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Poule rouge et le loup - 2ème partie - FIN

Publié le par Patricia

Elle y pond trois œufs. Ouf, ça fait du bien, la chose pressait !
Pendant cet accouchement, le loup qui de loin les avait suivies, arrive chez la truie. Par quelques politesses chuchotées, il essaie d’inviter la belle à un bal, à un thé, à quelque chose qui la ferait sortir de sa maison de branches. Mais rien ne l’intéresse, elle se repose et comme le loup menace d’entrer, elle rit.  Il entre pourtant, trois piquants de prunelles n’ont jamais retenu un loup et la pauvre gorette, vivement dévorée, lui tient l’estomac heureux plusieurs jours…

Après quoi, un matin, il frappe doucement à la porte de la cabane où la chèvre déguste un pot de sel. La blanche fait la sourde. Ce sel est délicieux. Il insiste, elle persiste. Le loup se jette contre la porte. Fragile, cette porte.

La jeune viande de chèvre un peu salée vaut le détour. Notre loup est content, il digère dans une clairière ce beau festin de roi.

Pendant ce temps, ignorant tout de ces carnages, notre poule échange ses œufs contre une pelote d’épingles et deux trois planches de bois puis elle fait à son logis une porte finement hérissée que nul n’oserait forcer, à moins d’être un peu fou !

Le loup a gardé la poule pour un reste de faim. Cette proie est bien petite, mais on dit que sa chair est tendre, savoureuse et bien grasse. Un dessert pour lui je crois.
Houla, les piquants des épingles sont plus méchants que ceux des prunelliers ! Sa pauvre patte ensanglantée  tremble. Ce n’est pas grave, il va souffler sur la maison, il a le poumon sain et vigoureux.
Mais cette porte hérissée est épaisse comme celle d’un pont-levis ! Alors il tourne autour du chêne et cherche une autre entrée, mais il n’y a rien qu’un trou de cheminée dont sort une fumée blanche. « Et si je m’essayais dans ce trou ? Oh, il a juste ma taille… » dit le gourmand en léchant ses babines. Il se laisse glisser les bras en l’air et arrive le derrière dans une cocotte où bout une eau garnie de thym et de laurier...
Il n’y reste pas longtemps, l’horreur donne des ailes même aux loups et celui-ci s’envole par cette même cheminée. Il court, court, dans les bois, il se passera de dessert.

La poule je crois est encore dans le gros chêne. Le soir, quand notre lune monte, elle entrouvre sa porte et la chouette s’y glisse. Elles devisent longuement des choses de la vie, des bêtes et des gens.

Pendant ce temps notre loup ronfle,
le derrière chauve, mais vivant.
Il rêve de festins, de ripailles,
pendant que la nature, maille par maille,
Tricote
les feuilles neuves du printemps

À DEMAIN !

la gaillarde conteuse...

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Poule rouge et le loup - 1ère partie

Publié le par Patricia

Chers visiteurs, me revoici
j'ai pris quelques vacances dans des lieux étonnants
qui me laissent songeuse...
me voici pour une nouvelle histoire

Poule rouge et le loup
1ère partie

 

Une poule rouge surgit, affolée, du portillon ouvert entre le potager et la ferme. Ses yeux exorbités cherchent la chèvre et la truie pour qui elle a une terrible nouvelle.

« Oh, mes amies, voici la fin des douces nourritures, des siestes sous le pommier, des grains au creux des herbes. Le fermier et la fermière ce soir, cueillant les haricots, ont parlé de la foire où ils iront tantôt, vendre la rouge, la noire, la blanche… c’est nous !  Il faut faire quelque chose. Moi, la cocotte-cercueil, avec brin de thym et laurier, je refuse. Net. »

La chouette, dans le pommier, hulule gravement : « les bêtes de ferme finissent ainsi. »
La poulette répond : «Chèvre la blanche, gorette la noire, redevenons, sauvage, comme cette vieille chouette sage »

Poule rouge devant, en meneuse de troupe, sort de la ferme, fièrement, suivie de la truie noire au groin rosé et de la chèvre blanche. Elles sont décidées. Mais si à la ferme la foire est une menace, dans les grands bois cette menace est un loup. C’est la chouette qui le dit, pour prévenir le trio que rien pourtant ne décourage. Il faudra cependant trouver un abri, un pour chacune, car si leur amitié est vraie, leur vie n’est pas la même. Du tout...

