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Le jardin du 13 Août

Publié le par Patricia Gaillard


 

Le jardin du 13 Août
5h30

 

Le jour se lève sur le petit domaine. Les chauves-souris font un dernier ballet avant de clore leurs yeux devant le jour qui est leur nuit. Une fraîcheur délicieuse monte du sol, c’est le repos nocturne de la terre. Sur la route, au lointain, on entend des camions et de l’autre côté un train de marchandises. L’un et l’autre sont sourds et rompent à peine le silence.
Ce que je vis tristement à cette heure que j’aime tant, c’est la rareté des chants d’oiseaux. Nous n’avons plus, ici, ces symphonies des jours qui pointent, ces aubades joyeuses. Un geai, une pie, une tourterelle, font de leur mieux, je les entends, les écoute et leur suis reconnaissante. Un corbeau les rejoint, ces quatre me font du bien, même si la tourterelle est seule à être mélodieuse.

Le croissant de la lune est découpé nettement sur le ciel bleu pâle, un coq fend l’air de son long cri cassé. Comment imaginer une aube sans lui, annonceur fidèle du commencement des jours. Je frissonne. Quelle chance. J’y repenserai dans la journée, aux heures de chaleur écrasante !

 

Nouveau jour sur la terre

Nouvelle merveille

 

la gaill

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Le jardin du 12 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Illustration tirée du livre Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen

 

3 et fin - LE POMMIER DE MISÈRE
(version de Patricia Gaillard)

 

« cueille-les pendant que je me prépare, nous gagnerons du temps. »

 

La mort, qui trouve très bonne l’idée de gagner des minutes, pose sa faux contre le mur et grimpe presque légèrement dans l’arbre, elle y cueille trois pommes et ne peut plus redescendre. Elle s’énerve, peste, jure, appelle misère qui arrive et voit la mort dans son arbre qui se débat comme un diable. Misère part d’un grand éclat de rire et dit :

« Après tout je vais te laisser là-haut, je ne suis pas pressée de mourir et les hommes  seront bien contents d’être quelques temps débarrassés de toi !« 

 

Et la mort resta perchée dans le pommier.

 

Les mois passèrent, plus personne ne mourait dans ce village, ni dans ceux d’alentour, ni dans le Jura entier. Mais pas le moindre mort non plus à Lyon, ni à Toulouse, à Paris, à Lille, à Strasbourg…

Les humains étaient bien obligés de constater que, même s’ils n’en connaissaient pas du tout la raison, ils étaient devenus immortels. 
Leur vieux rêve s’était enfin réalisé. 

Allez savoir comment...

Misère le savait bien sûr, mais elle se garda bien d’en parler, pour ne pas mourir…

Tout se passa bien durant dix, vingt, trente ans, mais on vit alors des vieillards de 120 ou 130 ans, sourds, aveugles , la mémoire à l’envers, qui se traînaient, décharnés, rabougris, ramollis comme de longues limaces… on vit alors que l’immortalité n’était pas un si grand bienfait. Et puis il y avait tant de vieillards, que les valides ne pouvaient plus rien faire d’autres que de s’en occuper, et même pas dans l’espoir des héritages, car on n’héritait plus.  Bref, les humains - ainsi que les bêtes qui ne mouraient pas plus - devinrent si nombreux que la terre ne put plus les nourrir et qu’il arriva une immense famine.

Les humains mirent alors autant d’énergie à retrouver la mort qu’ils en avaient toujours mis à la fuir. On avait toujours cherché des remèdes contre la mort, à présent on en cherchait contre la vie.

Or en ce temps-là il y avait dans ce village un médecin qui s’appelait le Dr Deprofundis. Un soir qu’il était allé en réunion avec les médecins des villages voisins, afin de réfléchir à ce grand problème, il était rentré tard et, longeant le muret du jardin de misère, il avait entendu une voix plaintive, qu’il lui semblait connaître…

« Oh mais qui me délivrera ? Qui délivrera les vivants de l’immortalité ? »

Alors il leva le nez et vit la mort coincée dans le pommier…

Il grimpa aussitôt pour la délivrer, mais bien sûr il resta coincé à son tour.

