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Le Chevalier Dormant - Partie 6

Publié le par Patricia

Partie 6

La lutte fut terrible. La bête était puissante. Sa peau écailleuse suintait d’huile noire, son regard malfaisant réveillait l’épouvante, les flammes orange et vertes qu’elle vomissait grillaient les branches d’un tilleul vénérable penché juste au-dessus, ses dents cinglantes et acérées étaient des lames de porcelaine.
Le jeune homme pensa s’être enfoncé trop loin dans l’audace. Cependant le vêtement le rendait intouchable et rien de ce feu dévorant et des morsures vives ne l’atteignait. Le monstre ouvrit alors une gueule béante sur une gorge noircie comme un couloir d’enfer qui enserrait déjà Wolfdietrich tout entier. Rassemblant son comptant de force dans un formidable élan, Wolfdietrich fendit en deux, de l’intérieur, l’immense corps visqueux et hurlant. Il était recouvert du sang de la bête quand il sortit, vainqueur, sur la large langue fourchue déroulée de tout on long, comme un gros tapis rouge…
Le sang d’un dragon – bien des récits nous le disent – rend invincible celui qui en est inondé. Mais une feuille tombée du tilleul s’était collée sur l’épaule du combattant. À cet endroit seulement il demeurerait vulnérable. Quelques gouttelettes de ce sang avaient roulé entre ses lèvres, irriguant toute sa chair, y faisant des miracles. Son cœur alors s’ouvrit pour la première fois, bon et parfumé comme un jardin de fleurs et des mémoires souterraines, enfouies depuis longtemps montèrent dans son esprit, apportant avec elle la connaissance des sentiments humains et celle, aussi, du langage des oiseaux…

À DEMAIN…

la gaillarde conteuse

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Le Chevalier Dormant - Partie 5

Publié le par Patricia

Partie 5


Gravure collection personnelle

Une fête joyeuse fut organisée pour lui : des vins incomparables tombaient d’eux-mêmes dans des coupes d’or, des mets raffinés apparaissaient partout, comme surgis d’un Eden et des musiques rares coulaient comme une eau tiède dans les corridors extasiés de l’oreille. Même le grand Ulysse, pour se garder de telles créatures, s’était fait attacher au mât de son bateau !

Mais Wolfdietrich, lui, était naturellement enchaîné par sa mortelle indifférence et son cœur, qui avait toujours été muet, le demeura et rien ne semblait pouvoir le fendre ou le toucher. Tous ces prodiges le laissèrent froid. À quoi bon une si belle force sans cette exquise faiblesse du cœur ?

Quand la norne revint, elle admira ce preux qui avait réussi à se garder de cette brillante poignée d’ensorceleuses. Il n’était pas commun, vous en conviendrez… Elle lui fit don alors d’un vêtement, un travail des nixes*, dans un tissu souple et ondoyant d’une transparence cristalline et qui paraissait tressé des fils argentés d’une eau étincelante. L’habit devait préserver son corps de toute blessure, car une lourde besogne à présent l’attendait…

Un dragon reposait au cœur de la montagne et aucun héros, jusque là, n’avait pu l’anéantir. Une couronne d’or attendait le vainqueur, qui pourrait alors y contempler son image accomplie. Wolfdietrich posa sa main sur la dague qu’il portait au côté. Depuis longtemps sa force ne servait plus vraiment et l’idée d’un combat lui plaisait...

* Nymphes et génies des eaux dans les mythologies nordiques et germaniques

À DEMAIN…

la gaillarde conteuse

 

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Le Chevalier Dormant - Partie 4

Publié le par Patricia Gaillard

Partie 4

Partie 4

Le charbonnier et sa femme, bien que déroutés par son étrange nature, élevèrent Wolfdietrich avec beaucoup d’amour et de patience. L’enfant possédait une force colossale, travailler comme son père était pour lui un jeu. Si cette vigueur rare était une vraie richesse, elle cachait en dessous une âme desséchée où aucune émotion ne pouvait se loger. Cette curieuse indifférence lui ôtait le goût de tout.
Pour partir en quête de son cœur véritable, Wolfdietrich quitta ses parents charbonniers, la forêt de l’enfance et tous ses souvenirs. Il partit vers le nord, marchant des jours, des semaines, des mois…
Un soir qu’il s’endormait, couché à même le sol dans un pays lointain inconnu de lui, une norne *, se penchant sur lui, l’invita à la suivre. Il arrivèrent devant un puits, où deux compagnes de la fée l’attendaient en filant un fil très fin et nacré qui se tissait tout seul, formant une tapisserie où se dessinaient les destinées des êtres. Parfois elles s’arrêtaient, puisaient de l’eau du puits et arrosaient avec beaucoup de soin l’arbre du monde qui se trouvait là, qu’elle appelaient Yggdrasil. Puis elles reprenaient leur travail d’infatigables fileuses.
La norne prit la main de Wolfdietrich, le mena dans un palais de pierres roses ciselées, troué de lucarnes aux vitres mordorées, qui donnaient une lumière chaude et dans lesquelles le vent produisait une musique céleste. Puis elle le laissa seul au beau milieu de cet endroit où se mêlaient, dans la plus grande perfection, les sons, les couleurs et le plus exquis bien-être. Une douzaine de jeunes filles, légèrement vêtues, arrivèrent en courant, pour servir Wolfdietrich et exaucer le moindre de ses vœux. Elles étaient sœurs de ces envoûtantes sirènes, qui par leurs chants suaves saisissent l’âme des hommes.
Une fête joyeuse fut organisée pour lui…

À DEMAIN…

La gaillarde conteuse


* Fée des pays nordiques apparentée aux parques et aux moires greco-romaines, fileuses de destinées
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Le Chevalier Dormant - Partie 3

Publié le par Patricia

Partie 3

illustration collection personnelle
Un jour qu’il chassait sur ses terres car il était maintenant le seigneur tout neuf de ce château, Hugdietrich aperçut au détour d’un sentier un jeune humain qui jouait avec des loups. Il avait leurs manières et portait au cou une chaînette d’or fin que Hugdietrich reconnut. Il empoigna ce fils retrouvé et le ramena au château vers la belle Hildegonde qui pleura de bonheur. Pour rassembler dans son nom ses deux familles on appela cet enfant Wolfdietrich. Mais le petit avait été élevé par des bêtes sauvages, ses façons libres lui attirèrent le mépris de beaucoup. Même son père, pour finir, l’évitait.
Un jour Hugdietrich demanda à son meilleur chasseur d’emmener ce « loup » au fond de la forêt pour le tuer. Le chasseur, terrifié par la tâche, prit l’enfant par la main. Il s’enfoncèrent tous les deux dans les bois, que le petit retrouva avec ravissement, comme une ancienne demeure. Ils marchèrent longtemps en silence, mais jamais le chasseur ne trouva le courage de tuer cette proie innocente et fragile. C'est alors qu' ils rencontrèrent un brave charbonnier. Le chasseur lui confia l’enfant et donna à l’homme quelques pièces d'or qu'il tira d'une bourse à sa ceinture. Le charbonnier accepta l’un et l’autre comme des dons du ciel, car il était bien pauvre et venait de perdre son unique garçon…

 

À DEMAIN…

 

La gaillarde conteuse

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