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LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES (danemark) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

La petite fille aux allumettes  (danemark)  1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Elle venait des faubourgs de la ville, ces lieux obscurs, malpropres, où traîne la misère. La mère était partie, le père était souvent pris de vin, et il y avait deux enfants dont un tout-petit. La gamine était l’aînée et  devait mendier, mais elle arrivait toujours, avec son petit air maigre et pâlot, à toucher assez de cœurs pour rapporter quelques piécettes de cuivre.

On était en plein hiver et c’était la dernière nuit de l’année. Un froid tenace s’était installé depuis plusieurs jours. Dans les rues de la ville les gens marchaient vite, crispés, les cols relevés, les mains dans les poches. La vieille neige avait commencé à fondre un peu, puis ce froid intense et soudain l’avait gelée, on aurait cru que tout était recouvert d’une grosse couche de verre lisse et brillant.
La petite était venue par ici car le quartier était cossu. De belles boutiques, aux vitrines éclairées, montraient toutes sortes de merveilles. Fourrures, soies et châles de laine, ou jambons, saucisses et poulardes enrubannées. Chacun cherchait à se faire un doux et bon réveillon. Les gens entraient et sortaient des boutiques, puis filaient, d’un pas pressé, pour retourner dans leurs logis où sûrement un bon feu les attendait. Elle s’était installée sous un réverbère qui était tout vernis par le gel et elle tendait ses allumettes. Mais les passants ce soir-là n’avaient pas besoin d’allumettes et recroquevillés par le froid, le paquet de leurs achats sous le bras, ils remarquaient à peine cette enfant en guenilles, avec une seule chaussure trop grande, les doigts et le visage douloureux, rougis et raidis par le grand froid. Elle se traîna ainsi de rue en rue, puis la nuit et la neige se mirent à tomber en même temps…

À demain pour la suite
Je vous souhaite une bien bonne journée

La photo ci-dessous a été prise dans ma voiture, dont le pare-brise était fortement gelé. Admirez ces arabesques, exactement ce que j'aime !

 

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LE CYGNE (Alsace) 2ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LE CYGNE (Alsace)  2ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le bel animal, prodigieux tout d'abord, devint peu à peu habituel, puis banal, puis même un peu encombrant. Jusqu'au jour où la dame, dont le coeur guérissait, trouva cette présence constante vraiment exagérée. Elle se souvint qu'au village voisin il y avait une ferme, où son époux, qui aimait tant les cygnes, en possédait beaucoup. Elle confia donc la brave bête blanche à une servante. Quand celle-ci arriva à la ferme, elle ouvrit le panier à volaille et l'animal en surgit comme un diable et s'enfuit dans un bois proche. Nul jamais ne le revit.

À partir de ce jour la dame fut frappée d'une langueur mauvaise. Ses affaires, peu à peu, tournèrent mal, et sa vie se termina dans une triste misère...
On ne voit pas un ange, s'il prend les traits d'une bête.

"Puis quand les bords de l'eau ne se distinguent plus
À l'heure où toute forme est un spectre confus
Où l'horizon brunit rayé d'un long trait rouge
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit
L'oiseau dans le lac sombre où où sous lui se reflète
la splendeur d'une nuit lactée et violette
Comme un vase d'argent parmi des diamants
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments."

Sully Prud'homme - Le Cygne

 

 

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LE CYGNE (Alsace) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

LE CYGNE  (Alsace) 1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Ce matin, joie, un beau givre recouvre tout !
Souvenez-vous du turban qui auréolait la tête d’Anna, ce turban en plumes de cygne. Ce cygne me rappelle soudain une histoire de mon Alsace natale. Et puis une de mes amies arrive à la saison de sacrifice de ses chers canards… c’est toujours difficile de devoir tuer nos bêtes.
En lisant ce conte, rejoignons-la un peu…

