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LE CYGNE (Alsace) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

LE CYGNE  (Alsace) 1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Ce matin, joie, un beau givre recouvre tout !
Souvenez-vous du turban qui auréolait la tête d’Anna, ce turban en plumes de cygne. Ce cygne me rappelle soudain une histoire de mon Alsace natale. Et puis une de mes amies arrive à la saison de sacrifice de ses chers canards… c’est toujours difficile de devoir tuer nos bêtes.
En lisant ce conte, rejoignons-la un peu…

LE CYGNE  (Alsace)  1ère partie

Au village de Diemeringen, dans la vallée de l’Eichel, en Alsace bossue, vivait un chevalier. Il était pétri de vertus, mais il avait, de plus, des dons de magicien, d’herboriste, de voyant et d’astrologue. Il savait manipuler les herbes rares, connaissait le parcours des astres et leurs conversations secrètes avec les êtres et il était bien capable de faire pondre des œufs à un chat ou des sous à un âne. De toutes ces sciences admirables il n’en mettait aucune au service de pratiques noires. C’était un homme bon et juste, estimé de tous et chacun à son art pouvait venir soulager ses soucis.
Un jour, qu’il était penché sur la transparence du destin, il y lut le signe de son propre trépas. Avalant la sentence avec sagesse, il annonça cette fatalité à son épouse. Elle eut beau pleurer, supplier, il savait bien que rien n’y ferait. Nul ne peut retenir le fil qui doit se rompre. Cet homme était cependant moins désorienté par cette nouvelle, que nous ne saurions l’être… Il annonça à son épouse :
- « Trois jours après mon trépas, un cygne blanc viendra vers vous. Prenez grand soin de lui, gardez-le près de vous et rien, jamais, ne vous manquera. »
À quelques heures de là, la mort vint le trouver et lui coupa le souffle pour l’emmener en ce lieu que nous connaitrons tous.

La veuve veilla trois jours près de l' époux, pleurant et priant, même la nuit. Tous ceux qu’il avait soulagé de leurs maux défilèrent lentement devant sa dépouille, étonnés qu’un guérisseur tel que lui n’ait pas su échapper aux lois communes du destin.
Au soir du troisième jour, la dame se retrouva seule, éplorée sous ses voiles noirs, quand un grand cygne blanc entra par une ouverture, ses larges ailes fouettant l’air. Il se posa aux pieds de la dame, fourra sa belle tête au creux de son aile et ne bougea plus. La compagnie silencieuse de l'animal devint un véritable baume et chaque jour la dame perdait un peu de sa tristesse. Il n'est peine qui ne s'émousse, puisque le temps est là pour tout user...

À demain, pour la suite !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 4ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)  4ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le gel a disparu, sa blancheur tout entière est montée en tournoyant vers le ciel en une longue volute argentée. Anna reste seule et regarde l'aube rosée se poser sur toute chose. Le gel a laissé derrière lui un givre très fin, qui scintille, neuf, dans cette lumière neuve. Anna est charmée par cette vision, bien sûr le gel est reparti, mais elle se sent riche, infiniment, de l'avoir rencontré.

On entend au loin des crissements de sabots dans la neige gelée, Vladimir sur sa cariole vient voir ce que devient sa fille. Il est frappé par la beauté du paysage, il n'a jamais vu givre plus beau que celui-là. Le voilà devant le chêne, Anna est assise, enrobée d'un manteau de fourrure blanche, d'un châle de laine mousseuse, immaculée, et d'un turban de plumes de cygne. Elle est souriante, elle a les joues roses, elle semble n'avoir pas souffert du froid. Quel étonnement et quelle joie pour Vladimir. Il n'avait jamais remarqué que sa fille était si belle. On charge le coffre, comme il est lourd soudain, on s'assied et hop, on avance au milieu de cet incroyable paysage.

Macha est de mauvaise humeur, elle bourre le poêle, nerveuse, Vladimir avait-il vraiment besoin de rechercher Anna ? Et voilà qu'elle l'entends arriver, par la fenêtre elle peut voir qu'Anna est avec lui. Elle frappe violemment le mur avec un morceau de bois, qui éclate dans la cuisine. Vladimir et Anna rentrent dans l'isba. Le père pose le coffre sur le sol. Du couvercle émane une étrange lumière bleutée. Macha ouvre le coffre, découvre les présents du gel, avance sa main avide et les empoigne, mais ses mains gèlent et tombent sur le sol.
Anna quittera la maison de Vladimir et de Macha. Elle s'en ira sur les chemins du monde, visitera le royaume de cuivre, le royaume d'argent et le royaume d'or, ces royaumes qui se dévoilent à ceux qui ont la merveilleuse simplicité de voir les esprits de la nature et leur grâce évanescente...

