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LES NOYAUX D'OR

Publié le par Patricia Gaillard

Combien de fois avons-nous rêvé d'avoir le temps de rêver ? Combien de fois avons-nous rêvé de prendre notre temps, ce temps qui nous échappe tant ? Le voilà qui s'arrête et nous laisse sans projet, sans liberté, sans autre désir que 'vivre'. Chaque conte nous souffle un éclat de la sagesse du monde. Rassemblons ces éclats, pour retrouver, peut-être, le trésor que nous sommes...

LES NOYAUX D’OR

C’était un garçon de belle taille, les muscles fins et longs comme tous ces gars des montagnes qui grimpent. Il était jeune, enjoué, comme ces chats qui sautent volontiers aux ficelles. Il était berger et ne savait même plus marcher autrement qu’avec ses bêtes qui trottinaient autour. Il était né un Dimanche et on sait bien que ceux qui sont nés ce jour-là ont des relations parfaitement naturelles avec des mondes que nous ne voyons pas.
Il s’arrêta ce jour-là sur les pentes rocheuses du Haut Koenigsbourg. Une fois installé, ses bêtes éparpillées au gré des touffes d’herbes fines, il fit ce que font les bergers : sortir son flutiau de sa poche et jouer quelques airs, dormir sur les mousses, le chapeau sur les yeux dans les parfums fleuris ou bien, d’un geste large, couper la tranche de pain et le bout de fromage. Et même parfois, du même canif, écorcer un joli bâton, le graver ou le sculpter selon ses dons. Un cadeau pour la belle amie qui lui faisait des nuits doublement étoilées, dans le tiède secret de la chambrette…

Mais ce jour-à, rien de tout cela ne le retenait. Il regardait les rochers de granit où le soleil ardent faisait scintiller une multitude de cristaux minuscules et il souriait en songeant aux dires des anciens, qui prétendaient que ces pierres étaient ensorcelées. Elles lui donnaient plutôt grande très envie de grimper ! Après tout on était à midi, les bêtes ne craignaient rien, elles étaient raisonnables et ne s’éloignaient jamais. Cette idée de grimpette réveilla ses jambes souples et notre luron sauta de pierre en pierre, mieux encore qu’une chèvre.

Il arriva très vite sur un petit plateau et vit, surpris, quelques tas de noyaux joliment posés, comme pour un jeu. Des noyaux propres, neufs, et d’un jaune presque doré, disposés en neuf tas de quatre… Ces rochers devaient être effectivement ensorcelés pour abriter un jeu aussi bien préparé ! Le jeune homme éclata de rire, il ne lui en fallait pas plus pour avoir envie de jouer. Quelle aubaine, pouvoir ainsi grimper et jouer, le jeune pâtre était tout à son affaire.
Un noyau éloigné et seul, un peu plus rondelet que les autres, semblait une bonne munition. Le berger le prit donc entre ses doigts, reluqua un des tas et visa sans plus attendre. Les quatre noyaux touchés se mirent à danser d’une façon inattendue, dessinant sur le sol des genres d’arabesques. Puis ils finirent tout de même par rouler vers le bord, pour s‘en aller tomber beaucoup plus bas.
Le garçon riait et s’amusait tout seul.
Il reprit le noyau qui semblait avoir grossi – une impression sans doute – puis dispersa ainsi un second tas, puis un troisième. Tous disparurent en contrebas, les uns après les autres, après la même danse étrange. Il restait un dernier monticule de noyaux, et c’était le plus gros, il brillait comme de l’or – le soleil sans doute – alors que tout à l’heure ils semblaient tous pareils. Le berger ne put résister à lancer son noyau qui grossit en roulant et qui disparut cette fois lui aussi, entraînant dans sa chute les quatre derniers…
Quel soupir d’aise poussa le garçon ! Quelle victoire délicieuse quand le jeu est gagné, mais quel dommage, ce plaisir qui s’achève.
Un doute soudain l’effleura, une espèce d’intuition… Troublé, il se pencha vers le gouffre qui avait avalé peu à peu tout le jeu et vit, tout en bas, un nain avec un chapeau pointu, une barbe longue, des yeux moqueurs et qui avait le nez levé vers lui :
« Dommage pour toi, ces noyaux n’étaient pas que des noyaux ! »
Puis il se baissa, pour récupérer une presque quarantaine de pièces d’or dispersées, qu’il fourra en riant dans un sac pendu à son épaule.
Le garçon se laissa glisser jusqu’à lui, rapide comme l’éclair, faisant rouler cailloux et terre sous son derrière. Mais déjà le petit vieux avait disparu et aucun noyau ni la moindre pièce ne traînait alentour.
Oh, il chercha longuement, croyez-moi, sans pouvoir renoncer.
La nuit était tombée qu’il les cherchait encore.