LE CYGNE  (Alsace)  1ère partie

Au village de Diemeringen, dans la vallée de l’Eichel, en Alsace bossue, vivait un chevalier. Il était pétri de vertus, mais il avait, de plus, des dons de magicien, d’herboriste, de voyant et d’astrologue. Il savait manipuler les herbes rares, connaissait le parcours des astres et leurs conversations secrètes avec les êtres et il était bien capable de faire pondre des œufs à un chat ou des sous à un âne. De toutes ces sciences admirables il n’en mettait aucune au service de pratiques noires. C’était un homme bon et juste, estimé de tous et chacun à son art pouvait venir soulager ses soucis.
Un jour, qu’il était penché sur la transparence du destin, il y lut le signe de son propre trépas. Avalant la sentence avec sagesse, il annonça cette fatalité à son épouse. Elle eut beau pleurer, supplier, il savait bien que rien n’y ferait. Nul ne peut retenir le fil qui doit se rompre. Cet homme était cependant moins désorienté par cette nouvelle, que nous ne saurions l’être… Il annonça à son épouse :
- « Trois jours après mon trépas, un cygne blanc viendra vers vous. Prenez grand soin de lui, gardez-le près de vous et rien, jamais, ne vous manquera. »
À quelques heures de là, la mort vint le trouver et lui coupa le souffle pour l’emmener en ce lieu que nous connaitrons tous.

La veuve veilla trois jours près de l' époux, pleurant et priant, même la nuit. Tous ceux qu’il avait soulagé de leurs maux défilèrent lentement devant sa dépouille, étonnés qu’un guérisseur tel que lui n’ait pas su échapper aux lois communes du destin.
Au soir du troisième jour, la dame se retrouva seule, éplorée sous ses voiles noirs, quand un grand cygne blanc entra par une ouverture, ses larges ailes fouettant l’air. Il se posa aux pieds de la dame, fourra sa belle tête au creux de son aile et ne bougea plus. La compagnie silencieuse de l'animal devint un véritable baume et chaque jour la dame perdait un peu de sa tristesse. Il n'est peine qui ne s'émousse, puisque le temps est là pour tout user...

À demain, pour la suite !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 4ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)  4ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le gel a disparu, sa blancheur tout entière est montée en tournoyant vers le ciel en une longue volute argentée. Anna reste seule et regarde l'aube rosée se poser sur toute chose. Le gel a laissé derrière lui un givre très fin, qui scintille, neuf, dans cette lumière neuve. Anna est charmée par cette vision, bien sûr le gel est reparti, mais elle se sent riche, infiniment, de l'avoir rencontré.

On entend au loin des crissements de sabots dans la neige gelée, Vladimir sur sa cariole vient voir ce que devient sa fille. Il est frappé par la beauté du paysage, il n'a jamais vu givre plus beau que celui-là. Le voilà devant le chêne, Anna est assise, enrobée d'un manteau de fourrure blanche, d'un châle de laine mousseuse, immaculée, et d'un turban de plumes de cygne. Elle est souriante, elle a les joues roses, elle semble n'avoir pas souffert du froid. Quel étonnement et quelle joie pour Vladimir. Il n'avait jamais remarqué que sa fille était si belle. On charge le coffre, comme il est lourd soudain, on s'assied et hop, on avance au milieu de cet incroyable paysage.

Macha est de mauvaise humeur, elle bourre le poêle, nerveuse, Vladimir avait-il vraiment besoin de rechercher Anna ? Et voilà qu'elle l'entends arriver, par la fenêtre elle peut voir qu'Anna est avec lui. Elle frappe violemment le mur avec un morceau de bois, qui éclate dans la cuisine. Vladimir et Anna rentrent dans l'isba. Le père pose le coffre sur le sol. Du couvercle émane une étrange lumière bleutée. Macha ouvre le coffre, découvre les présents du gel, avance sa main avide et les empoigne, mais ses mains gèlent et tombent sur le sol.
Anna quittera la maison de Vladimir et de Macha. Elle s'en ira sur les chemins du monde, visitera le royaume de cuivre, le royaume d'argent et le royaume d'or, ces royaumes qui se dévoilent à ceux qui ont la merveilleuse simplicité de voir les esprits de la nature et leur grâce évanescente...

 

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