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LE DRAGON DE SOUCIA 2ème partie

Publié le par Patricia

2ème partie

De là à accorder à ce monstre assoiffé de sang, une préférence pour les jeunettes, il n’y eut qu’un petit pas. Il fut vite fait...

En faisant le décompte objectif de ses derniers repas, on  arriva à un rythme de deux ou parfois trois par an. Il fut donc décidé de choisir chaque année les deux plus jolies filles du village pour les offrir en sacrifice et ainsi être débarrassé tout le reste du temps de cette lourde menace. C’était à tout prendre, une bonne solution. Disaient-ils.

Ceux qui décidèrent cela devaient être vieux célibataires, tordus ou misogynes, il devait même s’y être glissé des langues de vipères,  des épouses jalouses et quelques vieilles bigotes. De ceux qui prétendent renifler dans la jeunesse si belle et si vivante, un arôme d’enfer… Bref, ils devaient être bien nombreux car la chose fut adoptée. Comment firent-ils pour annoncer ce troc au géant sulfureux ? Jamais rien sur ce moyen ne me fut révélé. En tout cas, pendant au moins un an ou deux, peut-être plus, ils firent ainsi. Ils offraient les deux belles, liées pour rester sages. C’était dur, assurément, mais le village connaissait, pour tout le restant de l’année, une paix normale de village d’ici-bas. L’arrangement était horrible, mais ne paie-t-on pas souvent très cher sa tranquillité… 

Il y avait à Soucia, une bonne poignée de jeunes hommes, tous d’âge à se marier et qui commençaient à trouver que de tels cadeaux à cette cruelle créature, qui après tout n’était qu’une bête, leur ôtaient les partis les plus jolis, les plus gentils et les plus délicieux. Les vieux ont la raison et les jeunes ont la force. Ces gars prirent au hasard des outils de fortune, un seul qui était noble trouva dans son manoir une épée encore bonne à couper des gorges. Ces armes-là sont comme les langues, elles ne perdent pas vite leur tranchant. Ils partirent vaillamment, c’était très beau à voir. La jeune témérité fait briller le sang sous la peau. A force de chercher le dragon,  ils le trouvèrent. La bataille fut terrible. D’un côté les naseaux formidables qui jetaient tour à tour des flammes, des étincelles et une espèce de morve empoisonnée qui trouait les chemises de chanvre comme des radées de chevrotine. De l’autre des bras volontaires avec des fourches, des pelles, des pioches, l’épée, que sais-je encore, ça tombait dru des deux côtés.

 

À DEMAIN !


la gaillarde conteuse...

 

 

 

 

 

 

 

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LE DRAGON DE SOUCIA - PARTIE 1

Publié le par Patricia Gaillard

Partie 1

On dit que dans les temps anciens, un dragon hantait les rives de l’Ain, dans le canton de clairvaux-les-lacs. Le dragon est-il un parent de la Vouivre ? Ou alors est-ce elle, dans une de ses diverses… présentations ? Souvent femme varie, femme-fée-serpent peut-être aussi.

Mais ce dragon avait avec elle une nette différence, c’est qu’il était friand de chair humaine. Laissait-on une jeune bergère garder, du côté de la rivière, son petit troupeau blanc, on ne retrouvait rien. Ni les bêtes, ni l’enfant. Combien ont disparu à la tombée du jour, qui marchaient simplement pour retourner chez eux ? Le village de Soucia avait bien du souci. Sans doute l’antre du Dragon était-il proche de là, car c’était parmi les gens de Soucia qu’il prélevait la plus grande part de ses festins. Nul jamais ne savait au lever, s’il serait encore de ce monde à la tombée du jour. C’était crispant. Ça rendait les journées proprement impossibles et les nuits empesées d’un sommeil mauvais et tourmenté. Chacun pressentait dehors l’errance de la bête et quand un peu de vent courait dans les ruelles, chacun y entendait le souffle ardent du monstre. Chaque jour était effrayant et chaque nuit angoissante. 

Ce Dragon nul ne l’avait jamais vu, mais les récits des vieux racontaient par morceaux, ce que parfois certains survivants avaient entrevu. Il n’y avait donc aucun doute, c’était bien un dragon.