Il redescendit tard, ses bêtes autour de lui et le regard encore plein des richesses perdues.

Il grommelait qu’on ne l’y prendrait plus à jouer comme un gosse, devant quelques noyaux soigneusement disposés par un méchant farceur !

Il suffit parfois de si peu pour se trouver riche
Et de si peu aussi pour rester comme on est
L’or nous passe sous le nez mais il nous faut le voir

À bientôt !

La gaillarde conteuse…   

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LES NOIX D'OR

Publié le par Patricia Gaillard

C'était une fin de journée d'automne. Le soleil encore chaud jouait avec les jaunes et les grenats des feuilles qu'un vent léger faisait tourbillonner. Une fillette trottinait le long des prés, elle était pauvrement vêtue et portait un panier d'osier. Partout les noix avaient déjà été glanées et soigneusement étalées dans les greniers du village. Mais la petite cherchait celles qui restaient encore cachées sous les amas de feuilles et dans les grosses touffes d'herbes, ou qui avaient roulé au creux des fossés. Elle en trouva peu, juste un bon fond de panier, mais comme il n'avait pas plu depuis longtemps elles étaient belles et le bois de leur coque était neuf et bien clair. Elle avait tant fouillé sous les noyers où restaient pendues quelques dernières feuilles racornies et presque noires, qu'elle fut surprise de voir le crépuscule installer doucement sa grisaille troublante. Serrant bien sa cueillette, elle se dirigea vers son village de Durstel.
Sur un sentier elle croisa un vieillard assis sur une borne. Il était très maigre, tout plissé de rides et portait une longue barbe grise et pointue, sur sa méchante tunique de chanvre. Il tendit la main vers l'enfant. Ses yeux étaient si doux que la petite s'approcha, souriante. Il disait avoir faim et reluqua, en se penchant un peu, les belles noix dans le panier. 
Seul un pauvre peut savoir la souffrance d'un pauvre. L'enfant posa le corbeillon sur les genoux du vieux, celui-ci y plongea ses mains qu'il avait longues et en prit une généreuse poignée. Quand il rendit le panier, il restait trois noix. L'enfant en eut les larmes aux yeux, il n'y avait pas à regretter bien sûr, mais revenir avec trois noix !
Le vieillard lui dit :
"Ton bon coeur sera récompensé"
Sa voix était si douce que la fillette, de toute sa vie, ne devait l'oublier.
Elle poussa d'un grand coup la porte du logis, se jeta contre les genoux de sa mère qui, n'aimant pas la savoir dehors la nuit, fut toute soulagée.
La petite, désolée, lui tendit la corbeille, qui était aussi légère que quand elle l'avait emportée. La femme regarda la maigre récolte. Mais dans la pénombre rougie, devant la cheminée, trois noix d'or luisaient dans le panier. La femme et son enfant admirèrent, muettes, le fabuleux trésor. La petite raconta alors sa rencontre. 
De ce soir-là leur vie devint bonne, jamais rien ne manqua.
Ainsi peut-être ce que l'on donne nous revient mille fois

à bientôt pour une autre histoire d'or !

la gaillarde conteuse...