La truie est grosse et un peu paresseuse. Elle voit bientôt quelques buissons de prunelliers qui forment ronde autour d’une terre moelleuse, un peu humide, presque boueuse… elle n’hésite pas un instant, d’autant qu’elle est déjà fatiguée : « Je reste là, cachée »

Les deux autres commères continuent leur chemin.
L’œil de la chèvre tombe sur une cabane en bois, un peu miteuse. Mais elle, grande et adroite, pense pouvoir réparer l’endroit et s’y installe avec plaisir...

Notre poule rouge s’enfonce au bois, inquiète. Elle a déjà croisé renard et la chouette dit que le loup est un peu son cousin. Prudence… prudence. Elle cherche longtemps un abri honorable quand elle voit dans un gros chêne une ouverture ronde qui donne sur un logis spacieux et confortable. Elle y pond trois œufs. Ouf, ça fait du bien, la chose pressait !

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

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Le loup, le renard et le roi - partie 2 - Fin

Publié le par Patricia

Partie 2 - Fin
 

C’était presque la nuit et la lune qui montait, ronde et argentée, donnait un éclairage étrange à ce grand corps souffrant, étendu là, misérablement.
« Tu viens bien tard », dit l’ours au renard, avec toute la rage qui lui était possible, tu négliges ton roi ! »
Le loup parut content de ce reproche, il jetait au renard un regard amusé. Renard le remarqua. Peu de choses lui échappent. Il dit alors au roi :
« Si je ne suis pas venu plus tôt,  c’est que je n’avais pas le temps. Et si je n’avais pas le temps, c’est que je parcourais tout le pays alentour, à consulter rebouteux et leveurs, sorcières et guérisseurs. Je cherchais un remède, un remède pour te guérir, te guérir à coup sûr… mon roi. »
Aucune nouvelle ce soir-là ne pouvait être plus grande.
« Renard, dis-moi, ce remède, quel est-il ? »
Le museau fin relevé et l’œil d’or pointé vers le loup, le renard souffla à l’ours :
« Revêtir la peau encore  chaude d’un loup mort… mon roi » 

L’ours empoigna le loup, le tua d’un coup de patte et sans attendre lui ôta sa peau.
C’est comme je vous le dis. Celui qui ne me croit pas, qu’il aille voir, l’écorché gît encore à l’ombre  des ronciers, dans cette forêt-là, quelque part, dans ce pays.

À BIENTÔT !

la gaillarde conteuse

 

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Le loup, le renard et le roi - partie 1

Publié le par Patricia

Le loup, le renard et le roi

partie 1
 


Au temps où les hommes avaient des dieux, les bêtes avaient des rois. Dans les forêts de nos régions, ce roi était un ours. Choisi pour sa force, sûrement, pour sa sagesse, peut-être, je ne sais. En tout cas, chaque animal sauvage pliait devant lui le genou. Même le loup.
Au jour dont je vous parle, l’ours, roi des forêts, était vraiment malade. C’est une chose qui arrive même aux rois.
Il était là, couché, sur un grand lit de feuilles, visité tout le jour par de nombreux sujets, abeilles, tourterelles, écureuils malicieux, hiboux, souris et hérissons du lieu et cent autres encore que je ne dirai pas, car vous les voyez bien…  Loup lui-même y allait, courant de taillis en taillis. Ours l’avait parfois aidé, contre les ruses de renard, et sauvé de justesse ! A ne pas oublier. Un loup n’est pas ingrat.
Il arriva bien vite, présenta ses hommages, tapota l’oreiller, chercha de l’eau de source, chanta même, m’a-t-on dit, de douces mélodies pour réduire le malaise. Mais rien ne soulageait. Il était encore là quand renard arriva….

