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LA FEMME-SQUELETTE (conte inuit) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FEMME-SQUELETTE  (conte inuit)  1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Cet homme était chef de son village, il était vieux et sage, sa compagne était vieille aussi et très douce. Il avaient une fille, qui était déjà une jeune fille. Comme le voulait leur tradition, ils auraient aimé qu’elle choisissent un compagnon parmi les hommes de leur village, mais elle ne voulait pas. Pourtant ils venaient nombreux, grands, forts, jeunes, chasseurs, pêcheurs, mais elle n’en voulait pas. Ce n’était pas pourtant une fille capricieuse et on ne savait pas pourquoi elle les repoussait tous, elle refusait d’en parler. Son père, qui était chef et gardien des traditions, avait fini par se fâcher et lui avait dit « Je te donnerai au prochain qui se présentera à la porte de ma maison. » Elle ne répondit rien.
Un jour deux hommes arrivèrent dans le village, ils étaient frères, ils demandèrent à être reçus par le chef du village et arrivés chez le chef du village, ils demandèrent à être reçus par sa fille. Que lui ont-ils dit ? Que lui ont-ils demandé ? Je ne saurais le dire, mais elle accepta de s’en aller avec eux. Elle dit adieu à ses parents, n’emporta avec elle que son tambour en peau de caribou, car il était comme son coeur et elle partit, marchant dans la neige, entre les deux hommes, sans se retourner. Ils sortirent du village tous les trois, sans dire un mot. La fille marchait entre eux, serrée entre eux, elle n’aurait pu s’échapper et au fur et à mesure qu’ils avançaient, les deux hommes, au rythme de leurs pas, se métamorphosèrent en ours…

À demain pour la suite
Passez une bonne journée d’hiver…

 

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LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES (danemark) 3ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES   (danemark)  3ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le feu de l’allumette couvre d’un coup le mur d’une curieuse lumière puis le mur entier devient transparent, il montre une table bien mise, avec une nappe blanche, des assiettes de fine porcelaine au liseré d’or, des verres cristallins, des couverts argentés. Au beau milieu de la table une oie rôtie, dorée, juteuse, est entourée d’oignons et de pommes. Et voici que la bête fumante se lève de son plat, se met à danser sur la nappe, glissant gracieusement entre les assiettes et les verres. Elle tient dans ses deux pattes un couteau et une fourchette qu’elle tend à la pauvre fillette. Mais l’allumette s’éteint et tout disparaît d’un coup, comme un mirage. Sans réfléchir cette fois, la petite craque une troisième allumette. Elle est immédiatement transportée près d’un arbre de Noël qui resplendit de bougies, de fines décorations de nacre et de verre, de cœurs de sucre rose. L’enfant, émerveillée, tend sa main pour en décrocher un, l’allumette s’éteint, l’arbre monte vers le ciel et toutes ses lumières deviennent des étoiles. Une de ces étoiles redescend vers la terre, déroulant dans son sillage une longue traîne d’or. Sa grand-mère chérie, qui l’avait tant aimée, disait souvent qu’une étoile filante annonçait une mort. La quatrième allumette craque fort et voilà que l’enfant voit sa grand-mère devant elle…
« Grand-mère, tu es revenue, emmène-moi, car tu vas disparaître quand l’allumette s’éteindra, comme le poêle, comme l’oie, comme le sapin ! Emmène-moi ! » Elle allume l’une après l’autre toutes les allumettes qui lui restent, pour voir encore et encore sa chère grand-mère, puis elle fouille dans sa poche, il ne reste plus rien. Cette fois toute lumière est perdue...
Grand-mère alors prend sa petite-fille dans ses bras, tout contre elle, avec une grande douceur et elle l’emmène très haut, loin du froid, loin de la faim et bien loin du chagrin.