 

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HISTOIRES D'OR

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

J'aime particulièrement les récits qui proposent la transformation d'une matière vile en Or. Autant prononcer le mot d'Alchimie. Mais ici j'entends par Alchimie, "travail intérieur", celui qui transforme le plomb en or, celui qui brûle dans le creuset de la patience le bois dur des difficultés et des drames, pour en extraire la sagesse qui donne sens.
Bref, j'aime les Histoires d'Or. J'en ai quelques-unes, que j'ai écrites dans mon ouvrage de Contes et Légendes d'Alsace, ouvrage que l'on ne trouve plus.
Les jours de confinement qui sont devant nous, peuvent devenir des jours en Or

LA FLEUR D'OR
Il est une fleur dont le calice est une coupe d'or véritable et qui n'a, dans son coeur, aucun pistil ni aucune étamine, juste une clef dressée, qui semble ardente. Son arôme est puissant, entêtant et il réveille en celui qui le renifle d'irrésistibles joies. Cette fleur est un prodige qui éclôt une fois tous les cent ans. L'être qui saura la trouver, la cueillir, se verra d'un seul coup savant de tous les secrets de la terre et du ciel, de la sagesse et de la vie, et jouira d'une jeunesse éternelle.

Un berger l'a vue un jour, c'est ce que nous conte cette histoire...

Assis dans le tiède soleil, il contemplait les bosses, les plis, les roches du paysage étendu à ses pieds, ainsi que les petits villages nichés, aux clochetons pointus. Dans cette douce torpeur silencieuse il s'assoupit bientôt. Quand il se réveilla, il crut voir plus bas, sur un petit rebord herbeux, un minuscule gobelet d'or sur lequel les rayons de lumière dansaient en éblouissements brefs. Mais l'objet était une fleur, une fleur d'or, et il en montait une senteur suave à nulle autre pareille, un parfum étranger à tous ceux qui sur terre peuvent flatter nos narines, une odeur en tout point merveilleuse qui vous transporte l'esprit dans une joie suprême. Notre brave berger fréquenta ainsi, un court instant, les beaux jardins du paradis. Il lui fallait cueillir cette rareté, pour ne plus jamais la perdre ! 

Il se leva et, agile et rapide comme le sont ces garçons de montagne, dévala la pente jusqu'au rebord herbeux pour s'emparer du trésor. Mais un caillou rond sous son pied le fit rouler plus bas et heurta sa tête. Notre bienheureux en perdit connaissance.
Quand il se réveilla, le soleil l'inondait d'une chaleur rouge. Tout avait disparu ! L'odeur, la fleur et même ce bien-être exquis qui l'avait tenu entier dans son giron de rêve. Ah, il chercha longtemps, n'arrivant pas à croire qu'elle avait disparu, cette plante féerique. Pourtant plus rien ne restait d'elle et la nuit maintenant tombait. Le berger ne pouvait que rentrer.

Plus tard dans la vallée, attablé dans la ferme avec tous les commis, il raconta son aventure. Sa patronne, qui tranchait un gros pain sur le devant du vaisselier, leur raconta à tous - elle qui pourtant n'était pas bavarde - ce que son père, autrefois, disait : qu'il existait une fleur d'or, révélée au monde une fois par siècle, qui pouvait faire de l'homme le divin réceptacle de tous les dons de l'univers. Puis, sans plus de commentaires, elle fourra les tranches coupées dans un panier, qu'elle posa sur la table. La soupe de semoule grillée fumait dans les assiettes. Le berger n'avait pas faim, il était trop nostalgique de la curieuse rencontre et le pauvre ne savait même pas que sa belle jeunesse allait durer éternellement. Ceux qui étaient autour de lui ne savaient s'ils devaient l'envier ou le plaindre, ces choses étonnantes échappent tellement à l'entendement...

Allons amis, cherchons sans trêve cette clef qui nous ouvrira tout, ne laissons pas nos siècles s'écouler à douter

je vous embrasse, parce que je suis loin ;-)
mais le coeur y est !

la gaillarde conteuse...
 

 

 

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L'ONDINE DE MORIMONT (4)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

L'ONDINE DE MORIMONT (4) *

La belle avait disparu...