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

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Jeanne la sotte - partie 2 - FIN

Publié le par Patricia

Jeanne la sotte
Partie 2 - Fin

 

Le paysan n’est pas content, vous l’imaginez bien. Pourtant il ne dit rien, il attend les trois jours.
Au soir du troisième jour, il dit à sa Jeanne :
" Viens, on va chercher la Grise."
Ils cherchent, ils cherchent, dans toute la contrée. Ils cherchent, ils cherchent, des jours, des jours, des jours… les voilà dans un endroit où la terre est remuée, un cheval est enterré, y’a même un bout de patte avec un sabot qui dépasse…
« Regarde, mon bonhomme, voilà not’ Grise qui commence à ressortir du paradis… !! »
Mais son mari l’attrape… « Viens, retournons au logis, quand on épouse une sotte, ça se paie ! »
Il est furieux. La pauvre Jeanne a bien peur. Elle court devant, arrive à la chaumière, ramasse le bâton et le brûle. Sur ce le paysan entre, il cherche le bâton, cherche, cherche, cherche, ne trouve pas, arrache la porte, court après sa femme, elle sort, elle fuit… dans la nuit… il la suit… ils entendent des bruits… Jeanne grimpe sur un arbre, son homme aussi, avec la porte. ( pour ne pas la perdre !)

C’est une bande de voleurs, ils s’installent sous l’arbre, avec une lanterne, ils comptent leur butin du jour, à la lueur de la chandelle, qui fait danser l’or et l’argent des pièces qui coulent dans leurs mains.
Le paysan se penche tellement pour mieux voir ce trésor, qu’il lâche la porte. Elle tombe sur les voleurs qui s’enfuient dans tous les sens comme des oiseaux de malheur.

Et les voici tous les deux, la paysan et sa Jeanne, seuls dans la nuit grise, ramassant tous ces sous, le tablier de Jeanne est plein. On ne cherche plus la grise, on n’en a plus besoin.
Le bâton est en cendres et comme ça il est bien.
En tout cas si vous êtes un peu benêt, un peu simplet, si vous croyez au paradis…
eh bien vous faites bien…

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

 

 

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Jeanne la sotte - partie 1

Publié le par Patricia

Jeanne la sotte
Partie 1

Ce paysan avait sa paysanne. Elle s’appelait Jeanne. Elle était gentille, douce, travailleuse, mignonnette, mais elle était  un peu… simplette. Un jour qu’elle se trouvait seule au logis, un vagabond, qui passait, supplia pour un bout de pain, car sa route était encore terriblement longue.
« Où vas-tu donc ? » questionna Jeanne.
- Je vais au paradis, répliqua ce compère, comme si c’était banal.
- Oh, mais ça tombe très bien, pourrais-tu porter ce gros pain à ma sœur et cette brassée d’habits, car depuis le temps qu’elle y est, elle doit manquer… !
- Je veux bien m’en charger. »

Jeanne fait un gros sac avec la fripe et le pain noir. Mais le sac est bien lourd. Comme il a compris à qui il a à faire, l’homme discute…
« C’est bien lourd, oh et puis la route est longue, et puis ça grimpe et puis ce soleil, et puis ce vent… Ce qu’il faudrait, c’est un cheval.
- Vous n’avez qu’à prendre la Grise, vous la ramènerez bien.
- Dans trois jours, c’est promis, qu’il répond, sans rougir… "
Il grimpe sur la jument, prend le sac devant lui et s’en va, content de son ouvrage.

Le paysan rentre un peu plus tard et ne voit pas la Grise. Où donc est la jument ? Il dit ça avec inquiétude, c’est leur seule richesse !
« Ne t’en fais pas, mon homme, elle est au paradis.
- Au paradis ?
- Elle sera revenue dans trois jours. »
- Dans trois jours ?? »
- Oui, figures-toi qu’un homme passait là, qui allait au paradis. Moi, pas bête, j’en ai profité pour lui confier des provisions pour ma sœur. Ce brave homme reviendra dans trois jours... »

À DEMAIN...

la gaillarde conteuse

 

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Le Chevalier Dormant - Partie 7 - FIN

Publié le par Patricia

Partie 7 - FIN

Notre guerrier était debout, magnifique, ébloui et tout couronné d’or. Les nixes s’extirpèrent en ballet gracieux du cristal des eaux et portèrent ce vainqueur redoutable tout enrobé encore de sa cuirasse de sang vermeil séché. Elles le déposèrent ici, sur la terre d’Alsace, la terre de ses trois mères. Il avait perdu derrière lui les nornes, les fées, le puits d’eau soupirant et l’arbre Yggdrasil.

