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L'ONDINE DE MORIMONT - 3ème partie

Publié le par Patricia

3ème partie

gravure collection personnelle

Quelques années plus tard le château fut pris et brûlé. Tous y périrent sauf la petite Mathilde qui réussit à s’enfuir, emportant sa chère pomme dans un foulard noué. Elle devint servante dans un autre château et la pomme soigneusement rangée dans ses rares affaires était ridée et si rapetissée que la croire magique devenait impossible. Et Mathilde avec le temps se disait que l’ondine était peut-être, sûrement, une illusion d’enfant. On pense souvent les choses ainsi. Une fois son travail terminé, elle montait à une échelle et filait au grenier où était sa paillasse. La pomme était cachée dessous, à peine grosse encore comme une noix et presque sans couleur. Mais celui qui se fie aux apparences est un vrai sot.

Un jeune chevalier de ce château, désirant se marier, annonça une grande fête, invita les jeunes filles. Mathilde se prit à rêver. Ce chevalier, elle l’avait tant de fois remarqué, mais comment aller à ce bal en haillons de servante ? Ce soir-là au grenier l’ondine lui revint en mémoire, sa voix, sa robe, la pomme. La pomme… elle la sortit de dessous sa paillasse, la trouva terriblement réduite, la prit pourtant dans ses mains et avec un grand respect elle chuchota : « Je voudrais une robe juste faite pour moi… ! » Aussitôt sur le matelas de paille apparut une robe aussi incroyable que l’avait été la robe de l’ondine dont Mathilde se souvenait fort bien. Frappant des mains, sautant de joie, la jeune fille l’enfila… eh bien c’était du sur-mesure, comme ni vous ni moi n’en avons jamais vu ! Du voile vert lichen, des perles végétales, du lin fin et mat, des boutons de cristal, des petits plis rangés comme aux fraises royales, des soies douces et moirées, une beauté, un régal, je ne saurais tout dire… Elle fit son effet et c’est peu dire. Chacun dans son geste s’arrêta net, le chevalier surpris, ravi, ébloui, se dit : « C’est elle ! » Et c’était bien le cas.

Ils dansèrent en silence. Autour d’eux les bouches se taisaient, même les pieds frôlaient à peine le parquet, l’émotion était grande.

A minuit on entendit une horloge tinter, le silence creva comme une bulle de savon : la belle avait disparu. Le chevalier en fut si désolé qu’il annonça une deuxième fête pour le lendemain. Peut-être viendrait-elle, cette femme rêvée dont il ne savait rien.

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

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L'ONDINE DE MORIMONT - 2ème partie

Publié le par Patricia

2ème partie

Mathilde nomma sa chère fille comme elle-même. A quelques temps de là un messager arriva au château et qui portait des nouvelles du chevalier : il se mourait là-bas, sur le champ de bataille, mortellement blessé. Sa dame foudroyée, tomba morte aussitôt.

Pourtant Peter ne mourut pas cette fois-là. On frôle parfois la mort sans la suivre. « Ce n’était pas son heure » dit-on alors, de celui qui revient. Peter revint, fit la connaissance de son enfant, petite orpheline blonde que les nourrices entouraient de leur mieux et il fit la connaissance aussi de la poignante solitude du deuil.

Quant à la pomme, elle était dans un coffre, perdue au milieu des affaires de l’épouse morte. Le fruit était un peu moins luisant, un peu moins ferme, mais il n’avait rien perdu de sa magie…

Il n’est peine qui ne s’émousse. L’abstinence cependant rend les hommes naïfs et le retour des plaisirs fait perdre la jugeote. La nouvelle épouse de Peter était bien faite, bien mise, bien enjouée mais antipathique et très jalouse. Elle brûla toutes les affaires de l’ancienne épouse et, trouvant la pomme, elle haussa les épaules et la jeta dans la cour du château. La petite qui y jouait la ramassa et se mit à la lancer comme une balle. Mais la pomme roula et tomba dans la source. Aussitôt l’ondine y apparut, souriante et douce, et joliment vêtue. L’enfant était ravie de voir cette belle dame et de lui entendre une voix de maman.
« Reprends ta pomme, mon enfant et surtout garde-la bien. Je suis ta marraine. Un jour ce fruit exaucera trois vœux pour toi, n’oublie pas ! » Puis elle disparut dans l’eau sans faire le moindre bruit comme font les rêves qui s’éteignent.

La petite cacha le fruit comme un trésor secret et ne parla à personne ni de la dame ni des souhaits. Il y a une sagesse de l’enfance.

À DEMAIN

la gaillarde conteuse...