Le chevalier, cette fois inconsolable, tomba dans une langueur qui le rendit malade à mourir. Tous les médecins, les guérisseurs, les charlatans coururent à son chevet, mais aucun ne possédait la science qu'il fallait pour le guérir.
Mathilde, dans sa chambre de grenier, se faisait du mouron. Elle descendit alors dans les cuisines et fit une tisane - les filleules d'ondines ont un savoir inné de ce ce genre de recettes - elle prit un gobelet de grès, posa la bague au fond et puis versa dessus la mixture chaude et dorée. Elle fit porter cette potion au chevalier. En buvant la tisane, celui-ci trouva la bague et fit appeler aussitôt toutes les filles des cuisines. Mathilde bien sûr était là. Il vit le nez, les yeux, la bouche, même sans la robe il reconnaissait cela. Elle rougit un peu et avoua. Il sourit, et comme il se sentait soudain très bien, on le déclara carrément guéri.
Ils s'épousèrent, vous vous en doutez... car c'est souvent ainsi qu'un conte merveilleux se termine.
Cependant pardonnez-moi, celui-ci a un rebondissement, car ce chevalier avait une mère - beaucoup en ont - mais la sienne n'était pas bonne. Elle détesta Mathilde dès le premier regard et chercha longuement comment briser ce mariage qu'elle voyait heureux, au point que, de jeux d'amour en jeux de lit, en jeux de vie, un bébé arriva, rose, joufflu et tendre. La vieille, qui était femme, avait voulu faire l'accouchement. Aucun fils ne s'oppose à une telle attention. La naissance terminée, Mathilde avait fait ce que nous faisons presque toutes, somnoler un peu enfin, délicieusement...
La vieille en avait profité pour se pencher sur le petit berceau et, prenant le bébé dans ses mains, elle avait posé à sa place le petit tordu, poilu, d'une bête misérable. Puis très vite elle avait jeté l'enfant par-delà le vitrail, dans les douves du château, où il s'était enfoncé sans résistance.
Le rejeton tordu, poilu, provoqua l'horreur de tous.
"Cette mère est sorcière, disait-on, elle a porté au jour un fils de Satan, ébouillantons-la et tuons cet enfant !"
On tua sans égard la pauvre bête noire et Mathilde fut traînée au-dessus du baquet fumant. Elle cria là son troisième souhait :
"Que vienne l'ondine !"
Et la gracieuse dame apparut, assise sur le rebord du baquet, le bébé rose et tendre dans ses bras, pas plus noyé que vous et moi.

Le chevalier découvrit quelle femme était sa propre mère et ne pardonna pas.

Mathilde et son beau chevalier - et tous les petits qui leur vinrent encore - eurent une vie grande et forte, comme elle vient souvent à ceux qui ont vécu beaucoup de choses.
On dit que ce sont ces deux-là qui s'installèrent plus tard dans le village de Rixheim, pour diriger de leur sagesse le Haut-Sundgau, durant des générations et des générations et des générations...

L'eau du baquet est refroidie
Et mon histoire est bien finie

* Conte extrait de l'ouvrage CONTES ET LÉGENDES D'ALSACE - Patricia Gaillard - éditions de Borée - 2010
 

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L'ONDINE DE MORIMONT (3)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

L'ONDINE DE MORIMONT (3)

Voici la suite de ce conte alsacien qui rappelle, vous l'aurez sûrement remarqué, à la fois Cendrillon, La belle au bois dormant et Peau d'âne. Preuve, une fois de plus, qu'il y a juste une poignée de trames sur la terre. Le conte a raison, il insiste et, de mille manières, il nous répète ce que nous devons savoir pour aller vers notre accomplissement. Mais ne soyons pas naïfs, les princes et les princesses ne sont pas ce que les dessins animés en ont fait, ils sont moins roses et moins sucrés que cela, ils sont des parts de notre âme... 
Je n'en dirais pas plus, car houla, quand j'aborde ce sujet, je pourrais en parler longtemps !

