Cet été trop chaud a desséché toutes les herbes qui longent les chemins. Les blés sont si secs qu'ils sont blancs et les fleurs des prés ont presque toutes disparu. Celles de ce bouquet ont gardé leur teint frais et leur teinte douce, bienvenues pour ce Dimanche gris, si reposant après ces lourdes chaleurs. Savourez cette douce température, car elle sera suivie, je crois, d'une autre canicule. Faites des provisions de fraicheur !
Ne rêvez-vous pas parfois d'un temps où l'on mettrait en boîte la fraicheur de l'hiver pour l'été et la chaleur de l'été pour l'hiver. Peut-être un jour ? Rêvons, rêvons, c'est une si belle chose !
Quand j'ai croisé cette image, elle a réveillé en moi ce curieux conte de la Barbe Bleue, écrit par Charles Perrault et dont on suppose qu'il lui a été inspiré par le terrible Gilles de Rais.
Pour ma part je ne le crois pas, je pense qu'il est né de l'inspiration de l'auteur, qui n'a pas eu de mal à trouver autour de lui, voire en lui, quelques exemples de cette fumeuse histoire... !
je récapitule :
Un homme riche, aimant le luxe et les femmes, a un fantasme : une femme qui l'aimerait, envers et contre tout, même devant cette barbe bleue, inquiétante, même en étant soumise, même en se tenant éloignée de ses secrets inavouables d'homme pervers, même en étant coupée de sa famille, même en n'ayant pas le droit de visiter toutes les pièces de leur demeure... et pour cause...
Une femme éteinte en quelque sorte, une femme dont l'âme serait morte, dans un corps encore vivant.
D'ailleurs il la prévient, si l'âme se réveille, c'est le corps qu'il tuera ! Ce qu'il a déjà fait sept fois, avec d'autres.
Une femme qui serait "l'objet" de l'homme. N'était-ce pas peut-être même un fantasme de Perrault lui-même ? Il l'a déjà montré dans Griselidis, femme élevée au rang d'amour sacré car elle accepte tout, absolument tout, même la mort de son enfant, en sacrifice à celui qu'elle aime.
Une telle femme existe-t-elle ? Peut-on souhaiter qu'elle existe ?
Plutôt que dans l'amour, ne sommes-nous pas ici dans la possession fantasmatique de l'autre ?
Lui la possède car il arrive à obtenir l'inacceptable, elle le possède car elle lui offre l'inacceptable. Étrange. Brulant. Infernal, peut-être...
S'agit-il encore, là, d'amour ?
Barbe Bleue n'est pas une histoire d'amour, ce n'est pas un conte merveilleux, c'est le récit d'un fantasme de possession. Voilà pourquoi, de le voir ainsi au milieu de ces récits que l'on nomme les contes, on se pose soudain mille questions.
Des réponses ?
Personnellement j'ai la mienne...
Pas de dimanche sans bouquet, foi de conteuse !
Me voici donc en compagnie d'une belle poignée de coreopsis, jolie fleur fidèle et florifère, présente de Juin à Septembre et d'un jaune éclatant. Cette variété en tout cas est jaune, mais il en existe 450 ! Sacré choix.
Son nom vient des mots grecs κόρη, jeune fille, et ὄψ, œil.
Petit Dimanche très chaud, passé dans la bonne fraîcheur de l'ombre, avec bonheur...
Dans mes pérégrinations, je croise souvent des objets de contes. Il faut dire aussi que je garde l'oeil ouvert, convaincue que dans les plus petites choses dorment des symboles qui ne demandent qu'à être réveillés. Je m'y amuse...
Au château de Cormatin, que j'adore, et où je suis allée déjà très souvent, j'ai vu un jour les chaises des nains de Blanche-Neige, exactement ! D'ailleurs vous n'avez qu'à voir...
Ne dirait-on pas deux vieux esprits de la forêt, l'un au-dessus de l'autre ? Celui du dessus a le sourcil froncé et sa grande bouche est ouverte, peut-être chante-t-il ? Celui du dessous est barbu, il a les yeux clos et la bouche au-dessus de lui forme une couronne qui lui va bien. Il a vraiment l'aspect d'un roi.
Celui qui a fait cette chaise avait de l'imagination et était inspiré.
Mais voyons celle-ci :
Là encore, dans le milieu, un visage, menaçant cette fois, dont on peut voir la langue en bas. Sa gorge est un trou qui ouvre sur le monde infini. Mais au-dessus ? Un ange joufflu et un peu mélancolique. On dirait la religion sur le dos du paganisme. Enfin c'est ainsi que je vois cela. Vous me direz ce que vous en pensez. Le paganisme j'aime bien, craindre et respecter la nature me semble une bonne voie à nos folies. Non ?
Celui qui a fait cette chaise voyait cela comment ?
À bientôt... au hasard de mes rencontres... symboliques...