Le lendemain, quelques passants s’arrêtent devant le triste spectacle d’une petite fille, morte dans une encoignure de mur. On peut voir, près de sa menotte, un fagot d’allumettes consumées. Les gens trouvent étranges ces joues bien roses et ce sourire alors que le corps est raide et gelé sous la neige.
Comment pourraient-ils donc imaginer le voyage paisible d’une vieille femme et d’une enfant, main dans la main, au-delà des misères de la terre, dans un monde très doux nimbé de tiède lumière…

Que la journée vous soit douce et légère

 

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LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES (danemark) 2ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES (danemark) 2ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Elle grelotte mais ne peut retourner chez elle, elle n'a pas récolté la moindre piécette et craint la colère de son père. Le froid vaut mieux que lui. Ses mains lui font mal jusque sous les ongles. De délicieux parfums  sortent des demeures autour d'elle, des fumets de viandes qui mijotent, des odeurs de gâteaux au four, qui torturent son ventre creux.
Elle aperçoit une encoignure, entre deux maisons, elle s'y glisse et s'y accroupit, peut-être y sentira-t-elle moins le froid. La neige a fait sur sa jolie chevelure et sur ses épaules comme un châle blanc, de cristaux légers, la rendant pareille à une fée de l'hiver. La nuit maintenant est bien noire, les réverbères sous la neige éclairent mal la ruelle, les vitrines s'éteignent peu à peu, les gens sont rentrés chez eux. Il ne reste que quelques passants qui avancent, penchés, sous la neige. Qui pourrait remarquer cette fillette, blottie dans ce coin de mur obscur...
Elle met ses mains dans ses poches et sent les allumettes. Si elle en craquait une, juste une ? Elle imagine déjà la bonne chaleur de la flamme. Alors elle n'hésite plus, en prend une entre ses doigts et la frotte contre le mur. Aussitôt une belle flamme jaune surgit dans un craquement, s'allonge, s'affine et brille comme un soleil dans l'ombre noire. Et cette chaleur soudaine et minuscule, quelle joie, quel bonheur ! Il lui semble maintenant voir devant elle un bon poêle en fonte noire, où trône une grosse bouilloire de cuivre. Elle étend ses pieds, pour les chauffer un peu contre le poêle, mais celui-ci disparaît et elle se retrouve dans le froid et le noir, un restant d'allumette noirci entre ses doigts... Cette fois elle n'hésite pas et prend une seconde allumette. Celle-ci craque avec panache, sa belle flamme éclairant tout alentour ! 

À demain pour la suite, passez une bonne journée...

la photo viendra plus tard dans la journée. Il a fait  -5 ce matin ici, je m'en vais à l'instant prendre des photos du gel !

la voilà !!

 

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LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES (danemark) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

La petite fille aux allumettes  (danemark)  1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Elle venait des faubourgs de la ville, ces lieux obscurs, malpropres, où traîne la misère. La mère était partie, le père était souvent pris de vin, et il y avait deux enfants dont un tout-petit. La gamine était l’aînée et  devait mendier, mais elle arrivait toujours, avec son petit air maigre et pâlot, à toucher assez de cœurs pour rapporter quelques piécettes de cuivre.

On était en plein hiver et c’était la dernière nuit de l’année. Un froid tenace s’était installé depuis plusieurs jours. Dans les rues de la ville les gens marchaient vite, crispés, les cols relevés, les mains dans les poches. La vieille neige avait commencé à fondre un peu, puis ce froid intense et soudain l’avait gelée, on aurait cru que tout était recouvert d’une grosse couche de verre lisse et brillant.
La petite était venue par ici car le quartier était cossu. De belles boutiques, aux vitrines éclairées, montraient toutes sortes de merveilles. Fourrures, soies et châles de laine, ou jambons, saucisses et poulardes enrubannées. Chacun cherchait à se faire un doux et bon réveillon. Les gens entraient et sortaient des boutiques, puis filaient, d’un pas pressé, pour retourner dans leurs logis où sûrement un bon feu les attendait. Elle s’était installée sous un réverbère qui était tout vernis par le gel et elle tendait ses allumettes. Mais les passants ce soir-là n’avaient pas besoin d’allumettes et recroquevillés par le froid, le paquet de leurs achats sous le bras, ils remarquaient à peine cette enfant en guenilles, avec une seule chaussure trop grande, les doigts et le visage douloureux, rougis et raidis par le grand froid. Elle se traîna ainsi de rue en rue, puis la nuit et la neige se mirent à tomber en même temps…

À demain pour la suite
Je vous souhaite une bien bonne journée

La photo ci-dessous a été prise dans ma voiture, dont le pare-brise était fortement gelé. Admirez ces arabesques, exactement ce que j'aime !