On constata alors la disparition du Dr Deprofundis. Pourtant personne n’avait disparu depuis des années. Peut être avait-il trouvé le secret de la mort et l’avait-il gardé pour lui tout seul ?

On fit des battues pour le retrouver et c’est ainsi qu’on arriva au pommier de misère.

« Au secours fit le Docteur, je suis là, et voyez mes amis, la mort est avec moi. »

Et tous crièrent

« Vive la mort ! »

Celle-ci, peu habituée à ce genre d’enthousiasme, rougit et trouva cela très agréable.

Ils grimpèrent tous à l’arbre pour délivrer le docteur et la mort, mais bien sûr ils restèrent tous coincés.

Avec tout ce bruit, misère finit par arriver. Elle accepta de délivrer tout ce monde, à une condition :

« la mort ne viendra me chercher que le jour où je l’appellerai trois fois. »

Tope-là, dit la mort, trop contente de descendre enfin et de retrouver sa chère fonction. Elle emporta d’abord les plus pressés, mais devant le nombre elle se fit aider par une troupe de médecins, pour expédier le trop plein de vivants. Ils travaillèrent tous si bien ensemble que bientôt la vie sur terre retrouva son cours normal et chacun avait à nouveau l’espoir de mourir au jour et à l’heure que la destinée avait prévus pour lui. 

 

En ce jour du 12 Août 2020, misère n’a pas encore appelé la mort trois fois.

Et c’est tout simplement pour cela que la misère est encore sur la terre…
 

Patricia Gaillard, 

la gaillarde conteuse...  

 

 

 

 

 

 

 

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Le jardin du 11 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Illustration tirée du livre Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen

2 - LE POMMIER DE MISÈRE
(version de Patricia Gaillard)

 

...Ma bonne misère je vais pour te remercier exaucer un vœu. Que désires tu ? »

La vieille était si étonnée qu’elle ne dit rien et resta la bouche ouverte...

 

« Veux tu du blé plein ton grenier ? Veux tu du pain plein ta huche ? Veux tu être duchesse ? Veux tu être reine ? Veux tu des trésors ?

-J’aimerais, dit timidement misère, protéger mon pommier qui me fait des fruits si beaux que les garnements me les volent. Si vous pouviez faire en sorte que quiconque montera dans mon pommier ne puisse plus en descendre sans ma permission, voilà qui m’arrangerait bien »

L’homme sourit, salua la vieille et s’éloigna sur le chemin neigeux…

Cette année-là l’hiver dura longtemps, mais dans la petite maison la marmite noire donnait chaque jour une soupe, dans la huche il y avait régulièrement une grosse miche de pain et le bûcher était garni sans cesse de bois sec. 

Puis le printemps succéda à l’hiver, l’été au printemps et l’automne arriva.

Le pommier de misère était couvert de pommes et très vite les gamins s’arrangèrent  pour venir les chaparder. Ils restèrent tous coincés dans les branches griffues. Ils avaient beau se démener, crier, rien à faire, ils étaient prisonniers du pommier. La vieille attendit plusieurs heures avant de les délivrer, histoire de leur faire une bonne peur. Ils filèrent alors avec l’intention de ne plus revenir. L’affaire se raconta dans tout le village et au bout de quelques jours, misère était devenue magicienne, sorcière, toutes ces choses que l’on dit quand on ne comprend pas ce qui se passe. 

 

Un soir de cet automne-là, alors que misère était assise au soleil près de son cher pommier, elle entendit tinter la cloche à sa porte. De loin elle aperçut une visiteuse, tout habillée de noir, avec un visage jaune sous un capuchon noir, et une faux dans la main. Bien sûr notre bonne femme reconnut la mort, vous l’aurez reconnue aussi.

« Que viens tu faire ici ?
-Je viens faire mon travail, ton heure à sonné, tu dois me suivre. 

-Déjà ?

-Tu devrais en être heureuse, pauvre et vieille comme tu es.

-Pauvre, je ne suis pas pauvre, j’ai de la soupe au feu, du pain dans la huche et du bois au bûcher et quant à être vieille je le suis moins que toi !