Un beau jour, on se mit à réfléchir. Quelqu’un fit remarquer que les victimes étaient tout de même bien plus souvent des filles, et des belles. De là à accorder à ce monstre assoiffé de sang, une préférence pour les jeunettes, il n’y eut qu’un petit pas. Il fut vite fait. ..

À DEMAIN !

la gaillarde conteuse...

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L'ONDINE DE MORIMONT - 5ème partie - fin

Publié le par Patricia

Partie 6

Et c’est souvent ainsi qu’un conte se termine, mais celui-ci, pardon, a un rebondissement car ce chevalier avait une mère, beaucoup en ont, mais celle-ci n’était pas bonne. Elle détesta Mathilde dès le premier regard et chercha longuement comment briser le mariage, qui était fort heureux, car de jeux d’amour en jeux de lit, en jeux de vie, un bébé arriva, rose, joufflu et tendre. La vieille, qui était femme, voulut faire l’accouchement. Aucun fils ne s’oppose à une telle attention. La naissance terminée, Mathilde, délivrée, fit comme nous faisons toutes : somnoler un peu, enfin, délicieusement. La vieille alors se pencha vers le berceau tiède, prit le bébé dans ses mains et posa à sa place le petit, noir et tordu, d’une quelconque bête misérable. Puis elle jeta l’enfant par-delà le vitrail, aux douves du château où il s’enfonça sans résistance.

Le rejeton noir et tordu dans le berceau souleva l’horreur au château. « Cette mère est sorcière, disait-on, elle a porté au jour un fils de Satan, ébouillantons-la et tuons cet enfant ! »

On tua sans égards la pauvre bête noire et Mathilde fut traînée au-dessus du baquet fumant, elle cria là son troisième souhait. « Que vienne l’ondine ! » Et la dame apparut, gracieuse sur le rebord du baquet, le bébé rose joufflu et tendre dans ses bras et qui n’était pas plus noyé que vous et moi.

Le chevalier découvrit qui était sa propre mère et ne pardonna pas.

Mathilde et son beau chevalier et tous les enfants qui leur vinrent encore eurent une vie grande et forte, comme elle vient parfois à ceux qui ont beaucoup vécu.

On dit que ce sont ces deux-là qui s’installèrent plus tard dans le village de Rixheim, pour diriger de leur sagesse le Haut-Sundgau durant des générations et des générations et des générations…
 
la la lère la la li l’eau du baquet est refroidie,
la la lère la la li et mon histoire est finie.

À BIENTÔT !

la gaillarde conteuse

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L'ONDINE DE MORIMONT - 4ème partie

Publié le par Patricia

partie 4

Le lendemain dans son grenier Mathilde chuchota sa demande une seconde fois au fruit minuscule et ridé. Une robe apparut, toute différente, mais aussi remarquable. Du voile rouge grenat et des perles de pluie, du taffetas fripé et des boutons vernis, un peu de velours noir et des plumes de pie, de paon, de geai, d’oiseau de paradis,  je ne saurais tout dire… Elle fit son effet et c’est peu dire. Le chevalier lui offrit une bague, étrangement assortie à la robe et au doigt ! Encore une fois c’était du sur-mesure ! Ils dansèrent à nouveau, les bouches se taisaient, les pieds frôlaient à peine le sol, l’émotion était grande. A minuit on entendit tinter l’horloge. Le silence creva comme un songe… la belle avait disparu !

Le chevalier, cette fois inconsolable, tomba dans une langueur qui le fit malade à mourir. Tous les médecins, les guérisseurs, les charlatans coururent à son chevet, mais aucun ne possédait même l’ombre de la science qu’il fallait pour le guérir.

Mathilde dans sa chambre de grenier se faisait du mouron. Alors elle descendit dans les cuisines et fit une tisane (les filleules d’ondine ont un savoir inné de recettes très fines). Elle prit un gobelet de grès, posa la bague au fond et puis versa dessus la mixture chaude et dorée qu’elle fit porter au chevalier. En buvant la tisane, il trouva la bague, appela toutes les filles des cuisines, bien sûr Mathilde était là. Il vit le nez, les yeux, la bouche, même sans la robe il reconnaissait cela. Elle rougit et avoua. Il sourit et comme il se sentait soudain très bien, on le déclara guéri. Ils s’épousèrent.

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

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