 

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LE CYGNE (Alsace) 2ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LE CYGNE (Alsace)  2ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le bel animal, prodigieux tout d'abord, devint peu à peu habituel, puis banal, puis même un peu encombrant. Jusqu'au jour où la dame, dont le coeur guérissait, trouva cette présence constante vraiment exagérée. Elle se souvint qu'au village voisin il y avait une ferme, où son époux, qui aimait tant les cygnes, en possédait beaucoup. Elle confia donc la brave bête blanche à une servante. Quand celle-ci arriva à la ferme, elle ouvrit le panier à volaille et l'animal en surgit comme un diable et s'enfuit dans un bois proche. Nul jamais ne le revit.

À partir de ce jour la dame fut frappée d'une langueur mauvaise. Ses affaires, peu à peu, tournèrent mal, et sa vie se termina dans une triste misère...
On ne voit pas un ange, s'il prend les traits d'une bête.

"Puis quand les bords de l'eau ne se distinguent plus
À l'heure où toute forme est un spectre confus
Où l'horizon brunit rayé d'un long trait rouge
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit
L'oiseau dans le lac sombre où où sous lui se reflète
la splendeur d'une nuit lactée et violette
Comme un vase d'argent parmi des diamants
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments."

Sully Prud'homme - Le Cygne

 

 

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LE CYGNE (Alsace) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

LE CYGNE  (Alsace) 1ère partie
(version de Patricia Gaillard)

Ce matin, joie, un beau givre recouvre tout !
Souvenez-vous du turban qui auréolait la tête d’Anna, ce turban en plumes de cygne. Ce cygne me rappelle soudain une histoire de mon Alsace natale. Et puis une de mes amies arrive à la saison de sacrifice de ses chers canards… c’est toujours difficile de devoir tuer nos bêtes.
En lisant ce conte, rejoignons-la un peu…

LE CYGNE  (Alsace)  1ère partie

Au village de Diemeringen, dans la vallée de l’Eichel, en Alsace bossue, vivait un chevalier. Il était pétri de vertus, mais il avait, de plus, des dons de magicien, d’herboriste, de voyant et d’astrologue. Il savait manipuler les herbes rares, connaissait le parcours des astres et leurs conversations secrètes avec les êtres et il était bien capable de faire pondre des œufs à un chat ou des sous à un âne. De toutes ces sciences admirables il n’en mettait aucune au service de pratiques noires. C’était un homme bon et juste, estimé de tous et chacun à son art pouvait venir soulager ses soucis.
Un jour, qu’il était penché sur la transparence du destin, il y lut le signe de son propre trépas. Avalant la sentence avec sagesse, il annonça cette fatalité à son épouse. Elle eut beau pleurer, supplier, il savait bien que rien n’y ferait. Nul ne peut retenir le fil qui doit se rompre. Cet homme était cependant moins désorienté par cette nouvelle, que nous ne saurions l’être… Il annonça à son épouse :
- « Trois jours après mon trépas, un cygne blanc viendra vers vous. Prenez grand soin de lui, gardez-le près de vous et rien, jamais, ne vous manquera. »
À quelques heures de là, la mort vint le trouver et lui coupa le souffle pour l’emmener en ce lieu que nous connaitrons tous.

La veuve veilla trois jours près de l' époux, pleurant et priant, même la nuit. Tous ceux qu’il avait soulagé de leurs maux défilèrent lentement devant sa dépouille, étonnés qu’un guérisseur tel que lui n’ait pas su échapper aux lois communes du destin.
Au soir du troisième jour, la dame se retrouva seule, éplorée sous ses voiles noirs, quand un grand cygne blanc entra par une ouverture, ses larges ailes fouettant l’air. Il se posa aux pieds de la dame, fourra sa belle tête au creux de son aile et ne bougea plus. La compagnie silencieuse de l'animal devint un véritable baume et chaque jour la dame perdait un peu de sa tristesse. Il n'est peine qui ne s'émousse, puisque le temps est là pour tout user...

À demain, pour la suite !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 4ème et dernière partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)  4ème et dernière partie
(version de Patricia Gaillard)

Le gel a disparu, sa blancheur tout entière est montée en tournoyant vers le ciel en une longue volute argentée. Anna reste seule et regarde l'aube rosée se poser sur toute chose. Le gel a laissé derrière lui un givre très fin, qui scintille, neuf, dans cette lumière neuve. Anna est charmée par cette vision, bien sûr le gel est reparti, mais elle se sent riche, infiniment, de l'avoir rencontré.