Donc, la parole au conte ;-)

Je voudrais une robe juste faite pour moi...
Aussitôt sur le matelas de paille apparut une robe aussi incroyable que l'avait été celle de l'ondine, dont Mathilde se souvenait fort bien. Frappant des mains, sautant de joie, la jeune fille l'enfila... Eh bien, c'était du sur-mesure, comme ni vous ni moi n'en avons jamais vu.
Du voile vert lichen, des perles végétales, du lin fin et mat, des boutons de cristal, des petits plis rangés comme aux fraises royales, des soies douces et moirées, je ne saurais tout dire...
Elle fit son effet au bal et c'est peu dire. Chacun dans son geste s'arrêta net, le chevalier surpris, ravi, ébloui se dit :
"C'est elle !"
Et c'était bien cela.

Ils dansèrent en silence. Autour d'eux les bouches se taisaient, même les pieds frôlaient à peine le parquet, l'émotion était grande. À minuit on entendit une horloge tinter, le silence creva comme une bulle de savon, la belle avait disparu. Le chevalier en fut si désolé qu'il annonça une deuxième fête pour le lendemain. Peut-être viendrait-elle, cette femme rêvée dont il ne savait rien.

Le lendemain, dans son grenier, Mathilde chuchota sa demande une seconde fois au fruit minuscule et ridé. Une robe apparut, toute différente mais aussi remarquable. Du voile rouge grenat et des perles de pluie, du taffetas fripé et des boutons vernis, un peu de velours noir et des plumes de pie, de paon, de geai, d'oiseau de paradis, je ne saurais tout dire...
Elle fit son effet. Le chevalier lui offrit une bague, étrangement assortie à la robe, et au doigt. Encore une fois c'était du sur-mesure...
Ils dansèrent à nouveau, les bouches se taisaient, les pieds frôlaient à peine le sol, l'émotion était grande. À minuit on entendit tinter l'horloge. le silence se défit comme un songe, la belle avait disparu !

hé hé, les bons feuilletons suspendent le temps au bon moment, c'est bien connu !

à bientot pour la suite

la gaillarde conteuse...

 

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L'ONDINE DE MORIMONT (2)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

L'ONDINE DE MORIMONT (2)

...le fruit était un peu moins luisant, un peu moins ferme, mais il n'avait rien perdu de sa magie...

Il n'est peine qui ne s'émousse. L'abstinence cependant rend les hommes naïfs et le retour des plaisirs fait perdre la jugeote. La nouvelle femme de Peter était bien faite, bien mise et enjouée, mais antipathique et très jalouse. Elle brûla toutes les affaires de la première épouse et, trouvant la pomme, elle haussa les épaules et la jeta par la fenêtre. La petite, qui jouait dans la cour, la ramassa et se mit à la lancer comme une balle. La pomme rebondit, roula, roula, l'enfant courait derrière en riant et vit la pomme tomber dans la source. Aussitôt l'ondine y apparut, souriante, douce et joliment vêtue. L'enfant était ravie de voir cette belle dame et d'entendre chez elle une voix de maman.
"Reprends ta pomme mon enfant et surtout garde-la bien. Je suis ta marraine. Un jour ce fruit exaucera trois voeux pour toi, n'oublie pas ! "
Puis elle disparut dans l'eau sans faire le moindre bruit, comme font les rêves qui s'éteignent.

La petite cacha le fruit comme un trésor secret et ne parla à personne ni de la dame ni des souhaits.
Il y a une sagesse de l'enfance.

Quelques années plus tard le château fut pris et brûlé. Tous y périrent, sauf la petite Mathilde, qui réussit à s'enfuir, emportant sa chère pomme dans un foulard noué. Elle devint servante dans un autre château et la pomme, soigneusement rangée dans ses rares affaires, était si ridée et si rapetissée que la croire magique semblait maintenant ridicule. Et Mathilde, avec le temps, se dit que l'ondine avait été une illusion d'enfant. On pense souvent ainsi.
Le soir, une fois son travail terminé, elle montait une échelle et filait au grenier où était sa paillasse. La pomme était cachée dessous, à peine grosse encore comme une noix et presque sans couleur.
Mais celui qui se fie aux apparences est un vrai sot...