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L'ONDINE DE MORIMONT - 1ère partie

Publié le par Patricia

Encore un conte de mon Alsace natale

Partie 1

La belle Mathilde avait le cœur tout chargé de tristesse. Son chevalier Peter guerroyait au lointain alors que son ventre était rond d’un enfant à venir. Elle allait chaque jour s’asseoir près d’une source qui courait sur leurs terres à l’ombre des noisetiers. Son eau était si pure et si argentée, qu’elle semblait communiquer sa paix tranquille à qui s’arrêtait là.

Un jour, en arrivant, Mathilde y trouva une dame très douce et souriante. Elle était toute vêtue de dentelles vertes et blanches qui rappelaient vraiment les lichens, les feuilles, les écumes mousseuses des cascades et les givres pointus des forêts d’hiver. Mathilde trouva la femme très belle et surtout étonnante. Et de fait elle l’était. « Je suis l’ondine, gardienne de la source, fais-moi marraine de la fille que tu portes » Puis elle fila dans l’eau comme par une porte, dans sa robe tissée de lichens et de mousses.

Mathilde rentra au château, éblouie par cette somptueuse visite et bien décidée à dédier sa fille à l’ondine. Elle accoucha bientôt, souffrit peu, l’enfant était une fille bien rose avec des yeux bleus. L’accoucheuse, qui n’avait jamais si vite travaillé, se retira, surprise. Une servante posa la petite au berceau, toute habillée de lin fin et bien blanc. Plus tard, dans la pénombre brune de la chambre, la mère, les yeux fermés, écoutait le souffle court et régulier de son enfant. Soudain une main prit la sienne. C’était l’ondine, avec ce même sourire, cette douceur, cette même robe aussi. Elle regarda la petite et posa un présent. C’était une pomme.
« Tu lui donneras cette pomme quand elle sera grande et sache qu’elle comblera trois de ses vœux. »

À DEMAIN

la gaillarde conteuse...

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Poule rouge et le loup - 2ème partie - FIN

Publié le par Patricia

Elle y pond trois œufs. Ouf, ça fait du bien, la chose pressait !
Pendant cet accouchement, le loup qui de loin les avait suivies, arrive chez la truie. Par quelques politesses chuchotées, il essaie d’inviter la belle à un bal, à un thé, à quelque chose qui la ferait sortir de sa maison de branches. Mais rien ne l’intéresse, elle se repose et comme le loup menace d’entrer, elle rit.  Il entre pourtant, trois piquants de prunelles n’ont jamais retenu un loup et la pauvre gorette, vivement dévorée, lui tient l’estomac heureux plusieurs jours…

Après quoi, un matin, il frappe doucement à la porte de la cabane où la chèvre déguste un pot de sel. La blanche fait la sourde. Ce sel est délicieux. Il insiste, elle persiste. Le loup se jette contre la porte. Fragile, cette porte.

La jeune viande de chèvre un peu salée vaut le détour. Notre loup est content, il digère dans une clairière ce beau festin de roi.

Pendant ce temps, ignorant tout de ces carnages, notre poule échange ses œufs contre une pelote d’épingles et deux trois planches de bois puis elle fait à son logis une porte finement hérissée que nul n’oserait forcer, à moins d’être un peu fou !

Le loup a gardé la poule pour un reste de faim. Cette proie est bien petite, mais on dit que sa chair est tendre, savoureuse et bien grasse. Un dessert pour lui je crois.
Houla, les piquants des épingles sont plus méchants que ceux des prunelliers ! Sa pauvre patte ensanglantée  tremble. Ce n’est pas grave, il va souffler sur la maison, il a le poumon sain et vigoureux.
Mais cette porte hérissée est épaisse comme celle d’un pont-levis ! Alors il tourne autour du chêne et cherche une autre entrée, mais il n’y a rien qu’un trou de cheminée dont sort une fumée blanche. « Et si je m’essayais dans ce trou ? Oh, il a juste ma taille… » dit le gourmand en léchant ses babines. Il se laisse glisser les bras en l’air et arrive le derrière dans une cocotte où bout une eau garnie de thym et de laurier...
Il n’y reste pas longtemps, l’horreur donne des ailes même aux loups et celui-ci s’envole par cette même cheminée. Il court, court, dans les bois, il se passera de dessert.

La poule je crois est encore dans le gros chêne. Le soir, quand notre lune monte, elle entrouvre sa porte et la chouette s’y glisse. Elles devisent longuement des choses de la vie, des bêtes et des gens.

Pendant ce temps notre loup ronfle,
le derrière chauve, mais vivant.
Il rêve de festins, de ripailles,
pendant que la nature, maille par maille,
Tricote
les feuilles neuves du printemps

À DEMAIN !

la gaillarde conteuse...

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