maladie. Ils ont révélé la recette que voici…

3 pintes de vinaigre fort. De chacune une poignée : absinthe, reine des prés, baies de genièvre, marjolaine sauvage, sauge. Cinquante clous de girofle. 2 onces de racines d’inula campana. 2 onces d’angélique. 2 onces de romarin. 2 onces de marrube. 3 grammes de camphre.

Cette révélation leur a valu d’être pendus plutôt que brûlés vifs !

Au dix-septième, Louis XIV en avait fait sa tisane habituelle.

Au dix-huitième, les marseillais menacés par la peste, utilisèrent cette recette pour en faire une panacée, vendue en droguerie.

Au dix-neuvième siècle, la recette devint un médicament officiel, conseillé à tous ceux qui s’occupaient de malades. On faisait aussi brûler la sauge dans les lieux de soins, pour  assainir l’atmosphère infectée. La plante était considérée comme un gage de longévité, voire d’immortalité. Les amérindiens, à l’occasion de rites chamaniques, se servent de la sauge blanche comme encens et de la sauge divinatoire comme hallucinogène.

Sachez qu’en Franche-Comté, la sauge est réputée soigner les gens autant que les bêtes, quand elle est prise en boisson, qu’elle guérit les blessures en cataplasme. Offerte en bouquet à un amoureux dont la promise en épouse un autre, elle cicatrise les maux et les tourments de son cœur blessé.

Et ce proverbe comtois se pose en conclusion :

Quand le bouquet de sauge périt, la maison défaillit.

Et je terminerai par cette étrange recette…

Quand un certain insecte pique la tige de la sauge, on y voit apparaître des galles parfaitement comestibles, qu’autrefois on conservait dans du miel… !

 

Je suis contente, vous voici renseignés sur la sauge, ouf, j'avais peur de vous avoir mis à l'écart de ce nécessaire savoir. Si vous avez de la sauge, vous savez à présent son usage, et si vous n'en avez pas, plantez-en vite, si vous voulez durer... 107 ans ! ;-)


que la journée vous soit très douce !

la gaillarde conteuse

 

 

 

1 Herbularius : au moyen-âge, plate-bande de plantes médicinales, aromatiques et condimentaires.

 

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Le jardin du 2 Juin

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 2 juin

Les framboisiers sont étonnants. Ils sont deux, on dirait qu’ils sont six. Les tiges des oignons, des échalotes et de l’ail sont dressées, il y a donc des soldats au jardin. Une, deux… une deux…
Les petits pois c’est une histoire. Nous n’avons jamais réussi ce légume si courant. Trop petit, trop gros, trop rare, trop lent. Une dame du village nous a dit « Des avocettes ! » 
Eh bien nous avons semé des avocettes, voyez comme elles sont nombreuses et prometteuses.. Attendons la suite, je vous dirai cela. 

Vivre avec un jardin amène à penser d’une manière universelle. La compagnie de la nature nous rappelle sans cesse qu’il y a la vie et qu’il y a la mort. Tout naît, pousse, engendre, meurt et se transforme. Il en est ainsi des plantes, il en est ainsi de nous. La nature est notre mère à tous, nous sortons de son ventre et nous y retournons. Avoir un jardin c’est accepter de recevoir cet enseignement. Notre esprit humain contemporain en a grand besoin, lui qui croit tout contrôler, alors que nous sommes aussi désarmés devant un virus que le pied de tomate devant un mildiou. 
Le jardin est le miroir de nos forces et de nos faiblesses. 
Le fréquenter chaque jour mène à l’acceptation de notre simple sort.

À bientôt !

La gaillarde conteuse…


          

 

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Le jardin du 1er Juin

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 1er juin
Les buissons de feuilles sombres des pommes de terre portent maintenant leurs fleurs mauve pâle au pistil drapé et jaune. Je n’ai jamais vu ma mélisse aussi grosse et aussi ronde ! La sauge est belle, avec ses feuilles allongées, plutôt grises, mates. Quelles vertus cette simple ! Je l’utilise pour ma part une fois par semaine où je frotte mes dents avec une de ses feuilles. Elle détartre l’émail, renforce et apaise les gencives et son suc avalé favorise la digestion et donne le moral. Tout ce trésor dans une petite feuille ! Si le goût de cette plante est particulier, avec le temps il m’est devenu familier.
Petit mystère au jardin… les groseilliers n’ont fait aucun fruits. Du jamais vu. Peut-être ont-ils pris une année sabbatique ? C’est à la mode… 
Il faut surveiller sévèrement les jeunes dahlias, car une limace qui s’y installe les dévore au fur et à mesure qu’ils poussent. Il faudrait dormir au jardin pour le défendre. Mais rappelons la devise de mon époux : « il faut que tout le monde mange. » Ce à quoi j’ajouterai : « mais aucun ne doit tout manger. »
Soyons vigilants.
Il faut aussi un peu de ruse au jardin.

À bientôt !

La gaillarde conteuse…

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Le jardin du 31 Mai

Publié le par Patricia Gaillard

Le jardin du 1er juin

Découvrir les fraises, rouge rubis sous les feuilles rondes dentelées, est toujours un émerveillement. La ligne commence par quelques pieds de Mara des bois et continue avec une très vieille variété, dont nous ignorons le nom et dont les fruits, rouge et vert, sont immenses. Cette fraise est quelconque crue mais divine en confiture. La vieille dame qui m’a donné cette variété de son vieux jardin était d’un proche village. Elle n’est plus de ce monde, aussi j’ai quelques douces pensées pour elle chaque fois que je les cueille. 
Vers le soir le jardin nous attire une dernière fois. Le soleil est couché et le jour s’amenuise. Étrangement nous baissons les voix et même la tourterelle, dans le sapin, déroule son roucoulement avec délicatesse. La fin du jour ressemble au grand âge, dans sa sobriété, sa simplicité. 
Deux plants de poivrons, un jaune et un rouge, que notre fille nous a procurés puis conservés durant cette période d’éloignement forcé, semblent heureux d’avoir enfin rejoint les places qui sont les leurs dans la serre à tomates. N’y a-t-il pas soudain dans l’air un parfum de ratatouille ? 
Mais non, c’est un effet de mémoire… ou prémonitoire…
En rentrant, je contemple un instant les branches gracieuses du mûrier et la blancheur de ses fleurs délicates.
Un petit arrosoir pour les jeunes pousses avec l’eau tiède du tonneau.
Une abeille passe, sa journée est finie.
Quiétude de la vie du jardin.

À bientôt ! 

la gaillarde conteuse...


                     

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