On entend au loin des crissements de sabots dans la neige gelée, Vladimir sur sa cariole vient voir ce que devient sa fille. Il est frappé par la beauté du paysage, il n'a jamais vu givre plus beau que celui-là. Le voilà devant le chêne, Anna est assise, enrobée d'un manteau de fourrure blanche, d'un châle de laine mousseuse, immaculée, et d'un turban de plumes de cygne. Elle est souriante, elle a les joues roses, elle semble n'avoir pas souffert du froid. Quel étonnement et quelle joie pour Vladimir. Il n'avait jamais remarqué que sa fille était si belle. On charge le coffre, comme il est lourd soudain, on s'assied et hop, on avance au milieu de cet incroyable paysage.

Macha est de mauvaise humeur, elle bourre le poêle, nerveuse, Vladimir avait-il vraiment besoin de rechercher Anna ? Et voilà qu'elle l'entends arriver, par la fenêtre elle peut voir qu'Anna est avec lui. Elle frappe violemment le mur avec un morceau de bois, qui éclate dans la cuisine. Vladimir et Anna rentrent dans l'isba. Le père pose le coffre sur le sol. Du couvercle émane une étrange lumière bleutée. Macha ouvre le coffre, découvre les présents du gel, avance sa main avide et les empoigne, mais ses mains gèlent et tombent sur le sol.
Anna quittera la maison de Vladimir et de Macha. Elle s'en ira sur les chemins du monde, visitera le royaume de cuivre, le royaume d'argent et le royaume d'or, ces royaumes qui se dévoilent à ceux qui ont la merveilleuse simplicité de voir les esprits de la nature et leur grâce évanescente...

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 3ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)   3ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Quelle apparition ! L'homme descend de cheval, se penche vers Anna, lui demande ce qu'elle fait là, de nuit, dans ces bois.
-"J'attends, dit-elle, j'attends que le gel vienne me chercher.
- Je suis le gel, Anna."
Il fait de petits gestes vifs avec ses doigts blancs et voilà qu'apparait un manteau de fourrure blanche, puis un châle de laine mousseuse immaculée, puis un turban de plumes de cygne qui enrobent Anna de leur douceur. Puis le gel lui prend la main, l'emmène jusqu'à un étang gelé, tout près, où ils se mettent à danser, virevolter, deux êtres argentés sous la lune... Anna a le vertige, elle peine à croire à cet homme, qui est là, et qui n'a rien d'un homme. C'est un rêve sûrement et elle a si chaud ! Puis ils reviennent près du chêne. Le gel ouvre le coffre, il est vide soudain. Mais voilà que les doigts du gel tissent et brodent des robes de soie, de taffetas, de laine douce, des chaussures translucides, et tout cela d'un blanc si pur, des bijoux d'argent, parsemés de petits diamants et de perles fines. Tout rentre dans le coffre, tout y trouve sa place !
Puis le gel s'assied près d'Anna...
-"Je suis un esprit de la nature, de ne suis pas un homme, ni un roi, je ne suis que le gel, libre et solitaire. Je ne puis t'emmener avec moi, Anna, je suis le gel, je suis l'esprit du gel..."
Il disparait...

La suite demain !

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 2ème partie

Publié le par Patricia Gaillard

LA FIANCÉE DU GEL  (russie)
2ème partie
(version de Patricia Gaillard)

Je vous disais hier que la petite Anna se console de l'aigreur de sa marâtre, en s'en allant dans la forêt, rejoindre le gel, qu'elle aime.

Macha aimerait se débarrasser de sa belle-fille et elle finit par avoir une idée. Un jour, elle se presse contre son mari et lui murmure, doucereuse... "Ta fille aime tant le gel, il faut la contenter. Prépare ta carriole et ton cheval et emmène-la dans la clairière du chêne. Je suis sûre qu'il viendra l'y trouver. Et elle sera heureuse."

Dans leurs jeux de lits tout neufs, Vladimir devient un peu bêta, au point de trouver bonne cette idée de Macha. Il va trouver Anna et lui dit... "Ma fille habille-toi, prépare un coffre avec tes affaires, je t'emmène." La petite ne dit rien. Les enfants savent ne rien dire. Elle met son large tablier blanc brodé de fleurs, son manteau de laine rousse, son grand châle et ses bottes rouges. Puis elle ouvre son coffre et y range ses quelques affaires. Vladimir l'attend, sur la carriole. Et on s'en va sur le chemin neigeux jusqu'à la clairière du chêne. Les sabots du cheval crissent dans la neige, la bête glisse même parfois un peu vers le côté, mais se rattrape, l'habitude...