Un jour il croisa le regard de la trop belle Sidrata. Son cœur tout neuf fit dans sa poitrine de vrais bonds de vrai cœur et vous savez bien coment se terminent ces histoires : amour, anneaux, mariage, je ne cite là que les choses racontables, le reste n’étant pas dans mes attributions… ;-)
Mais il demeure un mystère, le plus grand de l’histoire. Sidrata, un beau soir, dans ces instants si doux où rien ne se refuse, demanda doucement à son chevalier d’où lui venait cette solidité qu’elle lui voyait partout : au tournois, à la chasse, dans les plus durs combats et même au cours des guerres. Attendri par l’échange des soupirs, Wolfdietrich dévoila tout sans aucune méfiance, le dragon, le sang, mais aussi la feuille de tilleul et l’épaule vulnérable…
On ne sait pas pourquoi Sidrata marqua d’une croix le point si précis où son époux était périssable. Était-ce pour le protéger ? Était-ce pour le trahir ? Nul ne le saura jamais, mais c’est ainsi qu’elle fit. Elle invita dans cette confidence le meilleur écuyer du château, Hagen le Borgne. Celui-ci, un funeste jour de chasse, tua son maître d’un coup de lance dans l’épaule.
Peut-on vraiment croire à une maladresse ?

Pour autant n’allez pas imaginer que Wolfdietrich est mort. Il dort seulement, sous une grande pierre plate, dans la forêt d’Ax, à Guebwiller.
C’est le Guerrier Dormant. Il se réveille tous les cent ans, fait le tour de la pierre pour dégager, m’a-t-on dit, sa barbe interminable, puis son regard se perd un long moment vers chaque point cardinal et, pour finir, il s’étend à nouveau au cœur de la pierre froide, pour un siècle de plus.

Il attend
Il ne faut jamais cesser d’attendre
Il attend le crépuscule des dieux
C’est écrit dans le tissage des nornes
Près du puits des destins
Sous l’arbre Yggdrasil

Je vous remercie pour votre attention et votre présence tout au long de cette histoire

À DEMAIN pour un nouveau conte…

La gaillarde conteuse

*ce conte est extrait de mon ouvrage Contes et Légendes d'Alsace - éditions De Borée

 

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Le Chevalier Dormant - Partie 6

Publié le par Patricia

Partie 6

La lutte fut terrible. La bête était puissante. Sa peau écailleuse suintait d’huile noire, son regard malfaisant réveillait l’épouvante, les flammes orange et vertes qu’elle vomissait grillaient les branches d’un tilleul vénérable penché juste au-dessus, ses dents cinglantes et acérées étaient des lames de porcelaine.
Le jeune homme pensa s’être enfoncé trop loin dans l’audace. Cependant le vêtement le rendait intouchable et rien de ce feu dévorant et des morsures vives ne l’atteignait. Le monstre ouvrit alors une gueule béante sur une gorge noircie comme un couloir d’enfer qui enserrait déjà Wolfdietrich tout entier. Rassemblant son comptant de force dans un formidable élan, Wolfdietrich fendit en deux, de l’intérieur, l’immense corps visqueux et hurlant. Il était recouvert du sang de la bête quand il sortit, vainqueur, sur la large langue fourchue déroulée de tout on long, comme un gros tapis rouge…
Le sang d’un dragon – bien des récits nous le disent – rend invincible celui qui en est inondé. Mais une feuille tombée du tilleul s’était collée sur l’épaule du combattant. À cet endroit seulement il demeurerait vulnérable. Quelques gouttelettes de ce sang avaient roulé entre ses lèvres, irriguant toute sa chair, y faisant des miracles. Son cœur alors s’ouvrit pour la première fois, bon et parfumé comme un jardin de fleurs et des mémoires souterraines, enfouies depuis longtemps montèrent dans son esprit, apportant avec elle la connaissance des sentiments humains et celle, aussi, du langage des oiseaux…

