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Le Chevalier Dormant - Partie 5

Publié le par Patricia

Partie 5


Gravure collection personnelle

Une fête joyeuse fut organisée pour lui : des vins incomparables tombaient d’eux-mêmes dans des coupes d’or, des mets raffinés apparaissaient partout, comme surgis d’un Eden et des musiques rares coulaient comme une eau tiède dans les corridors extasiés de l’oreille. Même le grand Ulysse, pour se garder de telles créatures, s’était fait attacher au mât de son bateau !

Mais Wolfdietrich, lui, était naturellement enchaîné par sa mortelle indifférence et son cœur, qui avait toujours été muet, le demeura et rien ne semblait pouvoir le fendre ou le toucher. Tous ces prodiges le laissèrent froid. À quoi bon une si belle force sans cette exquise faiblesse du cœur ?

Quand la norne revint, elle admira ce preux qui avait réussi à se garder de cette brillante poignée d’ensorceleuses. Il n’était pas commun, vous en conviendrez… Elle lui fit don alors d’un vêtement, un travail des nixes*, dans un tissu souple et ondoyant d’une transparence cristalline et qui paraissait tressé des fils argentés d’une eau étincelante. L’habit devait préserver son corps de toute blessure, car une lourde besogne à présent l’attendait…

Un dragon reposait au cœur de la montagne et aucun héros, jusque là, n’avait pu l’anéantir. Une couronne d’or attendait le vainqueur, qui pourrait alors y contempler son image accomplie. Wolfdietrich posa sa main sur la dague qu’il portait au côté. Depuis longtemps sa force ne servait plus vraiment et l’idée d’un combat lui plaisait...

* Nymphes et génies des eaux dans les mythologies nordiques et germaniques

À DEMAIN…

la gaillarde conteuse

 

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Le Chevalier Dormant - Partie 4

Publié le par Patricia Gaillard

Partie 4

Partie 4

Le charbonnier et sa femme, bien que déroutés par son étrange nature, élevèrent Wolfdietrich avec beaucoup d’amour et de patience. L’enfant possédait une force colossale, travailler comme son père était pour lui un jeu. Si cette vigueur rare était une vraie richesse, elle cachait en dessous une âme desséchée où aucune émotion ne pouvait se loger. Cette curieuse indifférence lui ôtait le goût de tout.
Pour partir en quête de son cœur véritable, Wolfdietrich quitta ses parents charbonniers, la forêt de l’enfance et tous ses souvenirs. Il partit vers le nord, marchant des jours, des semaines, des mois…
Un soir qu’il s’endormait, couché à même le sol dans un pays lointain inconnu de lui, une norne *, se penchant sur lui, l’invita à la suivre. Il arrivèrent devant un puits, où deux compagnes de la fée l’attendaient en filant un fil très fin et nacré qui se tissait tout seul, formant une tapisserie où se dessinaient les destinées des êtres. Parfois elles s’arrêtaient, puisaient de l’eau du puits et arrosaient avec beaucoup de soin l’arbre du monde qui se trouvait là, qu’elle appelaient Yggdrasil. Puis elles reprenaient leur travail d’infatigables fileuses.
La norne prit la main de Wolfdietrich, le mena dans un palais de pierres roses ciselées, troué de lucarnes aux vitres mordorées, qui donnaient une lumière chaude et dans lesquelles le vent produisait une musique céleste. Puis elle le laissa seul au beau milieu de cet endroit où se mêlaient, dans la plus grande perfection, les sons, les couleurs et le plus exquis bien-être. Une douzaine de jeunes filles, légèrement vêtues, arrivèrent en courant, pour servir Wolfdietrich et exaucer le moindre de ses vœux. Elles étaient sœurs de ces envoûtantes sirènes, qui par leurs chants suaves saisissent l’âme des hommes.
Une fête joyeuse fut organisée pour lui…