Un jeune chevalier de ce château, songeant à se marier, annonça une grande fête et invita les jeunes filles. Mathilde se mit à rêver. Ce chevalier elle l'avait tant de fois remarqué, mais comment aller au bal en haillons de servante ? Ce soir-là, au grenier, l'ondine lui revint en mémoire : sa voix, sa robe, la pomme. La pomme ! Elle la sortit de dessous sa paillasse, la trouva terriblement réduite, la prit pourtant dans ses mains et, avec un grand respect, elle chuchota :
""Je voudrais une robe juste faite pour moi"

à bientôt pour la suite !

la gaillarde conteuse...

 

 

 

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L'ONDINE DE MORIMONT(1)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

L’ONDINE DE MORIMONT (1)

La belle Mathilde avait le cœur tout chargé de tristesse. Son chevalier Peter guerroyait au lointain alors que son ventre était rond d’un enfant à venir. Elle allait chaque jour s’asseoir près d’une source qui courait sur leurs terres, à l’ombre des noisetiers. Son eau était si pure et si argentée qu’elle semblait communiquer sa paix tranquille à qui s’arrêtait là. Un jour, en arrivant, Mathilde y trouva une jeune dame, souriante et douce qui était vêtue de dentelles vertes et blanches qui rappelaient les lichens, les feuilles, les écumes mousseuses des rivières et les givres pointus des forêts d’hiver. Mathilde trouva cette femme étonnante et de fait, elle l’était, car elle prononça cette phrase avant de disparaître dans le miroir de l’eau. 
« Je suis l’ondine, gardienne de cette source, fais-moi marraine de l’enfant que tu portes. »

Mathilde, après un instant de surprise, rentra au château, éblouie par cette courte mais somptueuse visite et bien décidée à dédier son enfant à l’ondine. Elle accoucha bientôt, souffrit peu, l’enfant était une fille, bien rose et les yeux bleus. L’accoucheuse, qui n’avait jamais œuvré si vite, se retira, surprise. Une servante posa la petite au berceau, tout recouvert de lin fin et bien blanc.
Mathilde appela sa chère fille comme elle-même.
Plus tard, dans la pénombre brune de la chambre, la mère, les yeux fermés, écoutait le petit souffle régulier de son enfant. Soudain une main prit la sienne, c’était l’ondine, avec ce même sourire, cette même douceur, cette même robe aussi. Elle regarda la petite, sourit et posa son présent.
C’était une pomme.
« Tu lui donneras cette pomme quand elle sera grande, sache qu’elle comblera trois de ses vœux. »
À nouveau elle disparut, aussi soudainement que la première fois.
À quelques temps de là un messager arriva au château, il apportait des nouvelles du chevalier qui se mourait, là-bas, mortellement blessé sur un champ de bataille.
Mathilde, foudroyée, tomba morte aussitôt.

Pourtant Peter ne mourut pas. On frôle parfois la mort de très près sans la suivre. « Ce n’était pas son heure » dit-on alors de celui qui revient du singulier voyage… Peter fit donc à son retour la connaissance de son enfant, cette petite orpheline blonde que les nourrices entouraient de leur mieux. Il découvrit aussi la poignante solitude du deuil. Quant à la pomme, elle dormait secrètement dans un coffre, au milieu des affaires de l’épouse disparue. Le fruit était un peu moins luisant, un peu moins ferme, mais il n’avait rien perdu de sa magie…

À bientôt pour la suite !

La gaillarde conteuse…
  

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LA SOURCE DE L'AGNEAU (3 - fin)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

LA SOURCE DE L’AGNEAU (3) *

La châtelaine mena quelques temps une vie solitaire et pauvre qui ne lui allait pas.

Elle tomba malade, fut prise de fièvres, perdit toutes ses forces et finalement se coucha, ne se nourrissant même plus des baies et des racines dures qu’elle avait pris l’habitude de chercher. Elle mourut seule, la petite bergère, à cet endroit précis où sa chance lui avait été annoncée et sa bonté rappelée. Qui de nous peut prétendre connaître vraiment sa propre méchanceté ?
Ce retour de croisade fut cruel à l’époux et la haine de ses gens vraiment terrible à voir.
 L’horreur de ces tueries lointaines dont le sang versé semblait si vain, et l’epouse perdue pour lui de plusieurs manières, tout cela entraîna peu à peu son trépas.
La mort est presque douce pour un cœur écrasé.