À DEMAIN…

la gaillarde conteuse

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Le Chevalier Dormant - Partie 5

Publié le par Patricia

Partie 5


Gravure collection personnelle

Une fête joyeuse fut organisée pour lui : des vins incomparables tombaient d’eux-mêmes dans des coupes d’or, des mets raffinés apparaissaient partout, comme surgis d’un Eden et des musiques rares coulaient comme une eau tiède dans les corridors extasiés de l’oreille. Même le grand Ulysse, pour se garder de telles créatures, s’était fait attacher au mât de son bateau !

Mais Wolfdietrich, lui, était naturellement enchaîné par sa mortelle indifférence et son cœur, qui avait toujours été muet, le demeura et rien ne semblait pouvoir le fendre ou le toucher. Tous ces prodiges le laissèrent froid. À quoi bon une si belle force sans cette exquise faiblesse du cœur ?

Quand la norne revint, elle admira ce preux qui avait réussi à se garder de cette brillante poignée d’ensorceleuses. Il n’était pas commun, vous en conviendrez… Elle lui fit don alors d’un vêtement, un travail des nixes*, dans un tissu souple et ondoyant d’une transparence cristalline et qui paraissait tressé des fils argentés d’une eau étincelante. L’habit devait préserver son corps de toute blessure, car une lourde besogne à présent l’attendait…

Un dragon reposait au cœur de la montagne et aucun héros, jusque là, n’avait pu l’anéantir. Une couronne d’or attendait le vainqueur, qui pourrait alors y contempler son image accomplie. Wolfdietrich posa sa main sur la dague qu’il portait au côté. Depuis longtemps sa force ne servait plus vraiment et l’idée d’un combat lui plaisait...

* Nymphes et génies des eaux dans les mythologies nordiques et germaniques

À DEMAIN…

la gaillarde conteuse

 

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Le Chevalier Dormant - Partie 4

Publié le par Patricia Gaillard

Partie 4

Partie 4

Le charbonnier et sa femme, bien que déroutés par son étrange nature, élevèrent Wolfdietrich avec beaucoup d’amour et de patience. L’enfant possédait une force colossale, travailler comme son père était pour lui un jeu. Si cette vigueur rare était une vraie richesse, elle cachait en dessous une âme desséchée où aucune émotion ne pouvait se loger. Cette curieuse indifférence lui ôtait le goût de tout.
Pour partir en quête de son cœur véritable, Wolfdietrich quitta ses parents charbonniers, la forêt de l’enfance et tous ses souvenirs. Il partit vers le nord, marchant des jours, des semaines, des mois…
Un soir qu’il s’endormait, couché à même le sol dans un pays lointain inconnu de lui, une norne *, se penchant sur lui, l’invita à la suivre. Il arrivèrent devant un puits, où deux compagnes de la fée l’attendaient en filant un fil très fin et nacré qui se tissait tout seul, formant une tapisserie où se dessinaient les destinées des êtres. Parfois elles s’arrêtaient, puisaient de l’eau du puits et arrosaient avec beaucoup de soin l’arbre du monde qui se trouvait là, qu’elle appelaient Yggdrasil. Puis elles reprenaient leur travail d’infatigables fileuses.
La norne prit la main de Wolfdietrich, le mena dans un palais de pierres roses ciselées, troué de lucarnes aux vitres mordorées, qui donnaient une lumière chaude et dans lesquelles le vent produisait une musique céleste. Puis elle le laissa seul au beau milieu de cet endroit où se mêlaient, dans la plus grande perfection, les sons, les couleurs et le plus exquis bien-être. Une douzaine de jeunes filles, légèrement vêtues, arrivèrent en courant, pour servir Wolfdietrich et exaucer le moindre de ses vœux. Elles étaient sœurs de ces envoûtantes sirènes, qui par leurs chants suaves saisissent l’âme des hommes.
Une fête joyeuse fut organisée pour lui…

À DEMAIN…

La gaillarde conteuse


* Fée des pays nordiques apparentée aux parques et aux moires greco-romaines, fileuses de destinées
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