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Le jardin du 26 Novembre

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 26 Novembre

 

Levée à Cinq heures trente, je suis sortie dans la nuit. La voûte céleste piquée de milliers d’étoiles scintillantes recouvrait de son manteau bleu sombre notre petit domaine. Katsi, la chatte,  est venue me rejoindre, à pas de loup, contente et étonnée que je la rejoigne dans sa vie de la nuit. Nous avons pris un bain d’espace et de silence.

Puis mon petit-déjeuner s’est déroulé en compagnie d’une fleur... un ultime glaïeul que nous avons découvert, gelé, il y a trois jours dans le potager. Nous l’avons cueilli, puis posé un peu dans la grange froide, puis dans un endroit tiède, puis dans le chaud de la cuisine. Depuis hier il s’épanouit magnifiquement et son jaune irradie. Il est le miracle de la semaine.


Hop un p’tit café... son odeur... j’adore !

chut, le jardinier repose encore

Tout dort

 

À vous, belle journée !

 

la gaillarde conteuse

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Le jardin du 25 Novembre

Publié le par Patricia Gaillard

 

Le jardin du 25 Novembre

Le petit chêne, entre l’étang et la rivière, se colore de manière un peu marbrée à cause d’un restant de ce mildiou tenace qui le taraude depuis le printemps, sans avoir amoindri cependant son énergie. J’irai voir demain le grand chêne, là-bas, et lui demanderai de me confier un peu de sa force pour la transmettre une fois encore au petit chêne.

 

Un soleil franc dore les herbes et le jardinier prépare la terre de ses serres. Il a cueilli, je vous l’ai dit, les dernières tomates, haché leurs tiges fatiguées, rangé les tuteurs et les ficelles soigneusement défaites. Il va à présent préparer la terre des serres qui recevra, dès la fin de Janvier, les tubercules qui donneront les pommes de terre primeures d’Avril. Puis, à la fin de Février ou au début de Mars, ce sera le moment d’y installer aussi les plants de choux-fleurs et de brocolis. Voilà deux vraies stars qui poussent bien dans les serres et qui grossissent magnifiquement pour être prêtes au mois de Mai. Nos deux citronniers sont posés à demeure dans ces mêmes serres. Un citronnier supporte jusqu’à -5 degrés. Ils s’accommoderont probablement tous les deux de cette hibernation. D’habitude nous les rentrons dans une pièce non chauffée de la maison, qui est dans un étage, mais ils sont de plus en plus grands, de plus en plus lourds et nous de plus en plus vieux... ceci explique cela... je suis sûre qu’ils feront un effort en remerciement des soins prodigués tout le restant de l’année. Je crois que l’ingratitude n’existe pas dans le petit domaine.

 

Malgré la saison froide qui s’amorce, nos regards ne quittent pas le petit domaine. Nous ne pouvons nous passer de lui, pas plus peut-être, que lui de nous...

C’est un harmonieux compagnonnage. 

 

la gaillarde conteuse

 

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Le jardin du 24 Novembre

Publié le par Patricia Gaillard

« La fileuse » Alfred Beau (1829-1907)

LA MORT DES FÉES

Alphonse Daudet – 1870

 

« Quel est votre nom ? » dit le juge.
- Mélusine 
- Votre âge ? 
- Je ne sais pas. 
- Votre profession ? 
- Je suis fée… je suis la dernière, il ne reste plus que moi, elles sont toutes mortes. »

La salle partit d’un grand éclat de rire. Mais cela ne la troubla point et de sa petite voix claire et chevrotante qui montait haut dans la salle et planait comme une voix de rêve, la vieille reprit :

« En vérité c’est grand dommage, la vie était bien plus belle quand elle avait encore ses fées Nous étions la poésie du pays, sa foi, sa candeur, sa jeunesse. Tous les endroits que nous hantions, les fonds de parcs embroussaillés, les pierres des fontaines, les tourelles des vieux châteaux, les brumes d’étangs, les grandes landes marécageuses recevaient de notre présence je ne sais quoi de magique et d’agrandi. A la clarté fantastique des légendes on nous voyait passer un peu partout, traînant nos jupes dans un rayon de lune, ou courant sur les prés à la pointe des herbes. Les paysans nous aimaient, nous vénéraient. Dans les imaginations naïves, nos fronts couronnés de perles, nos baguettes, nos quenouilles enchantées mettaient un peu de crainte à l’adoration. Aussi nos sources restaient toujours claires…

Il y avait des petits enfants qui nous connaissaient par nos noms, nous aimaient, nous craignaient un peu. Mais au lieu des beaux livres tout en or et en images où ils apprenaient notre histoire, on leur a mis dans les mains la science à la portée des enfants, de gros bouquins dont l’ennui monte comme une poussière grise et efface dans les petits yeux nos palais enchantés et nos miroirs magiques.

On a envoyé des savants pour analyser nos belles sources miraculeuses et dire au juste ce qu’il entrait de fer et de soufre dedans.

On s’est moqué de nous sur les théâtres, nos enchantements sont devenus des trucs, nos miracles des gaudrioles. On ne peut plus penser à nous sans rire !

On a creusé des tunnels, comblé les étangs et fait tant de coupes d’arbres que bientôt nous n’avons plus su où nous mettre. Peu à peu les paysans n’ont plus cru à nous. Le soir quand nous frappions à leurs volets, ils disaient « c’est le vent ! »…  et ils se rendormaient.

Dès lors ça a été fini pour nous. Comme nous vivions de la croyance populaire, en la perdant, nous avons tout perdu. La vertu de nos baguettes s’est évanouie et de puissantes fées que nous étions nous nous sommes trouvées de vieilles femmes ridées, méchantes, comme des fées qu’on oublie…

Et ainsi nous sommes mortes, nous les éternelles. Je suis la dernière, il ne reste plus que moi…

- Décidément, cette vieille est folle, emmenez-là !! »

———————————

Pourtant ce matin, dans la brume épaisse et laiteuse qui recouvrait tout, je n’aurais pas été étonnée qu’elles y soient toutes encore... les fées...


la gaillarde conteuse 

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Le jardin du 23 Novembre

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 23 Novembre

 

Brrr… Voilà qu’arrive le vrai froid, celui qui dépose au matin une rosée cristallisée sur les buissons et l’herbe, celui qui fait cette vapeur sur l’eau, celui qui nous fait remonter nos cols et enfoncer un bonnet sur nos têtes. Le froid, quoi. Et nos pauvres tomates, persévérantes, qui tentent malgré tout de mûrir dans les serres. Elles sont courageuses, mais n’ont plus aucune chance à présent d’y réussir. Le jardinier les a cueillies toutes ce matin, celles qui sont colorées et celles qui ne le sont pas encore. Il les a entreposées dans la grange non chauffée et ne les mettra que demain dans la maison. Je les trierai et toutes celles qui sont vertes seront soigneusement posées l’une à côté de l’autre, sur une feuille de journal sur le bout de la table de la cuisine qui est tout près du radiateur. Nous faisons ainsi chaque année. Les tomates mûrissent tranquillement de cette manière et nous offrent encore salades et coulis jusqu’au milieu du mois de Décembre. Cette année nous allons faire pour la première fois la même expérience avec ces poivrons, deviendront-ils jaunes et rouges, comme le veut leur nature ? Nous verrons cela, je vous dirai.

Vive le jardin et sa légendaire générosité

Vive le jardinier et sa légendaire ingéniosité

 

la gaillarde conteuse

 

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