Leur château a disparu depuis, comme s’il avait fini par suivre cette tragédie dans le tombeau.
La source coule encore et les trèfles voisins portent toujours les mêmes perlettes scintillantes.
La nature est bien plus forte que toutes nos histoires. 
Plus personne cependant n’y a vu le moindre bouillonnement, ni la moindre petite dame vêtue d’une robe fine et d’une couronne de lierre mordoré.
Ne se tient-elle pas dans cette histoire pour l’éternité ?
           C’est cela, sachez-le, la force des histoires... 

Le bonheur existe encore, mais on ne nous l’annonce plus
C’est moins magique, il faut le voir quand il nous vient
Eh oui...

Merci de m’avoir suivie jusque là !
À tout bientôt

La gaillarde conteuse…

* Conte extrait de CONTES ET LÉGENDES D’ALSACE - Patricia Gaillard - aux éditions De Borée - 2010

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LA SOURCE DE L'AGNEAU (2)

Publié le par Patricia Gaillard

photo P.Gaillard

LA SOURCE DE L'AGNEAU (2)

Peu de temps après, une nouvelle croisade appela le chevalier vers ce même Orient. Une partie de ses hommes s'en alla avec lui, l'autre resta pour seconder la belle, qui se retrouvait soudain seule à gérer leurs affaires, comme le faisaient de nombreuses épouses de seigneurs en ce temps-là. On les imagine parfois, à tort, soumises, fragiles et délicates, alors qu'elles étaient capables, et souvent fort bien, de diriger la seigneurie entière ! Et ce fut bien son cas.
Il était loin de temps du petit fenestron ouvert sur les étoiles et du joli troupeau broutant tout autour d'elle. Elle allait devoir se parer d'autorité véritable et de vraie vigilance.
Mais c'est là que l'histoire grince d'un coup, car dans ses fonctions neuves la dame se découvrir une nature dure qu'elle ne se connaissait pas. Elle l'appliqua à tous, régna en despote, se complaisant dans ce tempérament, sans la moindre pitié, même pour les miséreux. Tiens, tiens, la petite dame de la source l'avait-elle en quelque sorte prévenue ? Nous nous en souvenons, mais la belle châtelaine, elle, avait bien oublié la mise en garde, à tel point qu'avec sa main de fer, elle se fit des ennemis très nombreux, surtout parmi ses paysans qu'elle accablait de tout et qui n'en pouvaient plus.
Un jour, empoignant au hasard fourches, fléaux et bâtons, ils arrivèrent devant le pont-levis, formant une troupe dense et enragée. Aucun garde, jamais, n'accepta de lancer une flèche sur ces "manifestants." La châtelaine s'enfuit par un portillon de derrière que très peu connaissaient et qui était caché par les feuilles d'un noisetier bas tout encombré de lierre. Courant comme une folle, pendant que les ronciers agrippaient les tissus de ses robes, elle arriva à cette pâture d'autrefois, qui s'était presque effacée de sa mémoire. Tout était envahi de bosquets d'épineux qui rendaient l'endroit méconnaissable. Une cabane simple, qui avait du servir d'abri à un ermite, avait été bricolée entre la source et le chêne trapu. La châtelaine s'y engouffra et y resta des heures, prostrée, sans oser bouger, presque sans respirer, espérant échapper à cette foule haineuse. Nul ne s'aventura jusque là. Alors elle y resta. Mille fois elle se pencha vers la si belle source, appelant la petite dame sur tous les tons. Jamais le moindre bouillonnement ne troubla l'eau tranquille et jamais la fée ne se montra. Cette femme de seigneur mena pour quelques temps une vie pauvre et simple qui ne lui allait pas...

à bientôt pour la suite !

la gaillarde conteuse...

