Le vent est frais, il fait cinq degrés le matin, sous sa triste housse de plastique notre table de jardin n’a pas accueilli nos repas depuis maintenant longtemps, il faut s’y faire, nous approchons plus de l’hiver que de l’été ! Mais au lieu de regretter ce qui n’est plus, considérons le charme de ce qui est... la chaleur délicieuse de nos demeures, la soupe de potiron aux châtaignes, la tarte de pommes fondantes parfumées de cannelle, la tisane d’automne, les physalis lumineux près de la fenêtre, le groupe de cyclamens sous un arbuste - droits comme des soldats mais rosés comme des fées - notre courgette Marinette qui troquerait volontiers ses lunettes de soleil et son chapeau contre une couverture de laine et un bonnet, la pauvre ne savait pas que le froid existait ! Eh bien la voilà renseignée. Du coup elle semble bougonne. Ses congénères les tomates, dans les serres, sont un peu protégées, la preuve en est qu’elles mûrissent encore, même si elles sont un peu moins savoureuses, nous les apprécions cependant car n’oubliez pas qu’une fois celles-ci passées, nous passons neuf mois sans la moindre tomate ! Pas question d’infidélité...
Il faudra songer à placer les deux citronniers sous une serre. Cet arbuste supporte jusqu’à -5 degrés, mais plus bas le risque est grand. Et bien que les serres ne soient pas chauffées, la température n’y descend pas trop bas, car le moindre rayon de soleil y dispense sa chaleur.
Au petit domaine, on tâche de respecter les besoins de chacun
Tous les jardiniers sèment des radis roses au printemps, ils sont véritablement incontournables. Mais savez-vous que ces mêmes petits radis semés au début de Septembre et que nous mangeons dès le début du mois d’Octobre sont tout aussi délicieux ? Très doux, juteux, croquants, accompagnés d’un vrai pain et d’un bon beurre, c’est un grand plaisir. Et voyez leur si jolie couleur ! S’il leur arrive de devenir un peu trop gros - car nous ne consommons pas forcément très vite toute la ligne semée - je les râpe finement, avec de l’huile de noix, du vinaigre de cidre, du sel, du poivre et une lichette de crème, le tout parsemé de persil haché.
J’ai un faible pour une plante particulière, inattendue, qui pousse discrètement pendant l’été, avec des tiges d’une cinquantaine de centimètres et des feuilles d’un vert mat, très tendre. La plante arbore au mois de mai des fleurettes blanc-crème, discrètes, à la suite desquelles se forment peu à peu des baies et autour d’elles des enveloppes qui ressemblent à des petits lampions pointus de papier japonais. Ceux-ci sont d’abord verts et petits, puis ils grandissent et deviennent peu à peu orange bien vif. Cette plante, c’est l’Alkékenge. Celui-ci est souvent surnommé Physalis, Coqueret, Amour en cage ou Lanterne japonaise qui sont ses noms populaires. J’aime bien les noms populaires des plantes, car ils sont imagés. Je vous parlerai un de ces jours de ces noms-là.
L’Alkékenge est une plante un peu magique qui s’assortit merveilleusement aux fruits et aux légumes d’automne. Le plus souvent j’en cueille les petites lanternes début octobre et les place dans un joli récipient sur le bord d’une fenêtre de la cuisine où elles restent très belles jusqu’à l’été suivant. Si on les laisse dehors, sur leur pied, le fruit mûrit au cœur de la lanterne et celle-ci perd lentement sa consistance jusqu’à n’avoir plus que ses nervures, fines et découpées comme une vraie dentelle à travers laquelle on peut aisément apercevoir la baie enclose. Dans ce cas aussi ce petit lampion reste très esthétique. On peut manger la baie rouge à l’intérieur, mais il faut savoir qu’elle ne se distingue en rien, ni par la saveur, ni par la douceur. Vous avez sûrement eu l’occasion de voir, en restaurant par exemple, une de ces baies qui décore un plat. Il s’agit alors de la variété Coqueret du Pérou qui est cultivé pour sa grosse baie orange foncé, un peu beige, moins jolie par la couleur, mais moins acide que l’Alkékenge classique.
Dans le petit domaine l’Alkékenge ne figure pas pour ses baies, mais pour la vertu décorative de ses jolies lanternes orange.
Est-ce parce que les verts de la nature lentement s’éteignent
que l’automne nous offre des lumières qui s’étreignent ?
Ainsi suivez-moi chaque jour dans mes proses
Et dans ce très doux jardin qui repose
De tout ce qui vous semble morose
Et sur vous tous je pose
Un baiser
Léger
la gaillarde conteuse
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