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 3ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)   3ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Quelle apparition ! L'homme descend de cheval, se penche vers Anna, lui demande ce qu'elle fait là, de nuit, dans ces bois.
-"J'attends, dit-elle, j'attends que le gel vienne me chercher.
- Je suis le gel, Anna."
Il fait de petits gestes vifs avec ses doigts blancs et voilà qu'apparait un manteau de fourrure blanche, puis un châle de laine mousseuse immaculée, puis un turban de plumes de cygne qui enrobent Anna de leur douceur. Puis le gel lui prend la main, l'emmène jusqu'à un étang gelé, tout près, où ils se mettent à danser, virevolter, deux êtres argentés sous la lune... Anna a le vertige, elle peine à croire à cet homme, qui est là, et qui n'a rien d'un homme. C'est un rêve sûrement et elle a si chaud ! Puis ils reviennent près du chêne. Le gel ouvre le coffre, il est vide soudain. Mais voilà que les doigts du gel tissent et brodent des robes de soie, de taffetas, de laine douce, des chaussures translucides, et tout cela d'un blanc si pur, des bijoux d'argent, parsemés de petits diamants et de perles fines. Tout rentre dans le coffre, tout y trouve sa place !
Puis le gel s'assied près d'Anna...
-"Je suis un esprit de la nature, de ne suis pas un homme, ni un roi, je ne suis que le gel, libre et solitaire. Je ne puis t'emmener avec moi, Anna, je suis le gel, je suis l'esprit du gel..."
Il disparait...

La suite demain !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 2ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)
2ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Je vous disais hier que la petite Anna se console de l'aigreur de sa marâtre, en s'en allant dans la forêt, rejoindre le gel, qu'elle aime.

Macha aimerait se débarrasser de sa belle-fille et elle finit par avoir une idée. Un jour, elle se presse contre son mari et lui murmure, doucereuse... "Ta fille aime tant le gel, il faut la contenter. Prépare ta carriole et ton cheval et emmène-la dans la clairière du chêne. Je suis sûre qu'il viendra l'y trouver. Et elle sera heureuse."

Dans leurs jeux de lits tout neufs, Vladimir devient un peu bêta, au point de trouver bonne cette idée de Macha. Il va trouver Anna et lui dit... "Ma fille habille-toi, prépare un coffre avec tes affaires, je t'emmène." La petite ne dit rien. Les enfants savent ne rien dire. Elle met son large tablier blanc brodé de fleurs, son manteau de laine rousse, son grand châle et ses bottes rouges. Puis elle ouvre son coffre et y range ses quelques affaires. Vladimir l'attend, sur la carriole. Et on s'en va sur le chemin neigeux jusqu'à la clairière du chêne. Les sabots du cheval crissent dans la neige, la bête glisse même parfois un peu vers le côté, mais se rattrape, l'habitude...

Arrivés près du chêne, Vladimir laisse sa fille avec son coffre et s'en retourne à l'isba. C'est la fin de l'après-midi, la nuit commence à tomber.

Le chêne, comme tous ses frères, a gardé des paquets de feuilles sèches, accrochés à ses branches et ainsi une belle plaque de mousse bien verte, à son pied, est restée miraculeusement sèche et douce. Anna s'y installe et pose son coffre près d'elle. Avec la nuit le froid se fait plus intense, elle entend craquer le bois des arbres derrière elle, quelques oiseaux nocturnes traversent le ciel et poussent leurs cris perçants. Anna resserre son châle autour d'elle. La lune se dessine de plus en plus, elle est si nette et si claire que toute la clairière en est nimbée de lueurs blanches qui font avec la neige un ballet lumineux. Et voilà que son châle, son manteau, le tronc du chêne, la mousse, se recouvrent peu à peu d'une  couche de givre irisé, d'une rare beauté. Anna est si prise dans la vision de ce travail d'orfèvre qui se brode sous ses yeux, qu'elle ne sent pas même le froid qui transperce tout.
Soudain, de l'un des quatre chemins qui aboutissent à la clairière, arrive un cheval blanc, conduit par un homme qui porte couronne blanche et manteau blanc. Il s'arrête devant Anna, qui frotte ses yeux, éblouie par la blancheur surnaturelle du cavalier...

À demain pour la suite...

 

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