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LA SOURCE DE L’AGNEAU (1)

Publié le par Patricia Gaillard

 

Allons, j'ai trop longtemps digressé, revenons aux contes, rien de mieux !
Clive Staples Lewis, romancier et poète anglais mort en 1963 écrivait
"Un jour vous serez assez vieux pour lire à nouveau les contes de fées"

Ayant appris récemment que je descendais d'une lignée de seigneurs et de chevaliers, je comprends mieux à présent mon irrésistible attirance pour les histoires de châteaux, d'épées, de trésors et de chevalerie. Je vais donc me laisser aller à quelques-uns de ces contes dont la musique berce mes très vieilles racines. 

photo P.Gaillard

LA SOURCE DE L'AGNEAU (1)

Au temps du moyen-âge, un vieux seigneur, très bon, occupait le château de Froeningue. Son fils était parti en croisade et il était bien seul. Parmi les gens qu'il avait à son service, était une petite orpheline. Elle faisait au château un travail de bergère qu'elle aimait. Elle partait chaque jour, suivie de ses moutons. Des brins de foins pendaient de sa robe brune car elle avait sa couche à même la bergerie. Elle n'aurait pas voulu la troquer contre un de ces lits de paille du château où l'on dormait sous de chaudes et pesantes peaux d'ours, car elle avait pour s'endormir un fenestron ouvert sur le ciel étoilé et la chaleur douce du souffle de ses bêtes, ses fidèles compagnes. Dans les pâtures où elle menait son paisible troupeau, près d'un chêne trapu, était une source fraîche qui faisait aux trèfles roses voisins de fins colliers de perles scintillantes. On était au printemps d'une année déjà chaude. Au fond du pâturage une rivière étroite offrait, avec ses rives basses, un abreuvoir commode à ses moutons. Cependant un agneau de l'année, contrairement à tous ses semblables, semblait indépendant et il avait choisi la petite source pour se désaltérer. Il s'y rendait plusieurs fois par jour, penchant sa tête laineuse, blanche et douce. La fillette remarqua une chose singulière : il avait dépassé, en taille et en beauté, ses deux frères du même jour. Était-ce cette eau pure qui avait des vertus ?
L'animal très vite devint si magnifique que notre bergère un décida de l'imiter. Elle se mit à genoux et, penchée, puisa et but l'eau riche dans ses deux mains. Elle n'eut pas même le temps de se relever qu'un petit bouillonnement monta du fond de la source et une dame minuscule se montra, vêtue d'une robe légère comme un voile de mousse où pendaient des perlettes diamantines. Elle était coiffée d'une couronne de lierre mordoré. 
La bergère se leva, effrayée et vive comme une chèvre, elle courait déjà... ah mais que la voix était douce ! Elle s'arrêta et ne songea plus du tout à s'enfuir. Elle revint lentement et se laissa bercer par le ton maternel de cette créature, si belle et si gracieuse, qui lui promettait le bonheur avec tant d'assurance qu'aucun doute ne pouvait assombrir cette merveilleuse conversation. Cependant le regard de cette espèce de fée devint plus grave quand elle dit à la bergère de ne jamais oublier le sort des miséreux. Ces mots pouvaient paraître un peu naïfs car comment cette fille pouvait-elle oublier ceux de sa propre condition ? Puis la fée disparut, comme aspirée par le bouillonnement qui l'avait révélée un instant plus tôt.

La bergère devint une belle jeune fille. Le fils du seigneur revint de sa croisade. Il s'éprit follement de cette jolie servante qui dépassait largement en noblesse toutes les héritières qui peuplaient le royaume. Le suzerain, son père, en homme bon et sensé, ne s'en offusqua pas. On célébra bientôt le mariage. Le soir même la bergère se penchait vers la source pour remercier la dame, apparue un beau jour de printemps et dont la prédiction s'était réalisée. Et la vie s'écoula comme cette fée l'avait dit, dans le bonheur. Le vieux seigneur mourut, heureux de voir ce fils comblé le remplacer en son château...

à bientôt pour la suite !

la gaillarde conteuse...
 

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