-Allons, ne fais pas tant d’histoires, décide-toi, je n’ai pas que ça à faire…

-Bon, dit misère, accorde-moi au moins quelques minutes afin que je m’attife un peu, je ne veux pas arriver dans l’au-delà en tenue négligée. Et tiens, je voudrais emporter trois pommes pour le voyage, monte donc dans le pommier et cueille-les pendant que je me prépare, nous gagnerons du temps. »...

 

à demain pour la suite...

la gaillarde conteuse 

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Le jardin du 10 Août

Publié le par Patricia Gaillard

Cette année la maturation des fruits semble avoir de l’avance. Les belles framboises sont récoltées chaque jour, les figues grossissent, les pommes aussi. Certaines d’entre elles roulent dans l’herbe, leurs joues sont déjà un peu rose, un peu jaune, elles ont déjà un bon parfum.
En parlant de pommes, il me vient à l’esprit une histoire que j’aime et qui ne manquera sûrement pas de vous plaire. C’est l’histoire du pommier de la misère. 
et la voici...

 

Illustration tirée du livre Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen

 

1-LE POMMIER DE MISÈRE
(version de Patricia Gaillard)
 

Figurez vous qu’il y a fort longtemps vivait, dans un village de notre bon Jura, une vieille qui s’appelait misère. Elle avait une maisonnette minuscule, un bout de potager, qui lui permettait de subsister et comme elle n’avait ni blé ni four, elle mendiait son pain ou elle ramassait un morceau du pain dur qu’on jetait aux poules. Elle n’avait pas grand-chose.

Pour dire la vraie vérité, elle avait tout de même quelque chose, dans un petit lopin clos, derrière son potager, c’était un arbre, un pommier, un très beau pommier, le plus beau du village, qui donnait de très gros fruits, rouges et luisants.

Bien sûr cet arbre attirait à l’automne les gamins du village, oh ils avaient bien des pommes chez eux, mais ils trouvaient meilleures, c’est bien connu, celles qui sont chez les autres. La vieille avait du mal à défendre ses pommes, mais comme l’arbre était généreux, il en restait quand même pour son hiver.

L’année où se déroule cette histoire l’hiver était si dur que les loups sortaient des forêts pour rôder autour des maisons du village. Tout le monde avait faim, misère encore plus que les autres. Elle était assise, un soir, devant sa cheminée, où brûlait une de ses dernières bûches. Dans une marmite en fonte noire, pendue au dessus du feu, mijotait une soupette de haricots et d’oignons. Une voisine lui avait cédé un morceau de pain dur qui ferait des croûtons honorables. La vieille ne savait pas ce qu’elle mangerait le lendemain, mais ce soir en tout cas elle serait déjà heureuse.

Elle entendit soudain frapper à sa porte. Sursautant d’abord, car elle ne recevait jamais de visite, misère se leva, entrouvrit sa porte, dehors il faisait nuit, on entendait mugir un vent terrible et il neigeait à plein temps. Un homme se tenait debout dans cette tourmente.

« Ayez pitié de moi, je suis perdu, j’ai faim et froid.« 

La vieille, qui savait très bien ce que c’était que d’avoir faim et froid, ouvrit grand sa porte à l’étranger. Elle le fit asseoir, lui prêta un châle de laine trouée, et lui dit :

« Vous tombez bien, la soupe est justement prête, nous allons la partager, elle n’est pas grosse mais je crois qu’elle est bonne. »
Ils partagèrent la soupe, le pain dur, puis elle lui céda son matelas de paille et dormit sur le fauteuil devant les quelques braises qui mouraient.

 

Elle se réveilla avant lui, il ne neigeait plus, il faisait même un clair soleil, elle décida d’aller mendier de quoi nourrir son invité.. Mais quand elle se retourna pour prendre sa canne, elle le vit debout, son bâton dans la main, prêt à partir.

« Ma bonne misère je vais pour te remercier exaucer un vœu. Que désires tu ? »

La vieille était si étonnée qu’elle ne dit rien et resta la bouche ouverte...


à demain pour la suite 


la gaillarde conteuse

 

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