Arrivés près du chêne, Vladimir laisse sa fille avec son coffre et s'en retourne à l'isba. C'est la fin de l'après-midi, la nuit commence à tomber.

Le chêne, comme tous ses frères, a gardé des paquets de feuilles sèches, accrochés à ses branches et ainsi une belle plaque de mousse bien verte, à son pied, est restée miraculeusement sèche et douce. Anna s'y installe et pose son coffre près d'elle. Avec la nuit le froid se fait plus intense, elle entend craquer le bois des arbres derrière elle, quelques oiseaux nocturnes traversent le ciel et poussent leurs cris perçants. Anna resserre son châle autour d'elle. La lune se dessine de plus en plus, elle est si nette et si claire que toute la clairière en est nimbée de lueurs blanches qui font avec la neige un ballet lumineux. Et voilà que son châle, son manteau, le tronc du chêne, la mousse, se recouvrent peu à peu d'une  couche de givre irisé, d'une rare beauté. Anna est si prise dans la vision de ce travail d'orfèvre qui se brode sous ses yeux, qu'elle ne sent pas même le froid qui transperce tout.
Soudain, de l'un des quatre chemins qui aboutissent à la clairière, arrive un cheval blanc, conduit par un homme qui porte couronne blanche et manteau blanc. Il s'arrête devant Anna, qui frotte ses yeux, éblouie par la blancheur surnaturelle du cavalier...

À demain pour la suite...

 

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LA FIANCÉE DU GEL (russie) 1ère partie

Publié le par Patricia Gaillard

Nous allons faire comme les vieux feuilletons radiophoniques, épisode par épisode. Chaque histoire sera donc racontée en plusieurs jours.


LA FIANCÉE DU GEL - (russie)
1ère partie      (version de Patricia Gaillard)

Le thème de Cendrillon se retrouve partout dans le monde. Cette enfant - ou cette jeune fille - dont le père se remarie et que la marâtre n'aime pas. Celle qui suit en est un exemple de plus...

Pour la rejoindre il nous faut marcher un instant dans la forêt russe enneigée. Avançons sur ce chemin que l'on devine à peine, entre les mélèzes et les sapins. Voici un petit groupe d'isbas, ces maisons de bois peint, cachées dans les bouleaux. Dans une de ces isbas, un homme, Vladimir, est assis sur sa chaise, penché tristement vers le poêle en fonte noire qui ronfle. Il est veuf depuis deux mois et cette solitude est tellement difficile, surtout l'hiver...
Sa fille, Anna, balaie le plancher. Elle fait tout ce qu'elle peut la petite pour les travaux de la maison, pourtant son coeur aussi est lourd. Elle porte un grand tablier blanc brodé de fleurs et des bottes rouges. Des flammèches pointues sortent par le trou du petit couvercle rond et le vent mugit au dehors. Mais l'hiver, comme toutes les choses difficiles, a une fin et Vladimir, un beau jour de printemps remarque leur nouvelle voisine, une jeune femme blonde et ronde qui s'appelle Macha. On l'invite pour le thé. Macha et Vladimir papotent, se regardent, se plaisent. La noce se fait vite. Ils sont pressés. L'atmosphère change alors dans l'isba. Macha prend les choses en main, nettoie, cuisine, ramène dans la demeure l'ambiance que savent mettre les femmes. Anna n'a plus de place. Macha n'a pas d'ailleurs l'intention de lui en donner une, cette petite l'agace, avec son petit air triste et son silence. Et les mois passent, l'été arrive, puis l'automne et revoici l'hiver. Anna supporte de plus en plus mal l'aigreur grandissante de sa belle-mère. Heureusement il y a le gel qui pose partout dans la forêt son nacre et son argent. Anna est amoureuse du gel. Pour elle rien ne peut être plus beau que cette croûte irisée sous le soleil blanc du matin. Chaque jour elle met ses bottes rouges, son manteau de laine rousse et son grand châle pour fuir et aller le rejoindre. Bien sûr sa compagnie est glacée, mais au fond tellement plus chaude que la compagnie de Macha... 

la suite demain...

 

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