À DEMAIN…

La gaillarde conteuse


* Fée des pays nordiques apparentée aux parques et aux moires greco-romaines, fileuses de destinées
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Le Chevalier Dormant - Partie 3

Publié le par Patricia

Partie 3

illustration collection personnelle
Un jour qu’il chassait sur ses terres car il était maintenant le seigneur tout neuf de ce château, Hugdietrich aperçut au détour d’un sentier un jeune humain qui jouait avec des loups. Il avait leurs manières et portait au cou une chaînette d’or fin que Hugdietrich reconnut. Il empoigna ce fils retrouvé et le ramena au château vers la belle Hildegonde qui pleura de bonheur. Pour rassembler dans son nom ses deux familles on appela cet enfant Wolfdietrich. Mais le petit avait été élevé par des bêtes sauvages, ses façons libres lui attirèrent le mépris de beaucoup. Même son père, pour finir, l’évitait.
Un jour Hugdietrich demanda à son meilleur chasseur d’emmener ce « loup » au fond de la forêt pour le tuer. Le chasseur, terrifié par la tâche, prit l’enfant par la main. Il s’enfoncèrent tous les deux dans les bois, que le petit retrouva avec ravissement, comme une ancienne demeure. Ils marchèrent longtemps en silence, mais jamais le chasseur ne trouva le courage de tuer cette proie innocente et fragile. C'est alors qu' ils rencontrèrent un brave charbonnier. Le chasseur lui confia l’enfant et donna à l’homme quelques pièces d'or qu'il tira d'une bourse à sa ceinture. Le charbonnier accepta l’un et l’autre comme des dons du ciel, car il était bien pauvre et venait de perdre son unique garçon…

 

À DEMAIN…

 

La gaillarde conteuse

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Le Chevalier Dormant - Partie 2

Publié le par Patricia Gaillard

Partie 2

illustration collection personnelle

Car il arriva, celui qui pouvait ce que ne pouvait aucun autre.
Nul ne pourra vous dire comment il y parvint. Les prodiges, les vrais, conservent leur secret. Il arriva de nuit devant la tour gardée par des chiens enchaînés que la faim rendait vils et des archers nombreux aux flèches assassines à qui rien n’échappait. Malgré tout il monta là et gravit une à une les pierres glissantes, pour parvenir enfin à l’unique fenestron de la taille d’un grand livre. Un coup de doigt pointu sur le vitrail et la belle Hildegonde, enivrée, le recevait chez elle. Il s’appelait Hugdietrich. Elle lui donna son cœur et bien des choses en prime et cette prison froide et austère devint en quelques heures le lieu tiède et doux des plaisirs de l’amour.
Il ne faut jamais cesser d’attendre…
Cette flamme enfermée dura toute une année sans perdre sa chaleur. C’est le temps des amants où rien ne peut compter qui ne soit pas l’amour. Un enfant arriva et plongea Hildegonde dans une angoisse folle : les pleurs du bébé n’allaient pas pouvoir rester cachés longtemps et son terrible père, forcément, saurait tout.
Vers la fin d’une douce nuit de lune, alors que son chevalier dormait, Hildegonde glissa, au bout d’un drap de lin, son doux enfantelet jusqu’au fossé. Les larmes du nouveau-né, sans aucun doute, sauraient toucher quelque femme du village qui aurait pitié. Mais ce fut une louve qui, passant par là, emporta le garçonnet. Elle le nourrit et l’éleva comme les siens. Les bêtes partagent sans haine.
Emporté par une vilaine blessure de tournoi, le père de Hildegonde et sa sombre nature quittèrent enfin ce monde. Cette mort libéra d’un coup l’amour des deux amants. Un autre enfant leur vint, mais comment oublier celui qu’au fossé ils avaient délaissé ? Était-il seulement vivant, devenu avec bonheur l’enfant d’une soubrette ou bien de paysans ?

À DEMAIN…

La gaillarde conteuse           

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