Fréquenter les plantes c’est réapprendre à être humain et à s’éloigner un peu de tout ce que nous avons construit autour de cette notion. La fleur ne se vante pas de sentir bon ni ne se désespère d’être malade. C’est là sûrement sa force. Elle accueille la vie et la vie la traverse. Ce fameux bonheur dont on parle tant ne tient-il pas en cela ? Notre sacré mental crée des désirs qui deviennent exigences et nous perdent. Jardiner c’est laisser remonter de nos mémoires profondes le temps où l’on savait simplement accueillir la vie.
Pour la plante, ce qui est, est
Jardiner, c’est se connecter à cela
Jardin de tranquillité
Jardin des origines
Tout n’est pas rose dans un jardin. Il y ici des malades, des agressés, des morts. C’est la vie qui œuvre comme elle œuvre aussi chez les bêtes et les hommes. Et si tout était simple et positif, ça se saurait.
Les céleris-branches ont de drôles de têtes. Certains jaunissent et moi qui évoquais récemment leur solidité, aujourd’hui me feraient-ils mentir ? Les céleris-raves, qui sont dans la plate-bande voisine, ne sont guère plus fiers. L’un d’eux est pourri et ses branches desséchées traînent lamentablement sur le sol. tout cela est à surveiller de très près car l’an passé, les céleris-branches avaient été attaqués en septembre, par une maladie ou un parasite qui formait des galeries brunes et nous avions perdu la moitié de la récolte. Cette année je vais les cueillir plus tôt - d’autant que les cœurs sont beaux - et les blanchir pour les mettre au congélateur. Le cœur et le blanc des branches, cuits puis mêlés à une sauce blanche avec du gruyère, dans un plat, le tout recouvert d’une fine panure de biscotte écrasée fait, au four, un gratin de choix. Je sauverai donc, cette année, mes céleris-branches !
juste à côté, les chicorées montent en graines. Houla, voilà qui n’était pas prévu. pourrons-nous tout de même les couper et les mettre en pot dans notre grange pour qu’elles deviennent des endives ?
Un potager est à surveiller. Les choses parfois peuvent se dégrader très vite, comme surgirait une grippe ou un rhume, sans donner forcément de signes avant-coureurs. Il faut être un peu médecin, avoir l’œil, observer et savoir que prévenir vaut toujours mieux que guérir, lorsque c’est possible, évidemment.
Et puis ne pas s’imaginer que rien ne viendra troubler le jardin.
Un jardin doit être troublé, car ce qui est troublé est vivant...
Ce que je dis là vous trouble ?
Soyez heureux, vous êtes vivant !
Nos passiflores sont des passiflora caerulea. Leurs fleurs sont surprenantes, fascinantes, et leurs fruits oblongs, orange, mous, ont la taille des œufs de pigeon et renferment de nombreusesgraines. On les dit comestibles, mais méfiance, car ils contiennent tout de même de l’acide cyanhydrique, surtout s’ils ne sont pas mûrs. Nous nous contentons d’admirer ce fruit mat et de belle couleur et cette fleur aux jolis tons de bleu, blanc, vert et noir. Cette plante grimpante développe des vrilles gracieuses grâce auxquelles elle s’accroche à ce qui se présente pour grimper sans s’arrêter. Elle montera jusqu’au toit si on n’y prend garde ! Sur un mur de pierres elle fait merveille et si vous observez son pied vous verrez qu’elle se marcotte d’elle-même. Vous pourrez prélever les jeunes pieds et les replanter ailleurs, ou faire des heureux parmi vos amis. L’hiver, selon les températures, elle perd une partie de ses feuilles, qui sèchent et tombent. Vous pouvez alors la tailler ou non, selon que vous la voudrez touffue ou longue. De toute façon elle refera des feuilles tout le long de ses tiges. C’est une rustique qui ne vous fera aucun souci d’entretien, sinon que ses feuilles une fois sèches joncheront le sol, comme pour toutes les grimpantes...
Aujourd’hui, faisons un tour de potager. Une chaleur écrasante a régné toute la journée d’hier et, cette nuit, un orage a brusquement tout arrosé, secoué, malmené. Ce matin une fraîcheur humide propose un repos.
Tout soupire...
Jaune, rose, orange, noire, immense, minuscule, ronde, longue... la tomate est une rigolote qui jongle avec les couleurs et les formes. Elles sont parfaites ici cette année, les tomates, pas une tache, pas une fente et une bonne conservation. Parfaites ! Mon cher jardinier a fait ses premiers semis d’automne, carottes et betteraves. Il faudra terminer la récolte de pommes de terre. Les haricots produisent fidèlement et d’autres donneront dans un mois. Près d’eux, deux pieds de courgettes et un pied de concombre sont déjà installés pour la fin de la saison, lorsque les premiers seront épuisés. Quant aux cornichons ils pratiquent l’art du camouflage. À chaque cueillette on en découvre de très gros qui ont réussi à échapper à l’œil pourtant attentif du jardinier. Mais vert sur vert sur vert, ce n’est pas commode ! Les concombres, courges butternut et potimarons courent, courent dans l’herbe avec un plaisir quasiment perceptible. Les céleris-raves et branches déploient leur feuillage découpé, vert sombre, rutilant, qui ne semble même pas souffrir de la chaleur, pourtant terrible les après-midi. Les chicorées Witloff sont belles, leur feuillage est taché de rouge, comme si elles essayaient de s’assortir aux betteraves qui sont tout près d’elles. Ces dernières, lavées, brossées et enveloppées de papier sulfurisé, mitonnent quatre heures dans un four à cent-vingt degrés. Elles conservent ainsi tout leur jus et sont particulièrement savoureuses. Pas loin d’elles, les carottes ne cèdent pas, elles, rien ne les influence et leur fanes sont vertes, vertes, vertes. L’oignon, l'échalote et l’ail, récoltés, laissent libres des plates-bandes qui recevront les engrais verts, dont je vous parlerai plus en détail un de ces jours, car le sujet mérite qu’on s’y attarde un peu. Chez les aromatiques la mélisse a terminé son impressionnante floraison. Elle est devenue immense, part dans tous les sens et recouvre du coup toutes ses congénères, il va falloir que je m’occupe d’elle très vite et que sa taille soit sévère ; voilà bien un mot que je déteste ! Les salades sont dans les châssis, sous le cerisier qui leur prodigue - les chanceuses - l’ombre nécessaire à leur survie.